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ÉconomieInternational

Comment sortir de la pression des marchés sur la dette ?

Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes

Publié le 11 février 2011 à 18:24

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Le meilleur moyen de mettre fin à la pression des marchés serait de créer des "eurobonds", gérés par une Agence européenne de financement.

Une véritable révolution a eu lieu le 17 décembre. Tous les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Sept se sont mis d'accord pour pérenniser le mécanisme de secours, le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Un signal fort, démontrant la détermination des Européens à défendre la zone monétaire européenne. Reste que ce mécanisme est bien loin d'offrir une solution satisfaisante face à l'ampleur des problématiques de dettes souveraines que nous connaissons. Le nouveau fonds ne peut être activé que lorsque la situation d'endettement d'un pays européen est tellement dégradée qu'elle menace de mettre en danger la stabilité de la zone euro. Or, on ne saurait lever la pression des marchés financiers sur les dettes souveraines européennes sans envisager de nouveaux mécanismes et une nouvelle structure bien plus ambitieuse, qui permettrait simultanément de réduire les dettes souveraines européennes et d'augmenter durablement la croissance en Europe.

La création d'une Agence européenne de financement, proposée par le président de l'Eurogroupe est un premier pas dans ce sens. Jean-Claude Juncker et Giulio Tremonti défendent la création d'une Agence européenne de la dette qui émettrait directement sur les marchés des eurobonds, avec la garantie solidaire des États membres. Cet organisme prendrait la forme d'une société de marché de crédit qui mutualise et contrôle leur besoin de financement sur les marchés. Selon les deux ministres, cette agence pourrait financer jusqu'à 50% des émissions des États membres, afin de développer un marché profond et liquide. Ainsi, l'objectif d'une telle agence serait "d'atteindre progressivement une quantité d'obligations émises équivalant à 40% du PIB de l'UE et de chacun des Etats membres". Elle pourrait même financer la totalité des émissions des pays ayant de grandes difficultés à accéder au marché.

Plus vaste que celui de chaque Etat membre isolé, un marché d'obligations européennes serait moins volatil. Le volume d'obligations en circulation le rendrait aussi bien plus liquide et moins sensible aux réactions des marchés. L'autre avantage est de bénéficier de taux d'intérêt beaucoup plus avantageux que ceux que subissent les pays attaqués récemment.

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La mutualisation des financements permet mécaniquement de réduire le coût d'endettement. Si l'ensemble des Etats membres émettaient leurs obligations au travers de l'agence européenne, alors le marché des eurobonds deviendrait le plus gros marché obligataire au monde. L'agence devrait proposer aux Etats membres un montage financier adapté qui les incite, à la fois à réduire leur endettement mais aussi à émettre des dettes de maturité plus longue. La dette serait étalée sur deux temps. Les premières années, cinq ans par exemple, la dette pourrait être rémunérée au taux d'émission de l'Agence européenne de financement. Les Etats pourraient donc par ce biais bénéficier d'économies de taux d'intérêt. Le montage serait assorti de règles de bonne gestion qui devraient être impérativement respectées pour pouvoir bénéficier du taux avantageux. Dans les années suivantes, la possibilité de bénéficier de ce taux ne serait plus automatique. Profitant de son statut d'émetteur sûr, l'agence pourrait également financer directement l'économie (des projets porteurs de croissance). De quoi améliorer le dynamisme économique et donc les capacités de remboursement des dettes publiques en Europe.

Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes

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