C'est un frémissement. A l'approche des élections municipales des 23 et 30 mars prochains et des européennes (22 et 25 mai), la société civile s'agite. Estimant que le gouvernement et les élus ne trouvent pas assez vite les solutions pour sortir l'économie française de la crise, les chefs d'entreprise semblent décider à y jouer un rôle actif.
Fin novembre, la CGPME invitait les entrepreneurs à se mobiliser.
Selon une étude de l'Institut de recherches économiques et fiscales (IREF) datée de janvier 2013, entre 3% et 5 % des députés et 6 % des sénateurs sont des chefs d'entreprises.
Depuis, à la CGPME, on admet être un peu submergé par les demandes de renseignements des chefs d'entreprises qui envisagent de se présenter lors des prochaines municipales.
Denis Payre, le fondateur de Business Objects et de Kiala, initiateur de l'association CroissancePlus qui défend les intérêts des entreprises de croissance a créé en octobre son propre parti politique, « Nous citoyens ». Sa tendance ? Très libérale. Concrètement, il propose que l'État ne soit plus dirigé par la classe politique actuelle, incapable de se réformer, de penser en terme de mission puisqu'elle raisonne en terme de carrière ou parce qu'elle n'a jamais été confrontée à la réalité économique, visant ainsi les fonctionnaires.
Pour l'instant, ce parti, qui compte plus de 8.600 « amis » sur Facebook, contre 6.300 pour le Modem et 4.500 pour l'UDI, a été contacté par une cinquantaine de listes pour qu'il les "labellise" lors des élections municipales.
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Chez CroissancePlus, l'association des entreprises de croissance qui se déclare apolitique, on applaudit l'initiative de Denis Payre.
Ce n'est pas la première fois que les chefs d'entreprises tentent une immersion dans l'univers politique. Avec, récemment, plus ou moins de succès. Un temps à la tête du ministère de l'Economie et des Finances, Francis Mer et Thierry Breton n'ont pas fait de vieux os dans la politique, une fois leur expérience à Bercy achevée. Le secteur privé leur a tendu les bras. Francis Mer est aujourd'hui vice-président de Safran et Thierry Breton préside Atos Origin.
Quant à Christine Lagarde, son profil est un peu différent. C'est une avocate d'affaires Débauchée par Thierry Breton lorsqu'elle présidait le cabinet américain Baker & McKenzie, elle a gravi les échelons à Bercy avant de préférer poursuivre sa carrière au FMI.
Au cours des dernières années, l'un des seuls à avoir franchi le pas est Christian Blanc, en 2002. L'ancien préfet rocardien, qui dirigea successivement la RATP, Air France puis Merrill Lynch France avait créé Energies démocrates en 2002. Une soixantaine de candidats s'étaient rangés sous cette bannière lors des élections législatives cette année-là. Il rejoindra ensuite l'UDF puis le Nouveau Centre avant d'intégrer l'équipe gouvernementale de François Fillon.
Comment expliquer le faible engagement des chefs d'entreprises dans la politique ?
Qu'en pense l'opinion publique ? En attendant le résultat des élections municipales organisées en mars, qui permettront de jauger l'accueil fait à l'initiative de Denis Payre, cette immersion de la société civile et des chefs d'entreprises dans l'univers politique semble plutôt séduire les Français.
Selon un sondage BVA pour Le Monde intitulé "Les Français et l'avenir", réalisé pour le Forum "changer d'ère", qui s'est tenu à la Cité des sciences à Paris ce mercredi, les Français seraient en demande de réformes. Pour sortir de la crise, ils appellent de leurs vœux en priorité une grande réforme de l'État, avec une réduction drastique de la dépense publique (59 %), et une valorisation de l'innovation et de l'esprit d'entreprise (46 %).
Autres enseignements de cette enquête d'opinion, 80% des Français reprochent aux dirigeants passés, toutes sensibilités confondues, de n'avoir jamais eu le courage de faire les réformes indispensables, parce que ceux-ci penseraient plus à la conquête du pouvoir qu'à l'intérêt du pays (88 %).
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Pour les Français, c'est le citoyen (75 %) et dans une moindre mesure l'entreprise (55 %) qui est le meilleur vecteur du changement. Enfin, c'est vers sa propre famille (50%) et pas vers l'Etat (1% vers les services publics et 6% vers la protection sociale) que les Français se tourneraient en cas de difficulté.
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