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Le Premier ministre de l'Estonie : «Pourquoi mon pays entre dans la zone euro »

Propos recueillis par Yann-Antony Noghès, correspondant de La Tribune à Bruxelles

Publié le 28 décembre 2010 à 13:24 - Mis à jour le 28 décembre 2010 à 13:25

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Andrus Ansip, Premier ministre de l'Estonie, explique à La Tribune les raisons pour lesquelles son petit pays va rejoindre la zone euro malgré la crise que cette dernière connait.

Certes, la petite Estonie, au bord de la Baltique, pèse peu par rapport aux 329 millions de citoyens de la zone euro, qu'elle rejoint le 1er janvier, mais son adhésion n'en est pas moins emblématique. Membre de l'Union soviétique jusqu'à l'implosion de celle-ci, en 1991, l'Estonie réaffirme avec l'euro son appartenance à l'Ouest. Elle a adhéré à l'Union européenne en 2004. A cette date, elle se lance dans un rattrapage économique échevelé : sa croissance dépasse 8 % par an jusqu'en 2007. Puis, c'est l'explosion de la bulle, économique et immobilière, qui se traduit par une contraction du PIB de près de 14 % en 2009... Il est temps d'opter pour la rigueur : les coupes budgétaires, à base de réductions de salaires et de prestations sociales, sur fond d'envolée du chômage, atteignent 9 % du PIB. Des efforts payants, car l'Estonie peut maintenant pavoiser : sa croissance, autour de 4 % sur 2011, devrait être l'une des meilleures de l'Europe. Et alors que la crise de la dette fait rage ailleurs en Europe, l'Estonie a le plus faible ratio dette/PIB du continent.

N'êtes-vous pas inquiet à l'idée de rejoindre une zone euro en pleine crise existentielle ?

Non, nous n'avons pas peur. Il y a certes une crise dans certains pays, mais il n'y a pas de crise de la zone euro dans son ensemble. Vous savez, je ne suis pas un vieillard et pourtant, la perspective de l'effondrement total du dollar a été agitée à au moins dix reprises depuis que je suis né ! Je me souviens que ces soit disant experts disaient que très bientôt, à travers le monde, des pays n'investiraient plus leurs réserves en dollars. Or le dollar est toujours fort et bien portant... D'ailleurs, l'euro en tant que monnaie de réserve mondiale n'a pas non plus perdu ses positions durant cette crise financière, au contraire. Avant la crise, la part de l'euro dans les réserves mondiales était de 29 %. Elle est maintenant de 31 %. Il est clair dans ces conditions que la monnaie unique a de beaux jours devant elle.

Quels bénéfices attendez-vous de l'entrée de votre pays de la zone euro ?

L'euro va clairement soutenir nos échanges commerciaux avec les autres pays européens, qui représentent 70 % de nos exportations. L'euro sera également bénéfique pour les Estoniens, car 90 % des crédits dans notre pays ont été consentis en euros. Du coup, au moment où circulaient des rumeurs sur une possible dévaluation de la couronne estonienne, les gens se demandaient combien de temps cela leur prendra pour rembourser leur emprunt, étant donné que leurs revenus étaient en monnaie locale : 30 ou 45 ans ?

La monnaie unique est généralement présentée comme un « bouclier ». L'Estonie a-t-elle souffert de ne pas appartenir à la zone euro pendant la crise ?

Personne n'était tout-à-fait prêt à faire face à la plus grave crise économique et financière depuis la Grande Dépression. Toutefois, en Estonie, durant les très bonnes années (2002 à 2007), nous avons accumulé des réserves considérables. Nous en avons profité pour rembourser notre dette publique, qui est aujourd'hui la plus faible de l'Union. Nous étions en récession l'an passé et notre taux de chômage demeure élevé. Mais grâce à l'euro, nous n'avons pas connu de turbulences. Durant les crises précédentes, les gouvernements européens avaient dévalué. Cette fois, grâce à l'euro, nous n'avons pas dû faire face à cette concurrence déloyale. C'est l'un des avantages notoires de l'euro, même pendant la crise.

Que pensez-vous de l'idée de mutualiser les dettes en créant des euro-obligations ?

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Je suis très sceptique car je considère que les « eurobonds » revêtent avant tout des questions d'aléa moral. Si les pays en grande difficulté aujourd'hui devaient aussi apporter leur garantie à ces eurobonds, cela impliquerait que les pays dont les finances sont saines devraient payer beaucoup plus cher pour leurs emprunts sur les marchés de capitaux, ce qui serait injuste. Cela dit, l'Estonie n'emprunte pas et n'a pas besoin d'utiliser des eurobonds.

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Propos recueillis par Yann-Antony Noghès, correspondant de La Tribune à Bruxelles

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