«En pleine récession, le gouvernement Berlusconi est au plus haut de la popularité depuis 1945»

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Thatchérien masqué, le ministre italien de la Fonction publique, Renato Brunetta, plaide, dans un entretien à La Tribune, pour plus de productivité grâce au plan de relance de son gouvernement mais aussi par des sanctions dans l'administration. Quitte à se mettre à dos les syndicats transalpins.

 Avec votre action pour réformer la fonction publique italienne, réussirez-vous à économiser 1 point du PIB par an, comme écrit dans le projet de budget 2009?

 L'administration publique italienne coûte par an, en personnel et en dépenses intermédiaires, 300 milliards d'euros. Si nous améliorons l'efficacité et la productivité de l'administration publique de seulement 10 %, cela réduirait déjà les coûts de 30 milliards d'euros. Des économies que nous pourrions investir pour augmenter la qualité et la quantité des services aux citoyens.

En cette période de récession vous pourriez être tentés de réduire aussi le coût de la fonction publique...

A  l'heure actuelle ce n'est pas le cas car nous venons à peine de mettre 6 milliards d'euros sur la table pour renouveler la convention collective des 3,65 millions de fonctionnaires. Et donc en moyenne, chacun d'eux touchera 70 euros bruts de plus par mois à partir de janvier prochain.

Une partie de ces économies sont réalisées grâce au non-remplacement des fonctionnaires partant en retraite?

Non. Ce gel des remplacements est déjà en vigueur depuis près de trente ans mais il y a tellement d'exceptions introduites que ce gel n'a eu que peu de résultats en termes d'économies. Certes il y a eu quelques postes à durée indéterminée supprimés nets mais les contrats à durée déterminée ont parallèlement explosé. Cela a débordé: on bloque d'un côté et on ouvre de l'autre. De plus le gel des remplacements des départs en retraite est erroné car il ne permet pas d'améliorer l'organisation du travail mais ne fait qu'augmenter l'âge moyen des fonctionnaires. C'est une méthode brute et inefficace. Moi je préfère gérer l'organisation en recrutant des jeunes, les meilleurs, faire des concours d'entrée. J'ai ainsi prévu que quiconque veut devenir un cadre de la fonction publique doive auparavant passer six mois à l'étranger, ce serait une sorte d'Erasmus professionnel.

Vous critiquez beaucoup l'action des syndicats dans la fonction publique, mais ils avaient pourtant signé un mémorandum avec le gouvernement Prodi pour introduire le mérite dans la fonction publique...

La seule vraie clause de ce mémorandum était que rien ne pouvait se faire sans l'aval des syndicats. De plus l'organisation du travail, prérogative de l'employeur, devait aussi être négociée avec le syndicat, un fait aberrant. Avec ce mémorandum, les syndicats avaient la gestion complète de l'administration publique. De fait, jusqu'à hier, la fonction publique a été cogérée par les syndicats avec les résultats que nous connaissons. La mauvaise politique et les mauvais syndicats produisent des monstres d'inefficacité.

En Italie, souvent on recherche plutôt le consensus avec les syndicats...

Renato Brunetta : de toute ma vie je n'ai jamais été aussi populaire qu'en ce moment. L'essentiel de la popularité actuelle du gouvernement Berlusconi est due à ses réformes de l'école, de la justice, de la fonction publique et pour la sécurité. Le gouvernement Berlusconi est au plus haut de la popularité pour un gouvernement depuis 1945. Nous avons un taux d'approbation de 60 %, soit d'environ de 15 points supérieur à notre résultat électoral, Et ce en pleine période de récession, par définition difficile !

Trouver un consensus avec les centrales syndicales n'est donc pas votre objectif?

Nous avons rompu avec ce consensus entre employeurs et syndicats typique du capitalisme «rhénan». Nous avons brisé ce type de concertation car, en Italie, cela s'était traduit par une hausse des dépenses publiques et donc de la dette. En juillet dernier, nous avons présenté un projet de budget serré et nous tenons nos comptes. De fait, malgré la stagnation et la récession, nous avons des comptes publics moins mauvais que les autres pays européens, ce qui, pour l'Italie est presque un miracle

Vous avez eu des mots très durs contre le principal syndicat italien, la CGIL. Ce conflit va-t-il perdurer?

La CGIL est un syndicat de gauche, isolé et minoritaire, même au sein de l'opposition de gauche. Ma réforme vient par exemple d'être votée en commission au Sénat à l'unanimité, malgré un affreux lobbying auprès des sénateurs de gauche de la part de la CGIL. Malheureusement la CGIL représente désormais le conservatisme, les fainéants (fannulloni), ceux qui ne veulent changer ni l'école, ni le système de santé, ni l'université, ni la justice. La CGIL est restée une structure d'archéologie industrielle.

Quel impact aura sur la fonction publique l'introduction du fédéralisme, actuellement à l'étude, attribuant plus de compétences aux régions italiennes?

Cette décentralisation, ce fédéralisme ne pourront se faire en augmentant la dépense ou la fonction publiques. Notre fédéralisme ne peut se permettre de dupliquer la structure administrative actuelle. Le fédéralisme devra impliquer une diminution de la pression fiscale, j'ai fait insérer ce principe dans le projet de loi. Pour chaque transfert de compétence, un calcul sera réalisé pour savoir si cela diminue ou élève la pression fiscale.

Le précédent gouvernement Berlusconi voulait privatiser la radiotélévision RAI voire la Poste italienne...

Je suis favorable à la privatisation de la RAI. Et aussi de la Poste, bien qu'il soit nécessaire dans ce dernier cas de résoudre le problème du service public universel. Par ailleurs nous agissons pour transformer d'autres entités publiques en acteurs privés. Je veux transformer les universités et les instituts de recherche, comme le Conseil National de la Recherche, en fondations privées, plus efficaces et plus flexibles et pouvant ainsi attirer des ressources venant du privé.

Vous avez introduit des incitations salariales dans la fonction publique liées aux performances. Quelle part de la rémunération du fonctionnaire doit être variable ?

Jusqu'ici la part supplémentaire «décentralisée» du salaire national est attribuée à tous et elle est donc inutile car elle ne récompense pas le mérite.
Nous avons introduit un système de projets d'amélioration de l'efficacité, de la qualité et de la quantité à travers lesquels les fonctionnaires percevront une prime s'ils atteignent leurs objectifs. Par exemple, si un tribunal améliore sa productivité de 50 % alors toutes les économies ainsi réalisées seront destinées à récompenser les employés de ce tribunal.

Les enseignants italiens sont notoirement parmi les plus mal payés en Europe. Leur motivation semble s'en ressentir...

Nous avons trop d'enseignants qui travaillent trop peu et pour une productivité trop basse, les performances de nos écoles sont médiocres comme l'attestent les études internationales comme celles de l'OCDE. Donc leur salaire est en conséquence.

Que pensez-vous à cet actuel retour de l'intervention de l'Etat dans l'économie? Votre gouvernement annonce un plan de relance de 80 milliards d'euros...

Tout dépend de la qualité de cette intervention. Un bon keynésianisme fonctionne durant cette phase si en dépensant, même en creusant le déficit public, pour construire plus de routes, pour avoir une école et une recherche meilleures, non seulement la demande augmente mais aussi la productivité.

Une prime à la casse pour les automobiles, pouvant notamment aider le constructeur Fiat, est-elle envisageable ?

 Nous ne ferons pas de primes à la casse pour les automobiles. Nous aiderons les ménages les plus pauvres via l'aide sociale. Tout le reste sera finalisé pour améliorer la productivité de l'économie italienne.

Faudrait-il aussi élever l'âge de départ en retraite, les pensions étant la plus grosse dépense du budget public ?

Il est inévitable de corréler l'âge de départ en retraite à l'espérance de vie. Mais cela ne pourra se faire d'ici 2013 car les syndicats y sont fortement opposés et cela produirait une grande tension sociale. Il faut d'abord faire fonctionner notre réforme des retraites de 2005. En revanche nous pouvons durant cette législature modifier les délais de révision du calcul des retraites («coefficient de transformation»). Jusqu'ici la loi dit que ce calcul ne doit être révisé que tous les dix ans. C'est une erreur. Au bout de dix ans, l'impact est si fort que personne ne veut plus y toucher. Il faut introduire une révision annuelle automatique du calcul des retraites. Cela peut se faire par un simple décret.

Votre homologue français André Santini vous rend visite cette semaine. Comment voyez-vous la fonction publique française ?

Pour nous l'administration française est un mythe, une référence d'efficacité, de qualité, de productivité et de transparence. Nous avons le mythe de l'ENA, des inspecteurs des finances français. La qualité de la fonction publique française est, je crois, bien meilleure de l'italienne.

Côté français, on s'intéresse en revanche plutôt au statut des fonctionnaires italiens, assujettis depuis 1993 à une convention collective comme dans le privé

C'est ce que nous sommes en train de changer... c'est un faux modèle, cela ne fonctionne pas. Sans consensus des syndicats, nous ne pouvions pas renouveler la convention collective et payer des augmentations aux fonctionnaires. Depuis la semaine dernière, l'Etat peut, même en l'absence d'accord avec les centrales syndicales, anticiper aux fonctionnaires une hausse de salaire.

Peut-on gérer la fonction publique comme une entreprise?

Oui. Il suffit de le vouloir et l'intendance suivra [NDLR : en français dans le texte]. Même si vouloir réformer la fonction publique italienne tient de la folie.


 

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
le neo-colbertisme, dirigisme ou statalisme avec des traditions d'une mentalité colonialiste et nationaliste?
l'ENA ou l'Ecole Polytechnique Militaire à la Française ?
NON merci!
Federalisme! et libre concurrence économique !
- OUI - !

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