Arnaud Montebourg est favorable à l’innovation mais pas à n’importe quel prix !

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Arnaud Montebourg ne veut pas que l'innovation déstabilise les entreprises historiques
Arnaud Montebourg ne veut pas que l'innovation déstabilise les entreprises "historiques" (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, a déclaré que l’innovation ne devait pas « perturber » les entreprises historiques lors de la conférence LeWeb organisée à Saint Denis. Dans le viseur du ministre du Redressement productif ? Free, probablement.

Comprenne qui pourra. Alors que l'innovation est dans toutes les bouches au gouvernement, et notamment au ministère du Redressement productif, Arnaud Montebourg a fait une déclaration tonitruante jeudi au salon LeWeb organisée à Saint-Denis.

"We need to slow innovation to protect the old businesses", a déclaré le ministre du Redressement productif. Soit : "Nous acceptons l'innovation à partir du moment où elle ne perturbe par les entreprises historiques". On peut également traduire la fin de cette phrase par  "les entreprises appartenant à des secteurs anciens".

Qui est visé par cette déclaration ? Free ? Coïncidence, ces propos sont intervenus trois jours exactement après une jolie passe d'armes sur Twitter entre le ministre du Redressement productif et Xavier Niel, le fondateur du groupe Iliad après que sa filiale Free ait annoncé qu'elle inclura une offre 4G dans ses forfaits téléphoniques à 2 euros. Grâce à cette nouvelle offre, Free fait d'une pierre deux coups. Elle se fait le hérault du pouvoir d'achat des Français et affaiblit ses concurrents qui comptaient sur la 4G pour reprendre la main. Or, parmi ses concurrents, il y a Orange, ex-France Telecom, et ses 170.000 salariés.

L'arrivée de Free s'est-elle soldée par des destructions massives d'emplois ? Selon l'Observatoire de l'emploi et de l'investissement de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), 5.000 emplois ont été créés dans le secteur des télécoms entre 2009 et 2012.

L'art du paradoxe

A moins qu'il ne faille mettre la maladresse de cette phrase sur le compte d'une maîtrise approximative de l'anglais, cette déclaration d'Arnaud Montebourg entretient le paradoxe. D'une part, il plaide pour une nouvelle France industrielle, pour une politique innovante tous azimuts.

En effet, le Ministre déclarait récemment à La Tribune : 

" Innover, c'est la capacité d'une nation de se réinventer et de changer concrètement la vie en société. C'est pour cela qu'il faut une industrie forte, car celle-ci concentre l'innovation, la R&D, l'investissement, le progrès technique, autant d'ingrédients indispensables pour relever notre croissance. L'innovation, c'est aussi un moyen pour un pays d'être libre. Innover, c'est se libérer des choix des autres dont nous serions dépendants, c'est ne pas être soumis aux normes, aux brevets et aux inventions des autres ",

D'autre part, il délimite avec précision la chasse gardée des entreprises "historiques", et notamment les entreprises publiques dont l'existence ancienne repose sur la conservation ou la quasi-conservation de situations monopolistiques. Comprenne qui pourra. Quant au concept de destruction créatrice théorisé par l'économiste autrichien Joseph Schumpeter qui désigne le processus de disparition de secteurs d'activité conjointement à la création de nouvelles activités économiques, il est revu et corrigé par le ministère du redressement productif !

Ce n'est pas la première fois que le ministre prend fait et cause pour une grande entreprise en difficulté. En octobre, Arnaud Montebourg tentait de faire vibrer la corde patriotique des opérateurs telecom français en leur demandant de passer des commandes à Alcatel en grande difficultés, difficultés dues à de nombreuses erreurs stratégiques. Une demande à laquelle Free avait répondu par une fin de non-recevoir, l'opérateur estimant que ce changement de fournisseur allait entraîner une rupture technologique dans son process de production.  

Quel sort pour les entreprises en difficultés ?

Pourtant, interrogé dans la Tribune sur la volonté de l'État de maintenir les entreprises en difficultés sous perfusion, le ministre a été très précis :

" Nous ne maintenons aucune perfusion. Cette question relève de la mythologie journalistique. Quand il n'y a pas de clients, pas de commandes, pas de repreneurs, il n'y a alors pas de solution et l'entreprise fait définitivement faillite. Les salariés à qui on mentirait se retourneraient contre nous si nous leur faisions croire qu'on peut sauver par des artifices une entreprise. L'Etat n'a pas, je crois, réouvert les Ateliers nationaux pour faire travailler fictivement les gens... ".

En protégeant ainsi Orange, qui n'est pas en difficulté, et les entreprises "historiques", en imposant des limites aux entreprises innovantes, Arnaud Montebourg n'a pas peur de la contradiction.

Rivaliser avec le Mittelstand allemand

Un grand groupe "historique" ne nait pas grand groupe mais est le fruit d'un processus long au cours duquel l'entreprise est bien souvent passée du stade de TPE à celui de PME puis d'ETI. Par ailleurs, son statut de grand groupe ne l'exonère pas d'erreurs stratégiques, d'erreurs de gestion qui peuvent le fragiliser, voire le conduire à sa perte. 

Alors que le gouvernement, comme le précédent avant lui, essaie de favoriser le développement des PME en ETI capables de créer des emplois, d'innover et d'exporter et - in fine - rivaliser avec le Mittelstand allemand, qu'il regrette l'âge avancé des entreprises composant le CAC 40 - la plus jeune entreprise du CAC qui n'est pas le fruit de l'union de plusieurs entités est STMICROELECTRONICS, créée en 1987 -, les déclarations du ministre font un peu désordre.

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Commentaires
a écrit le 09/01/2014 à 23:40 :
L'incompétence, au service du monde de l'entreprise…
a écrit le 26/12/2013 à 21:09 :
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a écrit le 14/12/2013 à 11:18 :
Montebourg n'a pas tort mais çà méritait sans doute plus d'explications pour les novices. Par exemple si l'on robotise tout à outrance on perd énormément d'emplois, on atteint donc souvent des imites dans l'innovation. Toute innovation n'est pas bonne, c'est l'évidence et pas l'unique paramètre à prendre en compte dans le développement de la société.
Réponse de le 16/12/2013 à 17:38 :
> Par exemple si l'on robotise tout à outrance on perd énormément d'emplois,

Les personnes qui vont créer les robots sont des nouveaux emplois.
La fin des moines copieurs n'a pas détruit des emplois, il en a créé de nouveaux.
a écrit le 14/12/2013 à 8:02 :
On était rarement allé si loin dans la bêtise. On devrait se cotiser pour payer au juriste Montebourg des cours du soir d'economie.
a écrit le 13/12/2013 à 23:08 :
Il faut innover donc créer du nouveau mais pas concurrencer les mastodontes historiques en faisant de la "surenchère", le même métier, car le produit, l'offre existent déjà. A quoi bon faire pareil moins cher ? Ça n'apporte rien. [Ah bon ?]
Heureusement que Free a secoué l'entente ternaire censée impossible, à deux oui, trois non, concurrence féroce, non, statu quo, chacun sa clientèle stabilisée.
Si un milliardaire génial créait une fusée performante rendant Ariane obsolète, il lui ferait les gros yeux : il faut créer, pas mettre les activités en place à la poubelle...
Envoyons donc nos mails sous enveloppe pour que La Poste perdure !
a écrit le 13/12/2013 à 22:31 :
Il est vrai que ce monsieur est reconnu comme étant The spécialiste mondial de l'innovation! Comment peut-on écouter ce genre de personne qui ne connait rien à rien, qui n'a jamais rien créé de sa vie et qui donne des leçons à la terre entière. Notre pays périclite à cause de tous ces incompétents.
a écrit le 13/12/2013 à 15:58 :
C'est pas du tout un conservateur M. Montebourg
a écrit le 13/12/2013 à 15:57 :
Montebourg face au syndrome de Gallilée. En pire car il s'agit là du réel et non plus du fantasmé. Serait-il contre la science ?? Voilà qui est amusant pour les tenants socialistes de la démagogie appliquée aux autres. Socialisme contre progrès.
a écrit le 13/12/2013 à 15:25 :
Avec ces idées-là, le vitrage serait encore fabriqué par des souffleurs de verre, le double vitrage n'existerait pas, les fenêtres vitrées seraient un luxe réservé aux riches.

Le chemin de fer aurait été interdit pour ne pas perturber les conducteurs de diligences. Les diligences n'auraient pas existé, vu que que la roue aurait été interdite pour ne pas perturber l'industrie des porteurs de fardeaux.

Le télégraphe aurait été interdit pour ne pas perturber l'envoi de messages "pneumatiques" ("petits bleus"), qui aurait été lui-même interdit pour ne pas perturber l'industrie de l'envoi de messages par porteur. L'envoi de messages par porteur n'aurait pas existé, parce que l'écriture aurait été interdite pour ne pas perturber l'industrie de la tradition orale.

L'éclairage électrique aurait été proscrit pour ne pas "perturber" l'industrie de l'éclairage au gaz, qui n'aurait pas été autorisée non plus pour ne pas "perturber" l'éclairage à la bougie, qui n'aurait pas été autorisé non plus pour ne pas perturber l'industrie des lampes à huile. Les lampes à huile auraient été interdites pour ne pas perturber l'industrie des torches en résine. Les torches en résine auraient été interdites pour ne pas perturber ceux qui ne font rien quand il fait noir.
Réponse de le 16/01/2014 à 17:08 :
Merci pour le dernier paragraphe!
a écrit le 13/12/2013 à 14:43 :
On peut s'attendre atout avec montebourg mais la il se surpasse. Qu'un ministre, de surcroît de l'industrie, puisse penser souhaitable que des secteurs devraient être protéger de l'innovation est grave. L'innovation est processus de nature quasi" biologique" qui ne se régente pas. De plus elle partout à Long terme source de création de richesse. Il est triste de voir que cette pensée mélange d'une mentalité" ligne maginot"et d'arché-colbertisme, ait droit de citer au plus haut lieu.
Réponse de le 13/12/2013 à 15:54 :
Qu'attendre d'un nul qui n'a jamais travaillé de sa vie et en plus il n'a pas honte.
a écrit le 13/12/2013 à 13:29 :
Que faut-il faire et à quel prix ? Les Français ont été tardivement contraint à une décolonisation des plus coûteuses, mais ne savent plus où on veut les mener, si ce n'est à être fondus dans le magma glauque du gros foirail européen. Plus de souveraineté, une régionalisation uniformisante à partir d'un Marché Souverain universalisé par l'hégémonie de l'hyper-puissance qui guide le Monde, sauf le Chinois.
Réponse de le 13/12/2013 à 17:07 :
Tondus par le PS pour s'acheter de nouveaux électeurs...
a écrit le 13/12/2013 à 12:59 :
Mr Montebourg démontre encore une fois qu'il ne comprends strictement rien à l'économie. La hausse de la productivité, qui seule crée la croissance, est un mélange d'accumulatino de capital et d'innovation. L'innovation, par nature, est le fait de nouvelles entreprises, qui mettent à mal les entreprises établis qui n'ont pas su innover, tout cela pour le plus grand bénéfices des consommateurs. Si on interdit ce role à l'innovation, cela veut dire qu'on stoppe la croissance (ce qui est le cas depuis 5 ans minimum et toute les mesures anti capital) et que l'on pénalise les consommateurs en faveur des anciennes industries....
a écrit le 13/12/2013 à 12:51 :
Il s inscrit dans la tradition politique francaise de defense des monopoles au detriment de l innovation .
Encore 3 ans a tenir ..
Réponse de le 13/12/2013 à 13:22 :
parce que vous coryez que ca sera mieux avec l UMP ???
5 ans de Sarko n ont pas suffit a vous montrer qu ils ne valent pas mieux ?
Réponse de le 13/12/2013 à 15:57 :
Vous avez raison sur un point Sarko ce ne fut pas terrible mais avec Flamby et montegourde ces deux tiennent le pompon.
Réponse de le 14/12/2013 à 8:10 :
Dites donc cfd ...il n'y aurait pas eu la plus grande crise économique depuis 80 ans en 2009, 2 ans après l'arrivée de Sarko ?? Pas sûr que vous ayez mesuré l'ampleur de ce à côté de quoi on est passé. Pour vivre à l'etranger, je vous confirme que ces déclarations ne font même plus rigoler, elles exaspèrent et le milieu business se dit que la France c'est mort.
a écrit le 13/12/2013 à 12:06 :
On est dans le process d'intention. Ponderer entre innovation et acquis est-il un pb? Il y a des innovations qui s'averent de varies calamites et d'autres de francs success. Au nom de quoi s'interdirait on de faire le tri. De l'erreur? Sauf que justement ne rien faire conduit a l'erreur.
Réponse de le 13/12/2013 à 17:09 :
C'est méchant pour flanby ce que vous dites : flanby ne fait rien...

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