Réforme territoriale : les élus dans le brouillard, les Français sans avis tranché

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Alain Juppé avoue ne pas avoir bien compris le texte de la réforme.
Alain Juppé avoue "ne pas avoir bien compris" le texte de la réforme. (Crédits : reuters.com)
La réforme territoriale est illisible pour les élus et tombe, en plus au pire moment, celui de la baisse drastique des dotations. C’est ce qu’a confirmé la 14ème Conférence des Villes qui vient de se tenir à Paris.

« Je me suis infligé un jour la lecture intégrale de la loi Maptam [loi de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles] : c'est une épreuve !» Alain Juppé n'est pourtant pas homme à reculer devant un texte de loi rébarbatif. Mais comme il l'a expliqué lors de la Conférence des Villes organisée par l'Association des Maires de Grandes Villes de France, sur la plupart des sujets, en particulier le niveau région/département, « nous sommes dans le brouillard le plus épais. En tout cas, moi, je suis dans le brouillard le plus épais ». Le maire de Bordeaux n'est pas dans l'opposition systématique, simplement, comme de nombreux élus, il ne comprend pas les textes. Les Français, qui, eux, n'ont peut-être pas lu la loi Maptam, ne le suivent pas tout à fait. Dans un sondage Sofres réalisé pour cette conférence des villes, ils disent pour 89% en avoir « entendu parler » ; une nette majorité dit même « bien savoir de quoi il s'agit (57%) », 59% s'y disant même favorables (72% à gauche et 57% à droite).

Les Français aiment toutes les feuilles du millefeuilles

En fait, à bien y regarder, les Français sont encore plus noyés dans un épais brouillard qu'Alain Juppé : un sur deux pense que ce projet permettra de réaliser des économies, mais un sur trois pense qu'il augmentera les inégalités entre les territoires. Surtout, 36% sont favorables à un renforcement des intercommunalités, 34% à un renforcement des régions, 30% à ce que les communes prennent plus d'importance et 28% que les départements en prennent également.  Ils aiment toutes les couches du mille feuilles !

Même si leurs souhaits sont contradictoires : favorables à ce que les communes aient plus de pouvoir, ils sont encore plus massivement favorables à la proposition inverse, l'élection au suffrage universel des présidents d'intercommunalité (73%). Les Français ont les idées floues et sont attachés à toutes les structures, de la commune (75%) au département (70%) en passant par la nation (88%). Seul point d'accord : ils sont sûrs qu'en matière de politique économique et social, le niveau national est de loin le plus pertinent. Comme s'ils ne voulaient pas forcément toucher l'organisation collective actuelle

"Je ne suis pas sûr d'avoir compris"

Peut-être parce que tout cela est trop compliqué. « Si j'ai bien compris, continue en souriant Alain Juppé,... sur le territoire des métropoles, il n'y a plus de département ; quand il n'y a pas de métropole, on garde le conseil général ; et puis, troisième cas de figure, lorsqu'il y a des réseaux d'intercommunalités fortes, le conseil général devient le fédérateur des intercommunalités. Je ne suis pas sûr d'avoir compris, mais je crois avoir des circonstances atténuantes. »

La question lancinante est celle de la concordance de deux phénomènes : une réforme territoriale que les élus ne comprennent pas et une baisse drastique des dotations - qui, selon Jean-Luc Moudenc, le maire de Toulouse, « nous oblige à nous remettre en cause et à nous adapter, comme sans doute nous ne l'avons pas fait depuis très longtemps ».

Pas facile car, dans l'épais brouillard, « la baisse des dotations, a estimé Anne Hidalgo, la maire de Paris, peut avoir un impact désastreux si nous allons tous vers la baisse de nos investissements, ou au contraire extrêmement moteur si nous sommes dans des conditions dans lesquelles nous pouvons maintenir les investissements qui sont les nôtres »

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Commentaires
a écrit le 02/10/2014 à 14:15 :
c'est qu'il faut supprimer des postes de cumul d'élus de droite ou de gauche et ça c'est difficile.
Personne ne veut prendre cette responsabilité d’affaiblir les partis politiques en diminuant leurs ressources.
a écrit le 02/10/2014 à 14:14 :
les français sont surtout attachés à pouvoir contrôler leurs élus or avec toutes les réformes qui se font sous la pression de l'Europe ils s'aperçoivent qu'ils n'ont plus le contrôle sur les structures qui prennent les décisions. ils connaissent leur maire mais de plus en plus de décisions se prennent à l'échelon de la CDC ou du pays ou du SCOT. Avec le mode d'élection avec scrutin de liste ils ne connaissent pas leurs élus régionaux et encore moins leurs élus européens. on leur vend comme source d'économie des regroupements administratifs mais en réalité les économies seront faibles car les personnels des collectivités sont protégés par leur statut et les diminutions d'effectif seront très lentes. par contre les citoyens verront les décisions s'éloigner encore plus de leur bulletin de vote. le comble étant des structures comme l'OMC le FMI etc...qui sont complétement coupées des citoyens qu'ils sont sensés défendre. Il faut se souvenir que le système libéral n'aime pas le contrôle et il fait tout pour priver les citoyens et les élus de leur pouvoir pour ne vénérer que le sacro saint marché c'est à dire la loi du plus fort.
a écrit le 02/10/2014 à 14:09 :
Il faudrait interdire aux élus de prononcer le mot investissement: c'est quoi pour eux, un investissement? Une nouvelle piscine? un stade? un aéroport NDDL? des ronds points? alors je ne suis pas très inquiet de voir baisser les "investissements"!
a écrit le 02/10/2014 à 13:25 :
Si meme les énarques ne comprennent pas ouf !!!
a écrit le 02/10/2014 à 11:44 :
La problème c'est que ce n'est pas une demande "populaire", mais simplement un projet imposé par l'UE, sous couvert de faire des économies, en nous obligeant à nous endetter!

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