Matthieu Pigasse dénonce "le triomphe de la France des ronds points"

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Souvenons-nous de la gauche au pouvoir il y a trente ans. La France s'était alors engagée dans une politique de désinflation compétitive, se souvient Matthieu Pigasse avec nostalgie dans un texte au vitriol à l'adresse de François Hollande. (¨Photo : Reuters)
"Souvenons-nous de la gauche au pouvoir il y a trente ans. La France s'était alors engagée dans une politique de désinflation compétitive," se souvient Matthieu Pigasse avec nostalgie dans un texte au vitriol à l'adresse de François Hollande. (¨Photo : Reuters)
Le banquier d'affaires et actionnaire du Monde, réputé à gauche, dénonce dans un texte au vitriol l'incapacité de François Hollande à réformer la France. Pour lui, il en va pourtant de la sauvegarde de notre système démocratique.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que Matthieu Pigasse en veut au président de la République. Dans "Éloge de l'anormalité" (Plon), le banquier de gauche à la tête de la banque Lazard et coactionnaire du Monde démonte d'une plume acérée l'(in)action de François Hollande. En voici quelques extraits publiés par les Echos.

"La normalité est devenue le déguisement de la passivité. Quand on est normal, on ne fait pas grand-chose parce qu'on ne peut pas grand-chose. On ne va pas déplacer des montagnes, ni soulever des océans, ni remuer ciel et terre. Impossible ! On est normal", s'indigne Matthieu Pigasse, qui déplore l'absence de cap fixé par le président de la République. Pourtant, "'le courage est la première de toutes les vertus politique', disait Hannah Arendt", rappelle-t-il.

Absence de projet économique

Son premier sujet d'agacement est sans surprise l'économie: "quels sont nos objectifs et les moyens mis en œuvre pour les atteindre?" s'interroge-t-il. "Cherchez, vous ne trouverez pas," tranche-t-il. Nostalgique de la gauche des années 1980, Matthieu Pigasse prend en exemple le tournant de la rigueur auquel s'était astreint François Mitterrand en 1983.

"Souvenons-nous de la gauche au pouvoir il y a trente ans. La France s'était alors engagée dans une politique de désinflation compétitive. Deux mots, un slogan, assumés par un gouvernement de gauche, et une mise en œuvre déterminée. Les oppositions étaient violentes, les critiques féroces, les procureurs nombreux, mais les hommes de gauche qui étaient aux commandes ont tenu le cap".

Le banquier critique le "triomphe de la France des ronds points, celle qui tourne en rond". "Six milliards d'euros engloutis chaque année dans les ronds points", s'indigne-t-il encore, dont "deux sont consacrés à la seule décoration".

Pas de potentiel de croissance

"Quel dirigeant politique osera le dire ? Notre potentiel de croissance est durablement nul. Aucune des composantes de la croissance n'est aujourd'hui présente ni disponible. Notre modèle de croissance est en réalité cassé depuis les années 1980, mais nous nous le sommes caché à nous-mêmes pendant vingt ans."

Le message à l'adresse de François Hollande est sans équivoque: la France aurait confondu dette et pouvoir d'achat pour se voiler la face. La fin de l'illusion devrait permettre, selon lui, de s'intéresser au vrai problème: la productivité.

Non seulement notre population ne croît plus, mais elle ne parvient plus à produire mieux et plus efficacement. Ce n'est plus la division du travail qui peut apporter des gains de productivité, mais d'autres facteurs: la durée du travail, le niveau de formation de la population, l'effort d'innovation. Ces trois facteurs jouent cependant aujourd'hui négativement.

Pour lui, "le contraste entre la réalité et les discours est frappant".

La démocratie n'est pas garantie

"Ce qui est en cause aujourd'hui, c'est l'existence même de notre système démocratique," affirme Matthieu Pigasse. La faute à "l'incapacité à faire face à la crise, à lutter contre la pauvreté et le chômage, la croissance explosive des inégalités, la dégradation continue des grandes infrastructures, la recherche du profit immédiat, la médiocrité des dirigeants, leur manque de souffle, de vision, d'ambition, les scandales à répétition (et à) l'absence de grand dessein collectif".

Enfin, le patron de la banque Lazard conclut :

"Nous vivons des temps de crise, exceptionnels de gravité. 'Notre monde n'a pas besoin d'âmes tièdes, il a besoin de cœurs brûlants (Camus)'. Chassons la normalité, renouons avec l'exceptionnel."

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Commentaires
a écrit le 13/04/2014 à 14:25 :
Bonjour
J'ai vu Mr PIGASSE sur la 2 le 12/04 . Il a touché un point sensible lorsqu'il a dit que le quotient aurait dû être laissé et enlever aux personnes aisées les allocations et prestations. Nous sommes très nombreux à le penser. J'ai personnellement ma mère, des amies,des personnes âgées qui ont travaillé toute leur vie à qui on prend 100€ /mois avec rappel depuis 7 mois et récemment un rappel d'aide à la dette en plus . Beaucoup de mal pour vivre avec tout cela, nous voudrions faire une pétition.
a écrit le 31/03/2014 à 9:49 :
Ceux qui travaillent 60 heures par semaine et partent en retraite à 65 ans sont ceux qui travaillent pour eux? ou bien les cadres supérieurs à 200.000€ mois. j'aimerais bien travailler 60 heures par semaine
a écrit le 29/03/2014 à 9:20 :
Ce qui me dérange dans les ronds points,c'est l'entretien à grand frais ,j'ai comptabilisé 6 personnes sur un rond point entrain d'effectuer l'entretien,cela devient une rente annuelle cette affaire .Un rond pont ce doit avant tout d’être fonctionnel,c'est sa seule vocation.
a écrit le 25/03/2014 à 23:27 :
Sur la France des ronds-points il a sûrement échappé à Matthieu Pigasse que leur multiplication est liée au financement occulte des municipalités de tout bord...Leur existence pour des raisons de sécurité vient loin derrière d'autres considérations.
a écrit le 23/03/2014 à 18:27 :
Selon une étude financée par la NASA, notre civilisation serait amenée à disparaître et n’a plus que quelques décennies à vivre. La raison ? Un problème de gestion des ressources naturelles mais aussi une mauvaise répartition des richesses.
http://www.planet.fr/technologies-la-fin-de-notre-civilisation-est-proche-selon-la-nasa.573762.29339.html
a écrit le 23/03/2014 à 8:12 :
j 'ai mis un frein a l'immobilisme et crée une communauté qui se réunit une fois par semaine
Multi entités Multi rôles et Multi sujets autour et alentour de l'IT (Systemes d'informations). des guest star interviennent une fois par mois au minimum. nous partimes 4 et nous sommes maintenant 20 a table . nous affichons complets. Effet papillon... j'envisage d approcher les écoles et universités et autres professions en créant la friction des sujets ou objets qui n'on pourtant rien à voir. Aprés tout nous ne sommes que poussière d'étoiles qui dansons sous la musique d'un joueur de flute invisible.. J'aimerais bien contacter PIGASSE cet anormal comme moi et échanger avec lui comment faire ?.
Réponse de le 23/03/2014 à 17:30 :
Si tu ne sais déjà pas comment le contacter, ton projet me semble très mal parti :-)
a écrit le 21/03/2014 à 18:51 :
le pays n'est plus gouverné depuis longtemps;Il est sous la coupe des prédateurs du MEDEF, de lobbys , de l'Administration.Tous sortis des mêmes écoles pas un qui oise penser autrement.
a écrit le 21/03/2014 à 9:13 :
Quelle critique du socialisme!! et de l'intérieur qui plus est.
a écrit le 21/03/2014 à 7:35 :
Il va falloir leur jouer a l Ukrainienne, vous avez vu comment on obtient la démission de quelqu'un dans un pays démocratique ( je parle du présentateur Télé) il nous suffira de faire pareil en France
a écrit le 20/03/2014 à 22:10 :
"Notre modèle de croissance est en réalité cassé depuis les années 1980,"
Et c'était qui, qui était au pouvoir, dans les années 1980 ????
a écrit le 20/03/2014 à 18:13 :
Il n'a pas tord. La stratégie actuelle de la France c'est attendre la faillite sans rien changer. De peur de froisser les différentes castes qui s'accrochent à leurs prérogatives.
a écrit le 20/03/2014 à 17:52 :
Il a investi dans le journal Le Monde dont la critique face à l incapacité de nos gouvernants à faire le job est bien timide. Alors ce qu il dit ou pense n est pas franchement traduit dans ses actes.
Réponse de le 24/03/2014 à 23:12 :
Votre remarque démontre une vraie méconnaissance de la presse: MP est actionnaire au Monde, pas rédacteur en chef. Ce qu'il pense n'a pas d'influence sur le contenu du journal, dont les journalistes sont très soucieux d'indépendance. S'il essayait "d'imposer" ses vues, cela provoquerait un tsunami en interne...
Réponse de le 25/03/2014 à 14:33 :
Votre remarque démontre une vraie méconnaissance de la presse: Celle-ci a été mise au pas par le rachat par ce genre d'individu des quelques titres encore indépendants il y a peu. Les journalistes s'auto-censurent ou sont "amenés" à quitter l'entreprise. Mais vous ne pourriez vous en rendre compte qu'en cherchant à comparer avec d'autres sources.
a écrit le 20/03/2014 à 15:39 :
Pensez vous être l'éléments déclencheur d'un mouvement ? Depuis combien d'années parle t on de réformer la France ? Quels politiques ont amorcé ne serait ce qu'un léger mouvement pour diminuer les dépenses de l'état ? Les réorienter vers plus d'efficacité ? Où sont ceux qui auront le courage de prendre des décisions mettant la france en mouvement ? Où sont les électeurs qui voteront pour eux ? A posteriori et même à priori, il semble que l'électeur francais se complaise à ponctionner les autres au travers des impôts, se complaise à vivre au dessus de ses moyens. Après tout, nous avons les politiques que nous méritons et la vérité serait de dire aux francais qu'ils sont des enfants gâtés par des parents en surrendettement. Ce discours de vérité illustré par des exemples précis et quotidien (Etat ou collectivité locale) sera le seul qui fera réagir les francais. La réforme de la France commence par celle des francais et ensuite s'impose aux structures. Croire l'inverse, c'est se méprendre de la vérité. Maintenant, quel sera le prochain personnage politique qui proposera ce discours ?
a écrit le 20/03/2014 à 14:47 :
C'est étonnant. N'avait-il pas lu le programme de Hollande lors des présidentielles?
a écrit le 20/03/2014 à 13:38 :
Qui a mis la retraite a 60 ans et qui a contribué par conséquent au déclin de celle-ci pour des questions d'éléctorat.....
Les années 80 ne sont pas forcement un modèle sur tous les plans.
a écrit le 20/03/2014 à 13:38 :
Ne surtout pas faire confiance à un banquier. Branquignol !
Réponse de le 20/03/2014 à 18:14 :
Et tu confie ton argent à qui? Ton matelas?
a écrit le 20/03/2014 à 12:58 :
Les ronds points ça permet aussi de tourner à 360 ° c'est à dire à revenir en arrière, au 19ème siècle, par exemple, c'est finalement ce que propose ce monsieur.
Réponse de le 27/03/2014 à 10:57 :
Humm ! 360°, c'est toujours tout droit, revenir en arrière ce serait 180°.
a écrit le 20/03/2014 à 12:42 :
Le système est devenu au fil du temps une telle "usine à gaz" que personne ne peut le réformer, comme l'était le système soviétique. Seul un séisme économique et social peut y mettre fin pour permettre l'éclosion "d'autre chose".
Ce sera cruel pour tous mais inévitable.
Réponse de le 20/03/2014 à 14:33 :
@veritas + 1; mais hélas....dans ce pays bi polaire les écarts sont tellement considérables que l'unité est impossible, comment faire se rejoindre ceux à 35 h, retraite à 50/55 et ceux à 60 h et retraite à 65, à laquelle s'ajoute la complexité dont vous parlez et l'absence complète d'hommes d'état qui sauraient répondre à la question que faire pour mon pays? La seule question posée aujourd'hui: que faire pour être réélu? la réponse est en tout cas : notre situation....pas loin du précipice...
a écrit le 20/03/2014 à 12:33 :
La faute à la recherche du profit immédiat ?

C'est une blague. Il n'est pas banquier d'affaires ce monsieur ?
a écrit le 20/03/2014 à 12:17 :
C'est drôle

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