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ÉconomieFrance

Martine Aubry: la mauvaise conscience de François Hollande

Photo de Jean-Christophe Chanut

Jean-Christophe Chanut

Publié le 21 octobre 2014 à 09:00

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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En intervenant dans le débat public, Martine Aubry a créé une onde de choc. Elle s'érige en gardienne du temple social-démocrate... C'est peut-être ce qui dérange François Hollande qui était politiquement très proche d'elle.

Martine Aubry a parlé, et c'est le branle-bas de combat dans le landerneau politique. Surtout à gauche, où règne un grand désarroi. Certains se réjouissent des propos de la maire de Lille. Ainsi les députés PS « frondeurs » qui veulent voir en Martine Aubry leur nouvelle porte-parole. Ainsi également Thierry Lepaon (CGT) qui se « sent moins seul » depuis que l'oracle de Lille s'est exprimé. A l'inverse, les chauds partisans de la ligne sociale-libérale tirent à boulets rouges sur l'ancienne ministre des Affaires sociales. Emmanuel Macron, ministre de l 'Economie, a exprimé son « désaccord » avec l'ancienne ministre. Et même François Hollande a assuré que les réformes continueront jusqu'au bout.

Donc, Martine Aubry parle et tout le monde se sent obligé de se positionner. Pourquoi les propos de l'ancienne Première secrétaire du PS sont-il aussi auscultés ? Pourquoi la parole de l'ancienne ministre de Lionel Jospin porte-t-elle ainsi ? De quoi est-ce le révélateur ?


Une personnalité incontournable au PS

Martine Aubry n'est pas n'importe qui à gauche. C'est elle qui est arrivée finaliste face à François Hollande lors de la primaire socialiste en octobre 2011 avec, tout de même, 43% des voix. Battue mais fidèle, elle a alors mobilisé le parti pour favoriser la victoire de François Hollande. Martine Aubry est aussi la seule des personnalités socialistes - Jean-Michel Baylet est radical de gauche - ayant concouru à cette primaire à ne pas être entrée au gouvernement.

Sans oublier également que c'est elle qui a porté en 1998 la dernière grande réforme emblématique marquée à gauche : l'instauration des 35 heures... Un héritage d'ailleurs parfois lourd à porter pour elle qui doit répondre à moult attaques sur « sa » loi.

Surtout, Martine Aubry n'est pas classée à « gauche » du parti socialiste. Social-démocrate assumée, elle se situe plutôt en son centre. Elle ne peut donc pas être caricaturée en passionaria de la "gauche de la gauche". Son positionnement a toujours été très proche de celui de François Hollande. Et c'est justement là que le bât blesse.

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En vérité, Martine Aubry est la mauvaise conscience de François Hollande. Elle apparaît comme la gardienne du temple de la campagne socialiste de 2012 . A cette époque, il n'était pas question d'une politique de l'offre pur sucre. Le pacte de responsabilité accordant, sur trois ans, 41 milliards d'euros d'allègements d'impôts et de cotisations aux entreprises n'était pas sur la table. A cette époque, le candidat Hollande évoquait encore la grande réforme fiscale fusionnant CSG et impôt sur le revenu. A cette époque, il n'était pas question de toucher aux seuils sociaux ou de remettre en cause l'assurance chômage... A cette époque, François Hollande ne parlait pas d'augmenter la TVA.

Or, ce sont les engagements de 2012 que Martine Aubry rappelle dans son entretien au « JDD » du 19 octobre ainsi que dans sa contribution aux états-généraux du PS. Elle constate surtout que le changement de politique ne porte pas ses fruits : « Nous avions prévu qu'à mi-mandat la croissance serait revenue, le chômage en repli, et les déficits réduits en deçà de 3%. Ce n'est pas le cas. » Prudemment donc - peut-être trop même pour certains de ses soutiens qui voudraient qu'elle aille plus loin -, la maire de Lille demande un rééquilibrage au profit d'une politique de la demande. En fait, Martine Aubry pense qu'une politique intelligente de l'offre n'est pas forcément exclusive de mesures en faveur de la demande.


Un simple rééquilibrage de la politique au profit de la demande

En bonne élève keynésienne, elle prône donc des mesures contracycliques pour relancer la demande en pleine période de déprime. Sa recette est relativement simple, elle est défendue depuis des mois par les « frondeurs » du PS. Avec 41 milliards d'euros sur trois ans accordés aux entreprises, le pacte de responsabilité va trop loin. Surtout, il ne cible pas les entreprises qui ont réellement besoin d'être aidées : celles qui se battent à l'exportation, qui investissent dans la recherche, etc.

En d'autres termes, Martine Aubry et les frondeurs estiment qu'il y a un gâchis énorme à accorder indifféremment aux entreprises qui innovent comme aux banques ou aux compagnies d'assurance... Certes, Martine Aubry n'ignore pas - comme le lui a rappelé Emmanuel Macron - que la Commission européenne interdit les aides sectorielles. C'est au nom de ce principe que la Commission avait retoqué le plan Borotra d'aide au secteur du textile en 2000. C'est pour cette raison que la Maire de Lille prend soin de ne pas nommer des secteurs en particulier.

Elle propose donc de « récupérer » 20 milliards d'euros sur les 41 milliards accordés aux entreprises et de les réinjecter dans un « plan de soutien à la croissance », afin de favoriser l'investissement des collectivités locales et la demande des ménages. Certes, il s'agirait d'un rééquilibrage, mais très partiel.

Tout à sa volonté de montrer qu'elle est « responsable », Martine Aubry semble s'interdire d'aller plus loin. En effet, 20 milliards sur trois ans, cela représente 1 point de PIB, soit un peu plus de 0,3 point par an. C'est-à-dire pas grand-chose, l'effet sera insuffisant pour réellement stimuler la demande. Mais, comme Martine Aubry ne veut pas être accusée de laxisme et de renoncement à la baisse des déficits, elle ne peut pas aller plus loin. Politiquement, en revanche, les électeurs désabusés et perdus du PS pourraient apprécier ce nouvel affichage.

La nécessité de fixer un cap au pays


Finalement donc, la ligne exprimée par Martine Aubry ne constitue absolument pas un virage à 180° par rapport à celle défendue par l'actuel gouvernement. Il s'agit davantage d'un ajustement. Economiquement parlant, Manuel Valls et Emmanuel Macron ne devraient pas tant s'inquiéter.

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En revanche, Martine Aubry fait davantage mal - toujours la mauvaise conscience du président - quand elle rappelle que les Français ont besoin d'un cap, de « savoir où on va »... Ce qui n'est pas l'apanage, c'est le moins qu'on puisse dire, de l'équipe en place. Martine Aubry, elle, défend une conception. Elle reconnaît « l'économie de marché », mais elle souhaite aussi « un Etat stratège pour l'orienter et le réguler » et qui « a l'égalité comme boussole ». Des expressions et des mots que l'on n'entend plus dans la bouche du président de la République. Encore moins dans celle du Premier ministre.
En fait, l'irruption de Martine Aubry dans le débat public est l'expression de la controverse de moins en moins sous-jacente qui anime le PS et qui va certainement déboucher sur un enjeu majeur - voire un schisme - dans les années à venir : le parti socialiste doit-il continuer à défendre la social-démocratie, ou doit-il s'orienter vers un social-libéralisme? Vaste question qui anime de nombreux partis sociaux démocrates européens.

Jean-Christophe Chanut

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