Le retournement de l’économie française sera-t-il vigoureux ? Moody’s en doute

 |  | 577 mots
Lecture 3 min.
La croissance française sera davantage soutenue par la consommation des ménages que par l'investissement, selon Moody's. | REUTERS
La croissance française sera davantage soutenue par la consommation des ménages que par l'investissement, selon Moody's. | REUTERS (Crédits : Décideurs en région)
Dans une note sur l’économie française, la filiale spécialisée dans la gestion du risque de l’agence de notation indique que la reprise restera modérée. La frilosité des banques, qui financent l'essentiel des investissements du secteur privé, est pointée du doigt.

Certes, reprise il y a. Mais contrairement à ce que martèle gouvernement, pour qui le " retournement " de l'économie française est d'ores et déjà en train de se produire, l'accélération de l'activité est à relativiser. Moody's Analytics, la filiale gestion du risque de crédit et du risque d'entreprise de l'agence de notation américaine vise en effet une hausse de 1,1% du PIB cette année, bien loin de sa moyenne de long terme qui s'élève à 1,8%.

Quels seront les moteurs de cette timide reprise ? Moody's Analytics table sur la résistance de la… consommation des ménages ! " Résultat, le commerce extérieur devrait contribuer négativement à la croissance ", avance Martin Janicko, économiste chez Moody's Analytics, la consommation soutenue se traduisant par une augmentation quasi mécanique des importations, l'industrie française ne produisant plus depuis longtemps un certain nombre de biens, notamment électroniques et textiles.

L'investissement est en panne

Quid de l'investissement ? C'est là que le bât blesse estime Moody's Analytics. Alors que la dernière enquête de conjoncture menée par l'Insee auprès des industriels anticipe une augmentation de 4% de la formation brute de capital fixe des sociétés non financières cette année, l'agence de notation est beaucoup plus pessimiste sur ce point.

" L'investissement est freiné par le faible taux de marge des entreprises mais également par la frilosité des banques à venir en aide au secteur privé et tout particulièrement aux PME ", constate Martin Janicko qui estime à 60% en moyenne la part des crédits effectués accordés aux entreprises.

Des cas de faillites

Une frilosité récurrente qui, estime l'économiste, se traduit aussi par des tensions persistantes sur les trésoreries des entreprises et expliquerait un nombre important de faillites, les entreprises françaises ne pouvant se passer des banques pour financer leurs projets de court, moyen ou long terme.

Le poids écrasant de l'intermédiation bancaire

Selon les donnée recueillies par l'Institut Montaigne, ASMEP-ETI et E&Y compilées par le fond d'investissement Nextstage, 92% du financement des entreprises provient des prêts bancaires en France, contre 74% en Allemagne, 51% au Royaume-Uni et 21% aux Etats-Unis. De l'autre côté de l'Atlantique, les investissements sont financés à 17% par les business angel, à 20% par le capital-risque et à 42% par les introductions en bourse. En France, le capital risque représente 7% du financement des entreprises et les introductions en bourse 1%. Le poids des business angels est trop faible pour être précisé…

Dans ce contexte, le Pacte de responsabilité proposé par le gouvernement pour restaurer, notamment via un allègement du coût du travail, la compétitivité des entreprises, est-il de nature à inverser l'ordre des choses ? Martin Janicko ne l'envisage pas. « Estimés à 40 milliards d'euros, les allègements sociaux et fiscaux pour les entreprises ne pourront à eux seuls accélérer la reprise », anticipe Martin Janicko.

Des perspectives peu avenantes

" Les données d'enquêtes auprès des chefs d'entreprises ne laissent pas imaginer une accélération brutale de l'activité manufacturière au cours des prochains mois. Le ratio des nouvelles commandes sur stocks dans l'enquête PMI/Markit suggère toujours une évolution très limitée. Dans l'enquête de l'insee auprès des chefs d'entreprise dans l'industrie, les commandes sont faibles également, en dessous de leur moyenne de long terme. Cette absence de ressort sera problématique pour le profil de la croissance 2014 ", indique Philippe Waechter chez Natixis Asset Management.

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 11/06/2014 à 14:12 :
Bonjour,
Etant étudiant en licence j'aurais besoin d'avoir le détail des chiffres pour l'angletter et l'allemagne (business Angel et capital risque).

Où pourrais je trouver l'étude en détail ?

Par avance merci ;)
Réponse de le 11/06/2014 à 14:17 :
*Angleterre
a écrit le 11/06/2014 à 11:09 :
bel article quand meme , vrai la france ne produit aucun bien de consommation courante en électronique et en textile ( sauf dans le luxe et les niches ) c'est aussi cela qui explique le problème de l'industrie qui patine , pourtant on achète des smartphones , pc , Tv mais pas fabriqué en europe et payable en dollars et avec l'appréciation de l'euro , ces produits sont moins cher que cher .. cherchez l'erreur
a écrit le 10/06/2014 à 22:15 :
"Certes, reprise il y a" Et bien non! Certes encore une fois, il n'y aura aucune reprise en 2014. C'est pourtant simple: le PIB a stagné au 1er trimestre: évolution 0 %. Maintenant même la bdf attend au 2eme trimestre une croissance de +0,2%; ce qui ne se réalisera pas, car la bdf est notoirement sous influence stimulée. Donc, sur le 1er semestre 2014 la croissance sera proche de 0 %. Personne ne connaît l'avenir; mais que moodys' attende une croissance de +1,1 % sur l'année c'est tout de même déjà presque certainement irréalisable! N'oublions pas qu'à ce rythme et la croissance de notre population âgée (et nostalgiquement patriotique) le PIB/habitant ne cesse de régresser en France. En attendant, les français peuvent se préparer aux réformes structurelles; les nostalgiques ne se berceront plus dans une revue d'un passé national meilleur, ils protesteront en vain contre un avenir triste et inconfortable. Nos fonctionnaires, chômeurs et retraités seront occupés.
Réponse de le 11/06/2014 à 11:11 :
en fait la croissance est un mythe , les émergents commencent a tousser , les allemands aussi , ils envisagent le gaz de schiste comme solution pour l'avenir proche , enfin si la croissance revenait la BCE augmenterait les taux d'intérêts et ce serait la panique fiscale autour de la dette et pas qu'en france .. alors on a le marasme et une croissance en W .. en espérant pas revoir une croissance en U ..
a écrit le 10/06/2014 à 21:03 :
Hollande au volant, Valls co pilote, Montebourg et Sapin à l'arrière, la sortie de route est au prochain virage....le retournement est donc tout proche!
a écrit le 10/06/2014 à 20:55 :
De quelle reprise parlez Vous?
a écrit le 10/06/2014 à 17:08 :
si les analyses sur l'économie française de Moodys sont aussi pertinentes que ces notations sur les produits bancaires, il y a une chance pour que l'économie français décolle !!
a écrit le 10/06/2014 à 15:00 :
Il y a pourtant une solution simple à tout cela :
A l'instar de ce que fait la BPI, autoriser la caisse des dépots à créer une structure de prêt pour les PME/PMI à court et moyen terme.
Le problème c'est que les banques crieraient au scandale donc on est un peu coincé si personne ne fait preuve de courage politique. La réalité c'est que les banques ne sont peut-être pas assez solide pour pouvoir assumer la part incompressibles d'entreprise qui font faillite dans toute économie dite moderne. Et je pense que leurs assurance non plus ... . D’où le blocage ... . Du coup statut quo intenable sur le long terme pour l'impôt collecté par l'état, pour l'emploi et pour la consommation : Tout le monde est perdant ... . D’où l'utilité de la nationalisation ... . Mais là encore : Ô Scandale !!!
Réponse de le 10/06/2014 à 18:23 :
Courage politique en France ? .Cela existe encore ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :