"La fonction sociale de l'entreprise ne saurait se réduire au recrutement" (Gérard Mestrallet)

La fondation pour Agir contre l’exclusion (FACE), qui réunit près de 5.000 entreprises, a remis ce vendredi au président de la République 150 propositions articulées autour de 5 priorités pour mobiliser les acteurs économiques en faveur de l’emploi, notamment celui des jeunes. Rapprocher l’entreprise de l’école, faire de l’alternance une voie d’excellence, mobiliser les capacités de formation des entreprises pour les chômeurs, accroître la mixité dans les métiers, et organiser une dynamique locale en faveur de l’emploi des jeunes, sont les grandes lignes directrices du rapport présenté par Gérard Mestrallet, le président de la FACE, qui revient avec la Tribune sur les grands défis à relever, notamment pour la nouvelle génération qui fait face à une précarité croissante.
Mathias Thépot
Gérard Mestrallet, président de la FACE, propose de faire de l’alternance une voie d’excellence.
Gérard Mestrallet, président de la FACE, propose de faire de l’alternance une voie d’excellence. (Crédits : Bloomberg)

La Tribune :  Près de 83% des embauches se sont fait en contrats précaires au troisième trimestre 2013. La part des CDD dans les embauches s'est envolée avec la crise. Que peuvent faire les entreprises pour endiguer cette précarité massive, notamment chez les jeunes ?

Gérard Mestrallet : Nous sommes parfaitement conscients de l'ampleur de la précarité chez les jeunes mais pensons que c'est d'abord en favorisant l'emploi que nous pourrons la réduire. En effet, le chômage reste, et de loin, la plus grande situation de précarité.

Pour faire évoluer la situation dans le bon sens, il faut mettre en valeur la fonction sociale de l'entreprise qui ne saurait se réduire au seul acte de recrutement. Elle doit s'engager pleinement aux côtés de la puissance publique pour contribuer à consolider les piliers fondamentaux que sont l'éducation, la formation ou l'apprentissage. Nos propositions sont dans ce cadre assez révolutionnaires. Les entreprises doivent être prêtes à faire ce premier pas, par exemple en ouvrant leurs formations et les dispositifs d'alternance aux chômeurs de longue durée.

Les jeunes sont-ils mal considérés par les entreprises ?

Je n'ai pas ce sentiment. Les entreprises sont évidemment confrontées à une situation difficile sur les marchés où la concurrence est internationale. Mais elles ont tout de même  besoin de recruter des jeunes et ne portent pas un regard négatif sur eux. Les entreprises adhérentes à la FACE sont en tout cas très responsables et sont prêtes à accompagner les jeunes dans leur parcours.

Pourtant, il semble de plus en plus difficile pour des jeunes avec peu d'expérience de trouver grâce aux yeux des entreprises…

Il est clair qu'au niveau de la sélection à l'embauche, l'existence d'une expérience professionnelle au préalable dans un curriculum vitae est un élément extrêmement positif. L'approche est d'ailleurs la même pour les chômeurs de longue durée : il ont plus de chances d'être embauchés s'ils ont repris contact avec le monde de l'entreprise dans les 6 derniers mois, que s'ils sont restés 3 ans sans activité.

Pour revenir aux jeunes, ils signent énormément de contrats précaires. Sommes-nous aller trop loin dans la flexibilisation du marché du travail en France pour cette catégorie de la population ?

Il faut certes qu'un plus grand nombre de jeunes puissent avoir une expérience en entreprise. Mais nous devons faire attention à ne pas aller trop loin dans la facilitation de l'accès des jeunes aux entreprises. Le risque étant qu'ils soient uniquement considérés comme de la main d'œuvre bon marché. A l'inverse, prenons garde à ne pas instaurer trop d'obstacles à l'accès à l'emploi pour les jeunes. Il faut trouver le bon point d'équilibre.

L'avons-nous atteint ?

Nous travaillons à nous en rapprocher par le biais de nos propositions qui desserrent les freins à la mobilité en accentuant l'action sociale globale de l'entreprise. Nous proposons notamment de mettre le paquet sur le logement des jeunes, en renforçant l'usage du 1% logement, auquel les entreprises contribuent.

 

 

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Mathias Thépot

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Commentaires 4
à écrit le 26/04/2014 à 15:54
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veut dire qu'elle commence là. Maintenant, comme on ne saurait laisser aux seuls capitalistes (entendez par là les propriétaires des entreprises), le soin de veiller au bien public, il faut que la puissance publique intervienne, ce qui totalemen...

à écrit le 26/04/2014 à 15:13
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La fonction sociale d un syndicat est d avertir ses adhérents du danger des pactes que signe l état . La mondialisation n a pas été comprise comme un danger pouvant mettre en péril nos pme pmi sans contrepartie par la régulation . Résultat de cette ...

à écrit le 26/04/2014 à 9:20
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Voilà que nos capitalistes reviennent à la vision de l'entreprise humaniste du 19eme siècle. L'entreprise est d'abord un moyen de faire vivre une population. Il était temps qu'ils s'en souviennent. L’extrême financiarisation de l'économie a totalemen...

à écrit le 25/04/2014 à 20:03
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C'est sûr, des supers profits sans salariés , le pied !

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