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ÉconomieInternational

Merkel veut que l'Allemagne sorte "le plus vite possible" du nucléaire

Romaric Godin, à Francfort

Publié le 15 avril 2011 à 13:37

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A l'issue d'un sommet énergétique, la chancelière et les représentants des Länder ont confirmé leur volonté d'accélérer le passage de l'Allemagne à des énergies "vertes". Mais la réalisation concrète de ce vœu risque d'être complexe.

"L'Etat fédéral et les Länder sont unis dans leur volonté de sortir le plus rapidement possible du nucléaire". Angela Merkel a confirmé ce vendredi, à l'issue d'un sommet énergétique avec les seize ministres-présidents des Länder, sa volte-face sur la question énergétique ce vendredi à Berlin. Elle qui, voici encore six mois, avait jugé qu'il était indispensable de prolonger la durée de vie des réacteurs atomiques en Allemagne et qui avait traduit cette conviction dans la loi, se range désormais à l'idée qu'une sortie rapide est nécessaire. L'essentiel pour la chancelière était cependant de donner l'impression qu'elle était parvenue à un consensus.

En termes de communication, la man?uvre semble réussie. Les Länder dirigés par des sociaux-démocrates se sont ainsi dits prêts à "un travail en commun constructif" avec l'Etat fédéral sur la question énergétique. Et leur porte-parole, Erwin Sellering, ministre-président de Mecklembourg-Poméranie occidentale, a utilisé les mêmes mots qu'Angela Merkel concernant une sortie "la plus rapide possible du nucléaire". Tout le monde est également d'accord pour développer encore plus les énergies renouvelables. Mais si l'on est d'accord sur les principes, on est loin de l'être sur les détails.

Au plus tard en 2022 ?

La première question en suspens est celle de la date de cette sortie du nucléaire. Quelques jours après le séisme japonais, Angela Merkel, en pleine panique nucléaire, avait prononcé un moratoire de trois mois de sa propre loi et exigé la mise en arrêt des sept plus anciens réacteurs atomiques du pays. Mi-juin, il faudra donc que le gouvernement décide de la voie à suivre et fixe une date butoir pour la durée de vie des centrales. Angela Merkel a annoncé une nouvelle modification de la loi sur l'atome cet été, mais le contenu de cette modification est inconnu. Erwin Sellering a ainsi jugé qu'il fallait sortir du nucléaire avant même 2022, la date prévue par Gerhard Schröder en 2000 pour la sortie du nucléaire. Il a estimé que la date de 2035 fixée par la loi de cet automne était désormais "inacceptable" et a exigé que les sept anciens réacteurs soient définitivement mis hors service.

Un coût estimé à plus de 2 milliards d'euro par an

Ces exigences risquent d'être difficiles à satisfaire. La sortie du nucléaire aura en effet un coût et son financement est loin d'être assuré. Selon la Süddeutsche Zeitung de vendredi, ce coût serait de 3 milliards d'euros annuels. Le ministre de l'Economie, Rainer Brüderle, évoque plutôt un maximum de 2 milliards d'euros par an. Mais qui va payer ? Pour surmonter le recul de l'offre énergétique entraînée par la sortie du nucléaire sans avoir recours, par exemple, à l'importation d'électricité française issue du nucléaire ou tchèque issue du charbon, l'Allemagne va devoir s'équiper de nouvelles centrales thermiques plus "propres" et surtout de parcs éoliens en mer de grandes dimensions. Des projets colossaux et coûteux. Sans compter qu'il faudra également redéployer le réseau électrique allemand. Jusqu'ici, les Länder étaient maîtres de leurs réseaux et le Sud pouvait compter sur son nucléaire pour assurer son approvisionnement énergétique.

Il va falloir construire 3.600 km de lignes à haute tension

Mais si la source d'énergie devient la venteuse mer du nord, il faudra construire de nouvelles lignes à haute tension. 3.600 km supplémentaires seraient nécessaires. Et l'Etat fédéral veut désormais centraliser les autorisations pour organiser un réseau national, à la fureur des Länder qui y voient un coup de canif dans leurs compétences. Devront-ils payer pour des décisions prises à Berlin par une administration centrale ? Voilà qui promet des discussions sans fin sur le financement et l'aspect juridique de ce futur réseau...

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L'insoluble question budgétaire

Qui paiera alors la facture de la sortie du nucléaire ? L'Etat fédéral a promis une enveloppe de 5 milliards d'euros pour le soutien à l'énergie éolienne en mer. 2 milliards d'euros pourraient être attribués à l'efficacité énergétique des logements et 500 millions d'euros réservés à la construction de centrales thermiques "plus flexibles". Mais outre que ces sommes semblent insuffisantes, elles devront passer, a prévenu Angela Merkel, sous les fourches caudines du ministère des Finances. Or, Berlin est tenu à économiser tant par son statut de modèle européen que par ses obligations constitutionnelles. Quant aux grands groupes énergétiques, ils vont subir un manque à gagner notable avec la fin des réacteurs nucléaires et leurs investissements risquent d'en pâtir.

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Restent les ménages. Mais n'est-ce pas suicidaire de leur faire supporter le poids de la mutation énergétique alors même que les consommateurs allemands retrouvent la capacité de soutenir la croissance ? L'équation semble impossible à résoudre pour Angela Merkel qui, comme à son habitude, préfère donc s'en tenir à des déclarations de bonnes intentions pour le moment.

Romaric Godin, à Francfort

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