Après Louvois, le gouvernement abandonne un second logiciel de paye des fonctionnaires

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Lancée en 2007 pendant la présidence de Nicolas Sarkozy, l'idée d'un logiciel de paye unique pour les fonctionnaires a fait long feu. (DR)
Lancée en 2007 pendant la présidence de Nicolas Sarkozy, l'idée d'un logiciel de paye unique pour les fonctionnaires a fait long feu. (DR) (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2010. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
A la suite d'un audit, le ministère du Budget a annoncé mettre un terme au développement d'un logiciel de paie des fonctionnaires, qui a déjà coûté 230 millions d'euros. Fin novembre, Jean-Yves Le Drian avait annoncé la fin du logiciel de paye des militaires, le "désastre" Louvois.

Un seul prestataire pour gérer la paye de quelque 2,4 millions d'agents de l'Etat. L'idée d'un opérateur national de paye (ONP), lancée en 2007 pendant la présidence de Nicolas Sarkozy, devait permettre de réduire les effectifs consacrés au traitement de la paye, alors évalué à quelque 12.000 agents.

Mais, explique lundi l'actuel ministère du Budget, "la solution technique retenue à l'époque d'un nouveau calculateur unique (...) présentait des risques. Donc dès l'été 2012, quand nous sommes arrivés aux responsabilités, nous avons lancé un audit".

Rapport défavorable

Or un rapport rendu récemment sur le sujet "préconise de réorienter le projet car les tests réalisés présentaient des risques sur les payes et des coûts qui allaient être dépassés et très élevés", a ajouté le ministère.

Donc "le gouvernement a décidé d'arrêter les frais", a-t-on poursuivi de même source, précisant que le projet avait déjà coûté "entre 235 et 290 millions" selon qu'on compte ou non les dépenses de personnel.

Economie de "600 millions d'euros" sur 10 ans

Ce logiciel était censé permettre d'"économiser 600 millions d'euros sur les dix années à venir", a assuré le ministère du Budget. Un "exemple d'économie et de sécurité des agents".

D'après le ministère, le gouvernement privilégiera désormais une "approche plus réaliste, plus pragmatique et à moindre coût pour sécuriser et améliorer la gestion des payes" et les quelque 215 agents qui travaillaient dans le service seront "notamment réorientés vers d'autres missions de modernisation".

Dans un communiqué, le syndicat FO finances a estimé pour sa part que l'échec de ce projet était "un gouffre financier" et a fait part d'inquiétudes pour l'avenir des agents concernés.

Le précédent Louvois

Fin 2013, le gouvernement avait déjà annoncé l'abandon du système informatique de paiement des soldes des militaires initié en 2010, le système Louvois, en raison de dysfonctionnements. Jean-Yves Le Drian avait expliqué que ce logiciel de paiement était "un désastre", précisant :

C'est un dispositif qui a été mis en oeuvre dans la précipitation, dans la confusion, alors que l'on a supprimé l'ancien dispositif sans vérifier que le nouveau marchait, ce qui a abouti à des situations extrêmement pénibles.

En avril de la même année, devant la commission Défense de l'Assemblée nationale, le secrétaire général pour l'administration (SGA), Jean-Paul Bodin avait expliqué que l'armée devait "faire face à des trop-versés d'environ 100 millions d'euros, ainsi qu'à toute une série de reprises d'avance de solde qui n'ont pas été effectuées en 2012, des erreurs d'imputation ou des doubles paiements d'indemnités".

>> Lire : Défense : 100 millions d'euros de solde versés en trop aux militaires

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Commentaires
a écrit le 14/03/2014 à 9:05 :
Quelques précisions : le programme ONP a été audité de multiple fois. Le rapport mentionné par le ministère du budget n'a pas été réalisé par des auditeurs mais par une société conseil. Les problèmes techniques invoqués concernent plus la capacité des ministères à mettre leurs SIRH en conformité et donc leur capacité à transmettre les données au calculateur dans le calendrier accepté par ces derniers depuis l'origine du projet. Donc même si le calculateur est réalisé (en cours de recette à ce jour), il n'est pas possible de vérifier son fonctionnement dans la mesure où les SIRH ne sont pas prêts.
L'économie de 600 millions n'est absolument pas étayé et les hypothèses pour ce calcul ne sont pas données. Il n'est pas fait mention du coût des applis actuels (PAY, ETR, les calculateurs de la défense pour la solde, les moteurs de prime dans chaque ministère).
Et surtout, il n'est pas fait mention des objectifs et ambitions abandonnés par ce gouvernement (certification des comptes, piste d'audit, intelligibilité de la masse salariale). Il faut savoir qu'aujourd'hui, le gouvernement est dans l'incapacité de donner le nombre exact de fonctionnaires de la FPE...
Au final, c'est l'abandon d'une volonté de modernisation de la chaine Paye de la fonction publique d'état, bien plus que l'abandon d'un logiciel de paye....
a écrit le 14/03/2014 à 8:44 :
@la rédaction : l'article reste approximatif sinon inexact. Dire qu'on abandonne un héritage de l'air Sarkozy est faux (même si politiquement, cela est plus facile pour le gouvernement actuel, stratégie de com). L'opérateur national de paye tire ses origines d'un audit IGF de 2006 dont les bases ont été tracées dans ce rapport (rapport disponible publiquement sur le site de la documentation française). La mission de préconfiguration de l'opérateur est antérieure au mandat Sarkozy, et même sa création par décret date du 15 mai 2007 (le mandat de M. Chirac se terminant officiellement le 16 mai 2007). Cela m'est égal de savoir si cela vient de M. Sarkozy ou untel dans le fond, sauf si cela sert à détourner les causes réelles de l'abandon de ce programme. Pour précision, il est cependant exact que le programme ONP a ensuite été intégré aux RGPP de l'ère Sarkozy, comme ensuite intégré au portefeuille du SG MAP du gouvernement actuel.
a écrit le 11/03/2014 à 13:49 :
Quelles sont les sanctions appliquées aux responsable de ces faillites???
J'aimerais savoir. Dans le privé aucun doute. Dans le public, on prends les mêmes et on recommence.
a écrit le 11/03/2014 à 12:09 :
Louvois n'est pas un logiciel de paye en soi. Chaque Armée à son SIRH (logiciel qui gèrent les données qui serviront à la paye) et son moteur de calcul de paye. Louvois a été conçu comme une interface unique entre les SIRH et les moteurs de calculs, qui eux détiennent les règles de valorisation des payes, pour produire les bulletins de paye. En d'autres termes, Louvois n'a fait que reproduire les problèmes de gestion des SIRH et de moteurs de calculs des Armées. Ajouter que des règles de gestion ont été introduites empêchant les responsables de décider de primes selon leurs propres jugements ... plus une gouvernance du projet où Louvois ne pouvait faire que ce qu'on lui ordonnait de faire (c'est l'Armée quand même - donc obéissance nécessaire), on obtient un échec retentissant.
a écrit le 11/03/2014 à 9:43 :
Vous savez quand même qu'en informatique réaliser une feuille de paie c'est ce qu'il a de plus simple (le nombre de profil différant ne posant pas de problèmes particuliers),heureusement que chez Ariane Espace ils n'ont pas les mêmes informaticiens,ils seraient pas prés de mettre en orbite un satellite.
a écrit le 11/03/2014 à 8:27 :
Il faut d'abord simplifier les règles avant de les informatiser ! Ce n'est pas parce que les primes et indemnités sont spécifiques à chaque métier qu'elles doivent suivre des principes de calcul divers. Cela aurait couté moins cher de donner une prime unique et simple pour compenser la suppression des primes compliquées avant d'essayer de les informatiser. Simplement personne n'a eu le courage de le vendre aux syndicats.
a écrit le 11/03/2014 à 7:39 :
Normal c'est du louvoiement!
a écrit le 10/03/2014 à 22:00 :
Ce n'est malheureusement qu'un exemple accablant pour la fonction publique. L'on tait l'empire arbitraire des logiciels utilisés par des tas de gens et professions sans en comprendre les tenants et aboutissants.On est accoutumés aux bugues en esclaves d'outil ignoré.
a écrit le 10/03/2014 à 19:23 :
qui nous aura couté cher.
Réponse de le 10/03/2014 à 20:48 :
Dans cette nouvelle affaire sarkologiste, il conviendrait peut être que la presse enquête sur les associés de ces fumeuses SSii ... qui ressemblent beaucoup aux sociétés de communication et de sondage sarkozystes.
Réponse de le 11/03/2014 à 12:02 :
@Enquête : Faire le logiciel Louvois est une décision de l'administration dans l'intention de faire des économies. Rien à voir avec le Président en place, quel qu'il soit. Quant aux SSII, elles créent de l'activité et permettent par leurs produits de faire des réductions de coûts, des réductions de consommation d'énergie, ... Désolé pour votre bile qui déborde et vous fait tout confondre dans votre amertume.
a écrit le 10/03/2014 à 18:18 :
Et avec ça , ils voulaient créer une Silicon-Valley... Humpfff , whouhahaha !!!
a écrit le 10/03/2014 à 17:16 :
et on ne saura pas quelle est la SSII si performante qui finalement désespère son client ?
Réponse de le 10/03/2014 à 22:09 :
C'est STERIA.
Néanmoins il semble que le problème soit plus dans l'expression du besoin par le client que du coté de la réalisation.
On peux simplement les blâmer de ne pas avoir suffisamment alerté (si c'est le cas).
Réponse de le 11/03/2014 à 5:30 :
"Simplement" ? L'obligation de conseil dans une affaire comme celle-là vous en faites quoi ? Un simplement qui nous coûte plusieurs millions d'euros. A tout le moins, la faute, lourde est sans doute partagée. Evidemment personne ne sera sanctionné, l'Etat conservera à son service et à nos frais, la totalité des 200 personnels désormais inutiles, et à la dépense de 600 millions d'euros qui devait disparaître s'ajoute 230 millions jetés à la poubelle. Décidément, l'Etat à de l'argent, il suffit de savoir le gaspiller.
Réponse de le 19/03/2014 à 9:26 :
Logicaca, maintenant CGI.
En meme temps, vu les tanches qui bossaient cote ONP, ca ne m'etonne pas qu'on en soit arrivé là. Un projet SSII pour les pouvoirs publics, c'est incapacité, quenelles internes, decisions politiques,... un beau merdier a la sauce admin franchouillarde (et je sais de quoi je parle, j'etais sur quelques projets de ce type avant de peter un cable devant l'immobilisme de l'administrafion)
a écrit le 10/03/2014 à 17:12 :
Le fonctionnaire a pour devise de faire compliqué quand l'on peut faire simple.
Après Louvois,nouvel exemple
il est certain que pour durer dans l'administration,il faut justifier de son utilité dans le service Sinécure assurée,et pour cela mieux vaut compliquer ,embrouiller,pondre des inutilités,etc pour démontrer que les tâches sontTRES COMPLIQUEES,
merci Marianne d'être aussi généreuse envers la fonction publique,mais jusqu'à quand????
Réponse de le 10/03/2014 à 19:22 :
"Le fonctionnaire" n'existe pas. Ce qui existe, c'est un policier, un ingénieur des eaux et forets, un infirmier, un agent d'entretien des écoles, un juge d'instruction ou un agent des impôts. Autant de métiers qui ont des modes de rémunération et de traitements très divers qu'il est quasi impossible de faire rentrer dans un seul logiciel, et ce n'est pas spécifique à la fonction publique.
a écrit le 10/03/2014 à 16:41 :
La Nasa envoie des robots sur Mars; Bercy ne peut pas informatiser la paie de 2.4 millions agents de l'Etat. D'où vient le problème ...?
Réponse de le 10/03/2014 à 17:24 :
Il fallait inclure les primes des hauts fonctionnaires dont l'état central n'est même pas au courant, cela a dû déplaire à certains !!!!
a écrit le 10/03/2014 à 15:51 :
C'est devenu tellement complexe et irrationnel que plus personne ne comprend quelques chose et que ce n'est plus informatisable. Ils ont besoin d'être 12000 pour ça !!!
Même l'état n'arrive plus à suivre ses propres règles ...
Pas étonnant que nos entreprises petites et grandes étouffent sous cette montagne de paperasse et de règles ubuesques.
Réponse de le 10/03/2014 à 16:22 :
J'ai collaboré à l'ancien ( qui va rester ) système...
le problème majeur était que sur 4 semaines les agents étaient surchargés 2 -...
sur la 3èmesemaine ils étaient là pour vérifier et re-vérifier
et honnêtement la 4ème = surtout pour rattaraper les anomalies par sécurité !
( il y en avaitt toujours mais + / -
Le nouvel opérateur lui ( une SII choisie devinez par qui ? ) sur d'autres projets nous a dit un jour =
"on ne sait pas faire !... - il faudrait que vous adaptiez la réglementation à notre Logiciel !..."
étonnant non ?
Réponse de le 10/03/2014 à 16:56 :
Pas si étonnant que çà. Un logiciel a tendance a mieux fonctionner lorsque les règles à appliquer sont logiques. Et visiblement, ce n'est pas le cas, d'où l'impossibilité d'automatiser. Une règlementation absurde ne peut pas facilement devenir digitale.
Et oui, il est probable que le monde de demain sera plus beau, grâce à l'intelligence artificielle (ouf).
Réponse de le 10/03/2014 à 20:48 :
"on ne sait pas faire !... - il faudrait que vous adaptiez la réglementation à notre Logiciel !..." : Il arrive de ne pas pouvoir faire quelques choses dans les règles de l'art de l'informatique. C'est souvent le cas en présence de règles métiers et d'exceptions en tout genre où, au lieu de monter des cathédrales pour arriver à rendre le tout joliment paramétrable, il faut accepter de faire tourner par exemple vers un paramétrage par des scripts. Il me semble d'ailleurs que c'est l'approche suivie dans SAP, chose vers laquelle ils auraient presque pu tendre avec 250 millions d'euro, soit 2000/3000 années homme, soit l'équivalent du budget annuel de l'INRIA pour les financiers...

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