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ÉconomieFrance

Pourquoi le made in France ne se vend pas

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 12 janvier 2015 à 13:00 - Mis à jour le 06 février 2015 à 10:53

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En novembre, le déficit commercial s'est élevé à 3,2 milliards d'euros. Il s'est réduit de 1,1 milliard d'euros, en grande partie grâce à la baisse des cours du brut. Les exportations n'ont augmenté que de 0,6% entre octobre et novembre.

Les mois se suivent et se ressemblent. En novembre, la balance commerciale a accusé un déficit de 3,2 milliards d'euros. Les plus optimistes pourront se satisfaire de la nette diminution du déficit par rapport à octobre. Il s'élevait alors à 4,3 milliards d'euros.

Les exportations se sont-elles envolées ? Elles n'ont progressé que de 0,6%. " La hausse des exportations se prolonge ", précisent les Douanes. Il faut rappeler que les exportations avaient progressé de 0,4% en octobre... Champagne !

L'impact des cours du brut

Si cette diminution sensible du montant du déficit commercial s'explique en partie par la décélération de la consommation des ménages, elle trouve surtout son origine dans la chute actuelle des cours du brut. Les importations ont reculé de 1,9% en novembre. Si le prix du baril continue de reculer, on peut donc raisonnablement penser que le déficit commercial restera contenu au cours des prochains mois. Après avoir atteint 74 milliards d'euros en 2011 - le record -, 67,2 milliards d'euros en 2012 et 61,2 milliards d'euros en 2013, le déficit commercial devrait à nouveau reculer et approcher les 55 milliards d'euros en 2014.

Sans cette bouffée d'air, qui aurait pu être plus importante encore si l'euro ne décrochait pas face au billet vert - le brut est libellé en dollars - rien ne peut laisser penser que les exportations décollent enfin.

Sachant qu'il faut remonter à 2003 pour observer le dernier excédent commercial tricolore, comment expliquer cette panne désormais chronique du commerce extérieur et son incapacité à contribuer positivement à la croissance ?

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Les raisons sont multiples. La facture énergétique, le coût du travail, la concurrence des entreprises allemandes dont les produits industriels sont le plus souvent positionnés sur le même créneau mais qui sont jugés de meilleure qualité, sont des éléments régulièrement avancés.

La qualité du made in France, justement, est-elle prise en défaut ?

Selon une étude de COE-Rexecode publiée en 2013 et que l'institut réalise tous les deux ans, la qualité des produits français est reconnue à l'international. Un exemple : les biens intermédiaires et les biens d'équipement mécaniques français sont positionnées au troisième rang sur dix concurrents mondiaux, en terme de qualité derrière l'Allemagne et le Japon. Les délais de livraison, le contenu en innovation technologique sont très bien notés. Points noirs, la variété des fournisseurs et le prix.

Beaucoup de facteurs explicatifs

La trop forte dépendance à la zone euro, qui absorbe les deux tiers des exportations tricolores, nuit également au redressement e la balance commerciale. Comment celles-ci peuvent décoller si les économies de la zone euro sont en panne ?

Une autre explication peut être fournie. C'est la structure même de l'appareil exportateur qui est défaillante. En effet, la France ne comptait que 121.500 entreprises exportatrices.

A titre de comparaison, l'Italie en recensait 210.000 et l'Allemagne 310.000. Par ailleurs, outre-Rhin, la taille moyenne des entreprises est plus élevée qu'en France. Si le nombre d'entreprises est à peu près égal - un peu moins de 3,6 millions en France, un peu plus en Allemagne - 94,3% des entreprises tricolores ont moins de 10 salariés, contre 80,3% en Allemagne. Cette différence est visible quelque soit la taille des entreprises, comme en témoigne les données compilées par Natixis.

Un problème structurel

Le faible nombre et la taille modeste des entreprises françaises ne sont pas les seules explications aux difficultés du made in France à s'imposer.

Comme le précisent les Douanes lors de la publication des dernières statistiques annuelles, le nombre d'exportateurs entrants s'élevait à 30.300 en 2013, contre 28.300 pour les sortants. On peut se réjouir que le solde soit positif, avec 2.000 entreprises exportatrices supplémentaires.

Mais parce que 76% d'entre elles ont moins de 20 salariés, on peut surtout déplorer que près de la moitié des entreprises n'aient pas de courant d'affaires réguliers. En clair, faute de moyens financiers ou parce qu'elles n'ont pas de service export, exporter est un « coup », pas le fruit d'une stratégie de développement murement réfléchie.

Le made in France est-il en cause ?

Malheureusement, au regard de la conjoncture - le PIB n'a progressé que de 0,4% en 2014 et le nombre de défaillances d'entreprises est très élevé -, il serait miraculeux que le nombre d'exportateurs ait progressé l'année dernière et que la structure du tissu exportateur soit moins concentré. En 2013 , les 1.000 premiers exportateurs ont réalisé 71,5 % des ventes à l'international, contre 68,1 % en 2003. En 1999, les Douanes recensaient plus de 131.000 entreprises exportatrices.

Les entreprises sont-elles les seules en cause ? Ce serait trop facile. Les gouvernements et les collectivités territoriales ont multiplié les structures et les dispositifs de soutien à l'exportdepuis le début des années 2000. Selon un rapport remis en juin 2013 à Nicole Bricq, alors ministre du Commerce extérieur, le système actuel était jugé illisible au point que huit entreprises sur dix se débrouillent seules à l'export !

Néanmoins, parce qu'il est impensable qu'un gouvernement n'apporte pas sa petite touche à un système déjà complexe, les petites réformes se multiplient. La semaine dernière, l'exécutif a scellé la fusion d'Ubifrance, l'agence qui aide les entreprises à se lancer à l'export et de l'Agence française pour les investissements internationaux (AFII) dans une structure unique, Business France. A part une adresse commune et une hypothétique mutualisation de quelques services administratifs, cette fusion apparaît comme le mariage de la carpe et du lapin. Un simple choc de simplification aurait peut-être été plus utile...

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Faut-il compter sur les réseaux consulaires, et notamment des chambres de commerce et d'industrie (CCI), les structures qui, a priori, connaissent mieux les entreprises ? Plutôt que de se contenter de tailler dans leurs budgets, le gouvernement n'aurait-il pas été plus avisé en leur imposant la mission de détecter les entreprises qui ont un véritable potentiel à l'export ? La réforme territoriale et ses éventuelles conséquences sur la gouvernance économique des régions pourront-t-elles changer la donne ?

Fabien Piliu

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