Réforme territoriale : les élus dans le brouillard, les Français sans avis tranché

Jean-Pierre Gonguet

Jean-Pierre Gonguet
« Je me suis infligé un jour la lecture intégrale de la loi Maptam [loi de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles] : c'est une épreuve !» Alain Juppé n'est pourtant pas homme à reculer devant un texte de loi rébarbatif. Mais comme il l'a expliqué lors de la Conférence des Villes organisée par l'Association des Maires de Grandes Villes de France, sur la plupart des sujets, en particulier le niveau région/département, « nous sommes dans le brouillard le plus épais. En tout cas, moi, je suis dans le brouillard le plus épais ». Le maire de Bordeaux n'est pas dans l'opposition systématique, simplement, comme de nombreux élus, il ne comprend pas les textes. Les Français, qui, eux, n'ont peut-être pas lu la loi Maptam, ne le suivent pas tout à fait. Dans un sondage Sofres réalisé pour cette conférence des villes, ils disent pour 89% en avoir « entendu parler » ; une nette majorité dit même « bien savoir de quoi il s'agit (57%) », 59% s'y disant même favorables (72% à gauche et 57% à droite).
En fait, à bien y regarder, les Français sont encore plus noyés dans un épais brouillard qu'Alain Juppé : un sur deux pense que ce projet permettra de réaliser des économies, mais un sur trois pense qu'il augmentera les inégalités entre les territoires. Surtout, 36% sont favorables à un renforcement des intercommunalités, 34% à un renforcement des régions, 30% à ce que les communes prennent plus d'importance et 28% que les départements en prennent également. Ils aiment toutes les couches du mille feuilles !
Même si leurs souhaits sont contradictoires : favorables à ce que les communes aient plus de pouvoir, ils sont encore plus massivement favorables à la proposition inverse, l'élection au suffrage universel des présidents d'intercommunalité (73%). Les Français ont les idées floues et sont attachés à toutes les structures, de la commune (75%) au département (70%) en passant par la nation (88%). Seul point d'accord : ils sont sûrs qu'en matière de politique économique et social, le niveau national est de loin le plus pertinent. Comme s'ils ne voulaient pas forcément toucher l'organisation collective actuelle
À lire également
La question lancinante est celle de la concordance de deux phénomènes : une réforme territoriale que les élus ne comprennent pas et une baisse drastique des dotations - qui, selon Jean-Luc Moudenc, le maire de Toulouse, « nous oblige à nous remettre en cause et à nous adapter, comme sans doute nous ne l'avons pas fait depuis très longtemps ».
Jean-Pierre Gonguet