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ÉconomieFrance

L'Exposition universelle 2025, un projet pour réveiller la France

Propos recueillis par Philippe Mabille et Sylvain Rolland

Publié le 25 octobre 2014 à 07:45 - Mis à jour le 29 octobre 2014 à 13:23

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"Renouer avec l'audace de penser l'impossible, et ce, à l'échelle du pays tout entier." Invité le vendredi 24 octobre à un petit-déjeuner organisé par La Tribune et la Chambre de commerce et d'industrie Paris Ile-de-France, Jean-Christophe Fromantin, président de l'association ExpoFrance 2025, détaille son projet pour que la France soit retenue comme pays organisateur de l'Exposition universelle de 2025.

Le député-maire de Neuilly et président de l'association ExpoFrance 2025 estime que l'exposition universelle de 2025 (*) constituerait un formidable tremplin économique pour un pays en mal de vision pour l'avenir. L'exposition s'appuierait sur les richesses du territoire et serait financée par le secteur privé, du crowdfunding, et par des "Expo bonds", une grande souscription nationale. (* Voir aussi notre dossier dans La Tribune Hebdomadaire, en kiosque ce vendredi)

LA TRIBUNE - Vous présentez mercredi 29 octobre le rapport de la mission parlementaire que vous présidez. A quoi ressemblera l'Exposition Grand Paris 2025 si la France est choisie en 2018 pour l'organiser ?

JEAN-CHRISTOPHE FROMANTIN - Notre projet, qui doit encore être affiné, se base sur les territoires, autour de trois grands cercles. Le premier cercle correspond au village historique de Paris, de la Défense aux Tuileries en passant par le Champ-de-Mars et la Tour Eiffel, le Trocadéro, le Grand Palais et le Petit Palais. Sur cette partie, qui serait le village mondial, aucun pays n'aurait de pavillon. En revanche, il y aurait des balises de réalité augmentée autour de thématiques dans des circuits que les visiteurs pourraient effectuer à pied.

Le deuxième cercle, ce sont les grandes gares et les lieux emblématiques du Grand Paris Express. Chaque pays y présenterait une exposition ou un spectacle. A Saclay par exemple pourrait se tenir une exposition sur l'innovation technologique au service de l'hospitalité, à Rungis nous pourrions créer le plus grand restaurant du monde...

Enfin, le troisième cercle, ce sont les métropoles françaises, qui organiseront des grands colloques, des débats et des expositions autour d'un grand projet labellisé Expo 2025 : à Bordeaux un pont, à Strasbourg la rénovation d'une immense friche, à Marseille son pont transbordeur...

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Bref, l'idée est de mettre en place une exposition à l'échelle du pays, qui utilise pleinement les territoires, de créer des zones conviviales, humaines, ouvertes. Nous devons repenser en profondeur l'hospitalité pour améliorer l'accueil de l'autre et valoriser les singularités de chaque culture.

Pourquoi placez-vous les territoires au cœur du projet ?

Car la meilleure chance de la France pour exister et se démarquer dans la mondialisation est de tirer profit de ses richesses, qui se trouvent dans la diversité de ses territoires. Quand le monde regarde la France, il ne voit pas uniquement la Tour Eiffel et le Louvre. La France, c'est sa gastronomie, le Mont-Saint-Michel, ses plages et ses montagnes, les technologies comme le TGV...

Il faut faire attention à ne pas isoler le Grand Paris mais à le connecter aux territoires. En faisant des territoires le point de départ de notre projet, nous revisitons nos atouts et nos technologies pour valoriser nos richesses que les autres n'ont pas.

Dans votre livre [La France réconciliée, Editions l'Archipel], vous estimez que la France n'a plus de grand projet d'avenir. L'Exposition universelle de 2025, c'est une occasion de penser la France de demain ?

Depuis des années, la France est gérée au jour le jour. Or, il n'existe pas une seule entreprise qui peut prospérer sans une vision, sans une perspective d'avenir, sans une prise de conscience des atouts dont elle dispose et de ses singularités par rapports à ses concurrents. La philosophie derrière l'Exposition universelle de 2025 est de faire ce diagnostic, d'utiliser nos atouts et notamment notre jeunesse qui fourmille d'idées, et d'entraîner la classe politique et les entreprises dans cette ambition de long terme.

Ce projet peut apporter à la France la réconciliation dont elle a besoin pour avancer, car la société est aujourd'hui très tendue. Les générations ne sont pas solidaires entre elles, les entreprises s'isolent et manquent de sérénité, le personnel politique s'affronte en permanence, y compris au sein d'un même parti...

Résultat, les Français ont peur de tout : de la mondialisation, de l'Europe, des autres... Ce projet fixe un horizon en réconciliant les territoires, les entreprises, l'Etat, les hommes politiques de tous les partis car il faudra une volonté commune pour le concrétiser.

Concrètement, que peut apporter une exposition universelle à la France ?

Un formidable dynamisme pour le pays et ses entreprises. L'Exposition universelle de 1900, qui avait attiré des millions de personnes en France alors que le TGV et l'avion n'existaient pas encore, avait propulsé le pays dans la modernité. Des infrastructures phénoménales comme la Tour Eiffel (1889) et les Petit et Grand Palais avaient été créés pour l'occasion. On avait l'audace de penser l'impossible et de trouver des solutions innovantes pour le réaliser.

Pour permettre aux visiteurs d'accéder à l'île Saint-Germain, on avait inventé les bateaux-mouches. Renault et Peugeot, qui voulaient profiter de cette formidable plateforme, avaient créé de nouveaux modèles de voitures capables de parcourir Paris-Toulouse, ce qui était une première à l'époque et avait conduit Michelin à inventer son fameux guide. L'Exposition universelle est une locomotive pour les entreprises.

A chacun ensuite d'accrocher son wagon, de prendre le risque d'investir pour profiter d'un effet de levier grâce aux 200.000 exposants et aux dizaines d'ateliers qui auront lieu partout en France. La perspective de l'exposition universelle 2025, c'est le top départ pour créer de nouvelles innovations.

Comment financer ce projet ?

Le coût d'une candidature s'élève à environ 50 millions d'euros. L'économie du projet est très particulière et ne doit pas peser sur le budget de l'Etat, en grande difficulté. Il doit donc être porté par le secteur privé. Notre chance, c'est que nous partons de l'existant. A la différence de l'exposition de 1900, nous n'allons pas inventer des nouveaux transports et des infrastructures dédiées car nous les aurons déjà. Les principales infrastructures du Grand Paris Express seront terminées à l'horizon 2025, l'Exposition servira donc de tremplin.

Par contre, il faudra améliorer l'existant. Les dirigeants de la Tour Eiffel, du Grand Palais et du Louvre sont intéressés par l'idée de repenser leur monument pour les faire entrer dans le XXIè siècle. Il faut donc recenser toute une série d'extensions du patrimoine, dont les bénéfices dépasseront de très loin la seule durée de l'événement.

Ces coûts, qui sont inchiffrables à l'heure actuelle, pourraient être financés par une grande souscription nationale, un « Expo bond » en quelque sorte, qu'on peut aussi appeler emprunt obligataire. Le remboursement serait assuré par les recettes, car l'exposition pourrait attirer entre 50 et 100 millions de visiteurs en six mois. L'idée, c'est que les Français doivent s'approprier ce projet, c'est la seule condition pour qu'il réussisse.

Nous n'avons pas encore mesuré l'impact des investissements privés, mais nos partenaires, comme Carrefour ou Renault, s'inscrivent dans cette opération pour développer de nouveaux produits innovants. Renault, par exemple, travaille sur la voiture connectée, qui arrivera à maturité entre 2020 et 2025. L'Exposition sera donc une fantastique opportunité pour la populariser.

Les entreprises peuvent profiter de cette opération pour donner un coup d'accélérateur aux projets qui sont dans ses cartons et pour répondre aux défis qui vont se poser pour organiser cette exposition universelle.

Qui sont les concurrents et quand le pays organisateur sera-t-il choisi ?

Le maire de Londres veut que sa ville soit candidate. Les Pays-Bas pourraient aussi être en course, tout comme la Chine, qui a déjà organisé l'exposition universelle de 2010, et les Etats-Unis, s'ils rejoignent le Bureau International des Expositions (BIE). Selon toute vraisemblance, nous aurons quatre ou cinq concurrents. Les candidatures peuvent être déposées à partir du début de l'année 2016.

Lorsque le premier pays se manifeste -et nous voulons que ce soit la France-, les autres ont six mois pour déposer leur projet. La décision se prendra par un vote en 2018, chacun des 168 Etats membres du BIE disposant d'une voix.

L'Etat vous soutient-il ?

Nous sommes actuellement à une période charnière. L'Etat a annoncé la semaine dernière qu'il soutiendra la candidature de la France. Décidée par la Conférence des Présidents de l'Assemblée nationale, la mission d'information parlementaire remettra la semaine prochaine, après un an de travaux, son rapport de 250 pages, au Président de l'Assemblée nationale. Il contiendra une analyse approfondie et des propositions majeures.

Parmi elles, une proposition de loi qui abordera les principes dérogatoires en matière d'appels d'offres, d'urbanisme, d'accélération des infrastructures de transports et de commande publique aux PME innovantes, pour lever les freins et faire de l'exposition un accélérateur de développement économique. Cette proposition de loi sera déposée par tous les groupes politiques.

Vous êtes aussi un homme politique. Que pensez-vous de la réforme territoriale de François Hollande ?

C'est nécessaire et c'est une bonne idée, mais je ne suis pas sûr que ce projet de réorganisation des régions soit suffisamment ambitieux. Faire des économies de fonctionnement n'est pas suffisant. Cette réforme a besoin d'une réflexion stratégique en amont car l'enjeu est de réorganiser les territoires de manière intelligente pour leur permettre de créer une dynamique économique et sociale. Il faut donc réfléchir sur les tailles critiques, se demander quelles sont les métropoles pivots, et organiser les régions en fonction d'elles.

Deux principes me paraissent fondamentaux pour une réforme efficace. Dans un monde globalisé, il faut que chaque Français soit à moins d'une heure trente d'une métropole connectée au monde, c'est primordial pour les entreprises. Enfin, chaque Français doit se situer à 20 minutes maximum d'une ville moyenne (il en existe environ 300 en France) pour bénéficier des équipements publics que la République lui doit.

Il faut donc une équité par rapport à la mondialisation et à l'ouverture au monde, et une équité par rapport aux équipements publics qui sont indispensables à l'activité économique et sociale.

L'un des enjeux pour l'avenir est le développement de villes intelligentes. Qu'est-ce qu'une ville intelligente pour vous ?

C'est une ville qui revisite et repense les services publics et qui développe la coopération entre les citoyens. C'est aussi une ville qui met en réseau les ressources privées et publiques et qui utilise la technologie pour créer en permanence des liens entre les gens.

Au FN, à l'UMP, au centre et au PS, on parle de changer le nom du parti politique. Que pensez-vous du climat politique en général en France ?

92% des Français ne font plus confiance aux partis et au personnel politique. Ceux qui pensent que changer le nom d'un parti est un signe de renouveau, sont au bout d'une logique marketing très inquiétante, car ce n'est pas le problème. La politique, ce n'est pas mettre un coup de peinture sur une façade. Les hommes politiques devraient s'interroger sur les raisons de cette perte de confiance, créer des projets pour la France.

Il faut changer le logiciel politique, car il se caractérise aujourd'hui par un clivage permanent entre gauche et droite qui alimente les postures artificielles, par un excès de prudence qui empêche les réformes audacieuses, et par un manque de courage et d'audace.

Craignez-vous que la France n'ait pas un visage glorieux à présenter au monde en 2025 ?

À lire également

  • En attendant l’Expo universelle à Paris... en 2025
  • Le site d'Expofrance
  • Exposition universelle : 1 - JO : 0

Non, car la France garde de formidables atouts. La perspective de l'exposition pourrait justement être le coup de pouce pour redonner une vision d'ensemble au pays et créer le dynamisme qui nous manque.

____

Propos recueillis par Philippe Mabille et Sylvain Rolland

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