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ÉconomieFrance

Quels sont les risques que la baisse des prix fait peser en France ?

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 19 février 2015 à 18:11 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 13:03

Un reseau de contrefacons de billets demantele a marseille

Un reseau de contrefacons de billets demantele a marseille

© Dado Ruvic / Reuters

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En janvier, l'indice des prix à la consommation (IPC) a reculé de 1 %. Sur un an, l'indice cède 0,4%. C'est une première fois depuis octobre 2009. Si cette tendance se prolonge, la France entrera en déflation. Quels sont les enjeux ?

Après avoir timidement augmenté de 0,1% en décembre, l'indice des prix à la consommation (IPC) a cédé 1% en janvier selon l'Insee. Pour la première fois depuis octobre 2009, les prix à la consommation baissent sur un an, de 0,4%, marqués par la chute de 7,1% des prix de l'énergie, et en particulier des produits pétroliers (-15,9%).

Désormais dans les esprits, la menace de déflation ne trouve pas seulement son origine dans la baisse des prix de l'énergie. Si le prix des services et des transports continuent de progresser sur un an, la plupart des tarifs des biens reculent. C'est par exemple le cas de l'alimentation (-0,2%) et des produits manufacturés (-1,4%). " Le prix de nombreux produits est même en baisse. En octobre 2014, le prix de 25 % des 72 postes principaux de l'indice sous-jacent ont ainsi baissé sur un an ", expliquait l'Insee dans sa dernière note de conjoncture. L'indice sous-jacent mesure l'inflation en excluant les biens dont les prix sont les plus volatils (alimentation et énergie) et les tarifs publics.

Une consommation stimulée, au début

Si cette tendance se prolonge durablement, l'économie française entrera donc en récession. Est-ce si grave ? Une petite et passagère diminution des prix n'est pas réellement une mauvaise chose en soi. En effet, quelques baisses de tarifs peuvent redonner un peu de pouvoir d'achat aux ménages qui peuvent ainsi continuer à consommer, voire à surconsommer certains biens. Depuis un an, la très faible inflation observée en France explique en grande partie la résistance de la consommation des ménages dont les salaires ont quasiment pas varié. En revanche, si cette situation se prolonge, le risque est élevé que s'enclenche ce que les économistes appellent une " spirale déflationniste ". C'est bien plus ennuyeux. Si les ménages sont convaincus que les prix continueront à baisser, ils retarderont leurs achats, réduisant la demande à peau de chagrin.

La demande des ménages étant déjà réduite, celles des entreprises davantage encore et celle des collectivités locales au plus bas, austérité oblige, nul doute qu'une spirale déflationniste ferait d'énormes dégâts dans le tissu économique tricolore, déjà fragilisé par la crise de 2008-2009 et ses soubresauts.

La course au désendettement

Si la spirale déflationniste s'enclenche, la chute de la consommation n'est pas la seule conséquence. Les ménages et les entreprises endettées connaissent alors des difficultés majeures. Comment faire face à des échéances de remboursement fixe quand les revenus baissent ? Comme l'expliquait l'économiste américain Irving Fisher après la crise des années 30 aux Etats-Unis, obligation est faite alors de vendre des actifs, parfois à prix bradés car les prix baissent et parce que la solvabilité des acheteurs est forcément réduite. Pour les ménages qui ont investi dans la pierre, cette situation peut les obliger à se séparer de leur bien. Pour les entreprises, c'est la vente des joyaux de famille, comme les brevets, une marque, une partie du patrimoine immobilier, qui peut être la solution. Dans un marché mécaniquement baissier - tout le monde est vendeur ! - les actifs financiers doivent également être cédés pour rembourser la dette.

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Le problème, c'est que l'on peut difficilement stimuler l'activité via le désendettement. Dans ce contexte, une baisse de la demande provoque des fermetures d'usines et donc du chômage dont la hausse entraîne mécaniquement des pressions à la baisse sur les salaires. Le serpent se mord la queue.

Les salaires ne baissent pas encore

Pour l'instant, le risque que cette menace déflationniste s'enclenche réellement n'est pas très élevé en France. Pour une raison simple. Les salaires continuent d'augmenter. Malgré le gel du point d'indice, le gouvernement a accepté de faire un geste pour les agents appartenant à la catégorie C. Après avoir déjà bénéficié d'une revalorisation des grilles de salaire l'an dernier, ces derniers se sont vus attribuer 5 points d'indice supplémentaires le 1er janvier 2015. Selon le gouvernement, ce geste représente en moyenne 440 euros supplémentaire de salaire net dès l'an prochain pour 1,6 million d'agents.

Dans le privé, le salaire mensuel de base a augmenté de 1,4% en 2014 selon l'Insee. A la fin juin 2015, il augmenterait encore de 0,8%. " A la différence du Japon, les salaires en zone euro, notamment en France et en Allemagne, présentent une importante résilience, qui pourrait empêcher une telle baisse des salaires en cas de baisse des prix. Par exemple, la réglementation peut contraindre les possibilités de baisser le salaire, au moins en ce qui concerne le salaire de base (les primes pouvant, elles, s'ajuster). Ainsi, l'existence d'un salaire minimal crée des rigidités nominales, qui sont d'autant plus importantes pour les secteurs d'activité employant des salariés à bas salaires ", explique l'Insee. En France, le Smic a augmenté de 0,8% au 1er janvier 2015.

Le patronat souhaite baisser les salaires

Ce « verrou » peut-il sauter ? Plusieurs hypothèses sont possibles. Face à la chute de la demande et pour lutter contre la concurrence des pays dont la compétitivité-prix est plus élevé, en raison par exemple de coûts salariaux plus faibles, que peuvent faire les entreprises ? Elles ont assez peu de solutions. Elles peuvent décider de baisser leurs prix, réduisant ainsi leurs marges et celles de leurs sous-traitants qui, dos au mur, n'ont pas d'autres choix que d'accepter d'abaisser leurs tarifs pour conserver leurs clients. Elles peuvent également délocaliser leur production. Mais cette stratégie, qui implique que le savoir-faire de l'entreprise est délocalisable, a un coût élevé que toutes les entreprises ne peuvent supporter.

Les entreprises peuvent également décider de baisser les salaires. Elles en ont la possibilité légale. Les salariés qui s'opposent à cette décision peuvent porter plainte. La loi gravant dans le marbre l'accord national interprofessionnel signé entre les partenaires sociaux en janvier 2013 a donné encore plus de marge de manœuvre aux entreprises dans ce domaine. En effet, si l'entreprise est en difficulté financière, elle peut baisser les salaires de ses effectifs dans le cadre d'accords défensifs, c'est-à-dire pour assurer sa survie, pour une durée de deux ans. Seuls les salaires inférieurs à 1,2 SMIC sont épargnés. Pour l'instant.

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Autre éventualité, le gouvernement cède à la pression du patronat qui, après avoir obtenu la mise en place du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) et 43 milliards d'allègements de cotisations via le Pacte de responsabilité, réclame à corps et à cri la possibilité d'étendre cette possibilité dans le cadre d'accords offensifs. Dans ce cas de figure, les entreprises pourront baisser les salaires pour être capable de rivaliser avec leurs concurrents dont la compétitivité-prix est plus élevé.

Fabien Piliu

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