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ÉconomieFrance

Nicolas Sarkozy 2, le retour !

Photo de Jean-Christophe Chanut

Jean-Christophe Chanut

Publié le 19 septembre 2014 à 12:42 - Mis à jour le 22 septembre 2014 à 16:08

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Nicolas Sarkozy a mis fin au faux suspens en annonçant sa candidature à la présidence de l'UMP. Une première étape avant l'échéance présidentielle de 2017. Mais l'ancien président va rencontrer de nombreux obstacles sur la voie de sa reconquête.

Ainsi le faux suspens sur le retour dans l'arène politique de Nicolas Sarkozy prend fin. L'ancien président de la République sera candidat à la présidence de l'UMP lors du congrès du mouvement le 29 novembre prochain. Il l'a annoncé vendredi 19 septembre , via son compte "Facebook" . Terminée la stratégie des cartes postales, le perdant de 2012 va s'impliquer à fond dans sa stratégie de reconquête d'un pouvoir dont il n'a jamais accepté l'abandon. Objectif 2017. Nicolas Sarkozy veut réussir ce que Valéry Giscard d'Estaing a raté après sa défaite historique de 1981.

Certes, mais une fois passé l'effet tsunami de l'annonce de son retour et l'euphorie qui va en découler dans le noyau dur des militants UMP, il va falloir à Nicolas Sarkozy gérer la durée. Il va se retrouver sous les feux de la rampe et beaucoup l'attendent au tournant. Au sein de la majorité socialiste, bien sûr, où l'on se frotte les mains à l'idée de pouvoir enfin mettre un visage sur l'opposition. Pour mieux la combattre. Lors de son discours de politique générale du 16 septembre, le premier ministre Manuel Valls n'a d'ailleurs pas caché son envie d'en découdre avec l'ancien président. Sans parler du fait que le retour de Nicolas Sarkozy aura aussi l'avantage de détourner l'attention des médias du Président de la République en place... Le Front National aussi se délecte d'avance. Marine Le Pen rêve de régler son compte à celui qui est venu chasser sur les terres du FN en 2007 (avec succès) et en 2012. Elle ne va pas l'épargner et l'accusera d'avoir placé la souveraineté nationale sous la coupe de la Commission européenne...

Des obstacles sur la route de la reconquête

Mais c'est plutôt de son propre camp que viendront les principales difficultés de l'opération reconquête de Nicolas Sarkozy, une fois calmées les effusions liées à son retour. Les dagues vont être sorties et ils seront nombreux à réclamer un droit d'inventaire du quinquennat de l'ancien président. François Fillon l'ancien « premier collaborateur » de Nicolas Sarkozy, en tête. L'ex Premier ministre qui, lui, ne brigue pas la présidence de l'UMP, préférant se consacrer à la préparation de la primaire de 2016 en vue de la désignation du candidat de droite à la présidentielle de 2017, ne cache pas sa volonté de barrer la route à Nicolas Sarkozy pour cette échéance. Il lui reproche notamment son virage trop droitier de la fin du quinquennat et ses reculs sur certains dossiers, comme l'instauration de la TVA sociale.

François Fillon n'oublie pas, non plus, qu'il a rapidement sonné le tocsin sur la situation budgétaire, avec sa fameuse phrase, «je suis le Premier ministre d'un pays en faillite »... Or à la fin du quinquennat 2007-2012, le déficit budgétaire français s'était creusé de plus de 500 milliards d'euros. François Fillon pourra compter sur une alliance « objective » avec Bruno Lemaire, candidat à la présidence de l'UMP, Xavier Bertrand - un autre de ses anciens ministres - et avec Hervé Mariton, le député de la Drôme également candidat à la présidence. Tous estiment que la page Sarkozy devrait être tournée. Tous demandent un examen minutieux des choix arrêtés durant les « années Sarkozy ». Mais l'ancien Président de la République a confiance en son aura. Il est persuadé qu'une fois le rouleau compresseur mis en route, les réfractaires rentreront au bercail...

Un écueil nommé Juppé

Mais le principal écueil pour Nicolas Sarkozy s'appelle Alain Juppé, il compte d'ailleurs le "traiter" en douceur. Le "papy flingueur" de Bordeaux s'est déjà positionné pour la primaire de l'UMP. Il reproche à Nicolas Sarkozy d'avoir abimé « son » UMP - il en est l'un des pères fondateurs - en ayant trop flirté avec les idées du Front National et, de ce fait, d'avoir fait quitter le navire UMP à de nombreux centristes partis créer l'UDI. De fait, ce miraculé de la politique revient de loin. Il incarne pour l'instant dans les sondages celui qui serait le plus à même de rassembler la grande famille de la droite et du centre. Dans la quasi-totalité des études d'opinion, le maire de Bordeaux arrive en tête des potentiels candidats UMP lorsque la question est posée « aux sympathisants » et non aux seuls militants de l'UMP qui, eux, préfèrent Nicolas Sarkozy. D'ailleurs François Bayrou et lui-même sont en passe de créer un axe destiné à contrer le retour d'un Nicolas Sarkozy que François Bayrou, alors candidat Modem, avait appelé à battre en 2012. Par un de ses retournements de l'histoire, Alain Juppé, le premier ministre détesté « droit dans ses bottes » de 1995, est devenu « un sage » aux yeux des Français qui le porteraient bien à la présidence de la République en 2017....

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La question des centristes et des rapports entre l'UMP et l'UDI est fondamentale pour 2017. Car avec Marine Le Pen en embuscade, une pluralité de candidatures à droite (un UDI et un UMP) pourrait être fatale à la présence d'un représentant de la droite « républicaine » au second tour. Or, si les centristes de l'UDI sont tentés de faire un bout de chemin avec Alain Juppé, ils n'envisagent pas, à ce stade, de le faire avec Nicolas Sarkozy... Encore faut-il que Alain Juppé ait réellement envie d'aller au bout. C'est peut-être là sa faiblesse : est-il capable de s'investir à fond pour résister au volontarisme, au culot, à la vista d'un Nicolas Sarkozy, véritable animal politique ?

Nicolas Sarkozy: quel programme économique?

Reste enfin à connaître le programme de Nicolas Sarkozy. On sera vite fixé. Pour l'instant, on ne sait pas si l'ancien locataire de l'Elysée va rebondir sur son fameux discours de Toulon de décembre 2011,  où il prônait une intensification de la diminution de la dépense publique. Déjà, François Fillon, lui, se donne pour objectif de réduire les dépenses de 150 milliards d'euros sur trois ans, à comparer aux 50 milliards défendus par François Hollande. L'ancien président va t-il reprendre son antienne sur la nécessaire diminution des pouvoirs des corps intermédiaires, avec en ligne de mire les syndicats ? Va t-il encore défendre l'idée de renforcer les pouvoirs de la commission européenne sur l'élaboration des budgets nationaux ? Veut-il toujours réformer de fond en comble le marché du travail en supprimant ses « rigidités », qui « entraveraient » le contrat à durée indéterminée ? Rétablira-t-il la défiscalisation des revenus issus des heures supplémentaires ? Défendra t-il encore l'harmonisation sociale, fiscale et économique entre Paris et Berlin ? Augmentera-t-il la TVA en échange d'un nouvel allègement des cotisations pesant sur les entreprises ? Militera-t-il pour une politique de relance européenne, via l'instauration d'euro-bonds ? On ne connaît pas encore les nouveaux fondamentaux de la politique sarkozienne. Et pour cause, ceux-ci ont déjà tellement évolué entre 2007 et 2012 !

L'épée de Damoclès des affaires

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Enfin, il y a un dernier gros problème au retour de Nicolas Sarkozy sur le devant de la scène, c'est... Nicolas Sarkozy lui-même. L'homme est cerné par des « affaires » : financement occulte de sa campagne de 2007 par des fonds libyens ; fausse facturation de ses frais de campagne de 2012 (affaire Bygmalion) ; tentatives pour soudoyer un magistrat de la Cour de cassation pour connaître l'état d'avancement du dossier « Bettencourt », etc. Autant de bombes potentielles qui peuvent lui exploser à la figure. Dans un tel cas de figure, l'opération reconquête aura échoué. Il pourra alors écrire ses mémoires.

Jean-Christophe Chanut

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