"Pause fiscale" François Hollande a techniquement raison, mais politiquement tort

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En parlant de pause fiscale à plusieurs reprises, le président de la République a commis une imprudence
En parlant de "pause fiscale" à plusieurs reprises, le président de la République a commis une imprudence (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
En annonçant la "pause fiscale" pour 2014, le président avait techniquement raison puisque le taux des prélèvements obligatoires ne progressera que de 0,15 point. Mais ce sont les ménages, et non les entreprises, qui vont porter l'essentiel de l'effort. D’où une grande difficulté à faire passer le message.

Mais quelle mouche a piqué François Hollande en annonçant une " pause fiscale"  pour 2014 ? Alors que pour la quasi-totalité des quelque 50% de ménages imposables, le sentiment est exactement à l'opposé : la pression s'accentue. Comment le président, animal politique madré, a-t-il pu tenir de tels propos, alors que le « choc » fiscal 2012-2013, de plus de 30 milliards d'euros, est encore dans tous les esprits et que quasiment personne ne voit de ralentissement se profiler pour 2014? 

D'autant plus que François Hollande a récidivé, croyant tenir ainsi un message rassurant. Dans un entretien au quotidien " Le Monde ", d'abord, où il évoque la fameuse "pause fiscale". Sur le plateau de TF1, ensuite, où il explique à Claire Chazal que le niveau des prélèvements, "c'est beaucoup, donc c'est trop ".

Fait inédit, c'est le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, pour une fois plus "politique" que le président, qui tentera de corriger le tir en expliquant que la pause fiscale, ce sera plutôt pour 2015. S'en suivront des débats et interrogations assez stériles sur le fond.

Le niveau des prélèvements obligatoires n'augmente que de 0,15 point en 2014

Mais alors, décidément, comment comprendre la "sortie" du président ? Réponse : tout simplement parce que, techniquement, c'est la vérité. Mais, politiquement, il convient de choisir le bon moment pour s'exprimer. Et, là, manifestement, François Hollande s'est trompé.

François Hollande, féru de fiscalité et doté d'un réel savoir faire en économie, a techniquement raison car en 2014, les prélèvements obligatoires ne progresseront en effet que de 0,15 point - une quasi stabilisation donc, inconnue depuis des année - pour s'établir à 46,1% du PIB. Certes, mais ce sont surtout les entreprises qui vont bénéficier de cette "pause ", l'État transférant vers les ménages l'équivalent de 10 milliards d'euros qui pesaient jusqu'ici sur elles.

Mais les ménages sont davantage mis à contribution que les entreprises

Et c'est là l'erreur de François Hollande : les ménages ne constatent pas de pause fiscale. D'abord parce qu'ils reçoivent en ce moment même leur avis d'imposition 2013 qui, notamment en raison du gel du barème, révèlent de fortes hausses d'impôts.

Ensuite, parce que ces même ménages imposables entendent parler depuis des semaines de ce qui les attend pour 2014 : hausse de la TVA au 1er janvier - impôt indirect pesant sur tous les consommateurs - qui rapportera 6 milliards d'euros, suppression d'un certains nombre de niches, suppression des déductions d'impôts pour les enfants scolarisés, fiscalisation de la cotisation à la prévoyance collective….

Les fameuses classe moyennes sont aussi impactées

Sans parler de la hausse de la cotisation vieillesse de 0,15%. Alors, certes, cette pression supplémentaire vise, globalement, les plus hauts revenus (le revenu médian en France s'établit à 1.650 euros nets mensuels) mais, à la différence des propos tenus par François Hollande et Jean-Marc Ayrault en 2012, elle est loin de concerner les seuls 10% les plus riches. Les fameuses classe moyennes sont aussi impactées.

Lire aussi: "Hollande et la fiscalité,le rendez-vous manqué"

Le ministre de l'Economie lui-même parle de "ras-le-bol fiscal"

La parole, déjà difficilement audible de François Hollande, porte donc de moins en moins. Même si, prudemment,  il na pas promis grand-chose durant sa campagne électorale, il y a un sentiment de trahison. D'autant plus quand le ministre de l'Économie, Pierre Moscovici lui-même, évoque un " ras-le-bol fiscal que je ressens".

Quand le grand argentier de France tient de tels propos, on s'attend à des actes… Pour cela il faudra attendre 2015. Laurent Fabius, lui, lorsqu'il était ministre des Finances du gouvernement Jospin en 2000 avait annoncé "pour préparer l'avenir" une baisse des impôts pour 2001. Et ce fût fait, non sans faire hurler d'ailleurs une partie de la gauche.

Parler d'un "ras-le-bol fiscal " sans parvenir à une baisse réelle des prélèvements obligatoires et donc une faute qui va accentuer le " ras-le-bol "…  vis a vis des politiques et nourrir les extrêmes.

La croissance et le chômage doivent être au rendez-vous

Il reste deux chances à François Hollande et à son équipe. D'abord que le frémissement de croissance se confirme. Le locataire de l'Elysée s'y emploie, quitte même à endosser le surnom de "président des entreprises," maintenant qu'il bichonne Pierre Gattaz, le président du Medef, en le recevant à dîner… Exactement comme le faisait après 1982 François Mitterrand avec Yvon Gattaz, le père de Pierre, président du CNPF de l'époque.

Si la croissance revient, l'emploi devrait suivre. Et le retournement de la courbe du chômage, envisageable pour la fin de cette année, grâce aux mesures contracycliques, deviendra alors pérenne. François Hollande pourra alors, comme prévu, entamer en 2015 la deuxième période de son quinquennat, celle de la "redistribution". Et donc, diminuer la pression fiscale pesant sur les ménages ! Tout en surveillant de près les déficits publics pour tenir les engagements européens.

S'il échoue, la crédibilité présidentielle sera définitivement réduite à néant. Dans ce cas, comme le dit Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, "ce qui ne sort pas socialement, sortira dans les urnes". Bref, ce sera soit la rue, soit les élections… Soit les deux.

 

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a écrit le 25/09/2013 à 22:42 :
Il serait intéressant une fois au moins de faire un calcul exact de ce qui est accaparé par la sphère non privée. Il y a tant de montages obscures, d'exceptions et autres définitions exonérantes que si ça continue on nous expliquera que nos prélèvements obligatoires diminuent.
Réponse de le 26/09/2013 à 8:35 :
1/3 est "accaparé" par la sphère publique comme vous dites, ce qui met la France dans la moyenne OCDE. En revanche la France se distingue par des prélèvements obligatoires colossaux pour financer les dépenses de couverture sociale de sa population qui sont 1,5 fois supérieures aux dépenses de fonctionnement de l'état (pensions, assurance maladie...)Personnellement en tant qu'indépendant, ça m'arrangerait beaucoup de ne pas cotiser pour payer la pension de gens que je ne connais ni d'Eve, ni d'Adam . Et vous ?
a écrit le 25/09/2013 à 22:14 :
Hollande via le cice va donner 10 milliards aux entreprises. Les entreprises vont redonner ces 10 milliards aux ménages. Hollande récupère 10 milliards sur les ménages. C'est bien ça le truc? Hollande, il est trop fort.
a écrit le 25/09/2013 à 19:22 :
pause fiscale , elle n'aura pas lieu avant 2017 voir 2020 donc on est foutu
a écrit le 25/09/2013 à 17:44 :
Quand FH parle, c'est embrouille et compagnie. son gouvernement ferait mieux d'agir et de réellement transformer le paquebot en vedette de compétition au lieu de multiplier les formules alambiquées et jouer sur la sémantique.
Réponse de le 26/09/2013 à 9:26 :
Bruxelles nous a "donné 2 ans"?!!!!??ça passe vite, surtout si on ne fait rien!
a écrit le 25/09/2013 à 16:04 :
Le terme pause annonce qu'après cela va recommencer à remonter. C'est clair.
a écrit le 25/09/2013 à 15:37 :
Au lieu de commenter chaque jour les prévisions de croissances et de nous baratiner sur la pause fiscale ils feraient mieux de réformer l état l école la sécu La gauche sera responsable de l arrive du front national et ce sera pas volé. Avec en plus 20 ans dans l oppositions Ils sont vraiment lamentable et lises français vont les sabrer
Réponse de le 25/09/2013 à 16:14 :
+1. Eh oui, dans ce pays, si vous soulevez le problème des roms et de l'immigration clandestine, on vous traite de FN, voire de nazi. Si vous parlez du chômage qui augmente, vous êtes un "grincheux". Si vous ne voyez pas du tout la croissance repartir (qu'on me donne des chiffres concrets autres que de simples enquêtes d'opinions diligentées par des organismes d'état aux ordres), on vous traite de défaitiste, voire de traître. Bref, voyons la vie en rose et frémissons d'enthousiasme à la perspective de cette longue période de prospérité qui s'annonce.
a écrit le 25/09/2013 à 15:36 :
De toute façon, ce n'est pas la baisse des hausses qu'on veut, c'est la baisse tout court. On nous fait croire qu'une stabilité des impôts serait un cadeau inespéré...
Réponse de le 26/09/2013 à 9:27 :
...sont cyniques & malins, hein ?
a écrit le 25/09/2013 à 15:28 :
Les 10 milliards transférés des ménages vers les entreprises correspondent au CICE. Ces milliards ont déjà été présentés comme un soutien aux entreprises en 2013, sauf que l'impact budgétaire arrive avec l'IS en 2014. Le discours du gouvernement pourrait laisser croire qu'un effort budgétaire a été fait en 2013 pour soutenir les entreprises. Et bien non, le cadeau fait aux entreprises en 2013 sera payé par les ménages en 2014, de même que la montée en puissance du CICE en 2014 sera probablement payé par les ménages en 2015. La pause fiscale n'est qu'un énorme jeu de bonneteau.
a écrit le 25/09/2013 à 15:24 :
Il a tort sur les deux tableaux.
Techniquement, même une augmentation de seulement 0.15 points reste une augmentation! De plus cette augmentation porte sur une multitude d'impôts et de taxes qui évoluent.
Ce pays en a marre des impôts pour les raisons suivantes:
- une taxation trop élevée en moyenne
- des services publiques qui sont loin d'être les meilleurs du monde, sauf dans le domaine de la santé.
- aucune visibilité sur l'évolution de nos impôts: le système change tous les ans!

On attend une politique courageuse, avec une vraie visibilité sur 5 ans (le mandat présidentiel et parlementaire), qui ne change pas tous les 4 matins au gré des lobbys, des commissions, des discussions avec les pseudos-alliés politiques, etc.
Et surtout une vraie baisse des dépenses publiques!
a écrit le 25/09/2013 à 14:42 :
A quand les économies dans les dépenses?
Réponse de le 25/09/2013 à 15:11 :
Lesquelles ? Ah oui ! Les économies de bout de chandelles ...
Réponse de le 25/09/2013 à 18:14 :
Dont les économies de masses dans la bureaucratie française. Le principal coût est lié à une masse salariale incontrôlée....
Réponse de le 26/09/2013 à 8:17 :
Faux : les 2/3 des dépenses publiques sont des dépenses de couverture sociale comme les pensions ou l'assurance maladie. Mais ça, j'ai comme l'impression que vous ne voulez pas les baisser ...
a écrit le 25/09/2013 à 14:39 :
Hollande comme Sarkozy privilégie la monarchie parlementaires et fonctionnaires de la fonction d'état, publique, territoriale, chu, entreprises publiques (sncf, ratp, edf, etc) avec leurs salaires surpayés, retraites spécifiques, privilèges et avantages au détriment de l'intérêt général et de la majorité des français de la société civile laminés par le travaillé plus pour gagner moins, taxes, impôts, chômages et larmes... voir la pauvreté. OU EST LE LEADER POLITIQUE FRANCAIS QUI AURA LE COURAGE DE FAIRE LES REFORMES STRUCTURELLES POUR METTRE FIN A CES MONARQUES DE DÉPUTES SÉNATEURS ET A CETTE CASTE DE NABABS DE 5,2 MILLIONS DE FONCTIONNAIRES QUI RUINENT NOTRE PAYS !!! En urgence fermeture des administrations publiques sans utilités ou en doublons, augmentation des heures de travail des fonctionnaires, licenciement sec pour les agents sans taches de travail ou abonnés à l'absentéisme, idem pour les salariés des entreprises publiques réduction du nombre de députés, sénateurs, présidents régions, départements, abolition des privilèges et avantages, réforme du mille feuille administratif des collectivités territoriales, privatisation totale d'edf, sncf, ratp, prisons, éducation nationale etc, etc, etc... LES CONTRIBUABLES DU PRIVE NE VEUT PLUS PAYER POUR CETTE CASTE DE NABABS !!!
Réponse de le 25/09/2013 à 15:38 :
réfléchissez un peu:si nous faisons des réformes structurelles,vous n'aurez plus de rtt,de soins gratuits,de véhicule haut de gamme allemand acheté a crédit,de piscines de médiathèques,de pavillon acheté a crédit sur 30 ans etc...etes vous sur de toujours vouloir des réformes structurelles?
Réponse de le 25/09/2013 à 16:22 :
le niveau le plus bas de la démagogie. Le mensonge dans toute sa splendeur. Faire peur aux français de cette manière est une honte. Mais je comprends qu'Elu PS soit inquiet : la fonction publique et les collectivités territoriales servent d'abri bien douillet aux bataillons de la gauche. les subventions servent a entretenir un électorat soumis. Etendre la fonction publique (emplois d'avenir bidons, etc...) sert a gagner de nouveaux électeurs, conquis par la générosité et l'humanité de l'état qui a bien voulu les embaucher (en assommant les français d'impôts). Bref, la gabegie du système actuel sert les intérêts de la gauche. Qu'ils en profitent, cela ne va pas durer !
Réponse de le 25/09/2013 à 17:31 :
Elu PS : plus pour longtemps. au mois de mars, dehors comme les autres elus PS
Réponse de le 25/09/2013 à 21:33 :
Par soins gratuits, vous excluez les lunettes, les prothèses dentaires et bien d'autres.....
Heureusement, les stades et autres installations non primordiales fleurissent, bientôt nous aurons des consultations de groupe offertes avec l'achat d' un billet pour tel ou tel match!
Réponse de le 26/09/2013 à 9:28 :
++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++ !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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