Le président du Yémen et son Premier ministre échappent de peu à la mort

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Quatre mois après le début des contestations, le Yémen s'enfonce de plus en plus dans la guerre civile. Ce vendredi, le palais présidentiel a été touché par des obus et plusieurs personnalités, dont le président Ali Abdallah Saleh et le chef du gouvernement, Ali Mohammed Moujawar, ont été blessés. Quatre officiers de la Garde républicaine yéménite sont morts.

Les appels au calme de la communauté internationale ont beau se multiplier, la situation s'aggrave au Yémen. Quatre mois après le début du conflit entre les forces du président Ali Abdallah Saleh, soutenu par une grande partie de l'armée, et les combattants tribaux, la protestation yéménite s'est transformée en lutte armée et le pays s'enfonce de plus en plus dans la guerre civile. Depuis quinze jours, les combats se sont intensifiés et auraient déjà causé plus de 155 morts. Selon le Quai d'Orsay, les affrontements auraient causé 370 morts depuis janvier.

La télé de l'opposition a annoncé la mort de Saleh

Ce vendredi, des tirs d'obus ont directement visé une mosquée située dans l'enceinte du palais présidentiel à Sanaa, la capitale. La cible : le président et sa garde rapprochée. Quatre officiers de la Garde républicaine yéménite ont été tués, et le président Ali Abdallah Saleh lui-même a été blessé à la tête. Le Premier ministre Ali Mohammed Moujawar, le président de la Chambre des députés, Yahia al-Raï, et quelques hauts responsables de l'appareil d'Etat ont également été touchés. La télévision de l'opposition, contrôlée par la tribu Hached, qui aspire à la prise du pouvoir, a même annoncé, aux alentours de 14h30, la mort du président Saleh.

Mais quelques minutes plus tard, la télévision nationale s'empressait de rectifier le tir : "Le président Saleh se porte bien. Il a été légèrement touché à l'arrière de la tête" a assuré un haut responsable du Congrès populaire général (CPG, le parti au pouvoir). Le ministère de la Défense, citant une source de la présidence de la République, a annoncé dans la foulée que le président prononcerait un discours en conférence de presse en fin d'après-midi. Mais selon des journalistes sur place, la présidence ne publierait en fait qu'un communiqué de presse...

Un président au pouvoir depuis 33 ans

Née pendant le printemps arabe, la révolte yéménite contre le président Saleh provient du refus de celui-ci de céder le pouvoir après 33 ans à la tête de l'Etat. La contestation est menée par le puissant chef de la tribu des Hached, le cheikh Sadek al-Ahmar, que le gouvernement soupçonne d'être à l'origine des attaques contre le palais présidentiel. La tribu la plus puissante du pays aide financièrement l'opposition parlementaire et l'encourage à mobiliser les dizaines de milliers de "campeurs", des manifestants qui organisent des sit-in dans les rues de Sanaa pour réclamer le départ du président. Depuis quelques semaines, les rangs de l'opposition ne cessent de grossir. Plusieurs anciens alliés militaires et politiques du régime, se sont ainsi joints à l'opposition.

Le président Saleh, lui, multiplie les signaux contradictoires. Après avoir catégoriquement refusé, le 23 mai, l'accord de transition du pouvoir pour une sortie de crise pacifique établi par le Conseil de coopération du Golfe (CCG), le chef de l'Etat yéménite a évoqué jeudi la possibilité d'accepter la médiation du CCG et demandé au président du Sénégal Abdoulaye Wade d'intervenir pour obtenir un cessez-le-feu suivi d'élections auxquelles il ne se présenterait pas. Mais l'opposition et certains spécialistes de la région ne croient pas en la volonté d'apaisement de Saleh. Selon certaines sources proches du gouvernement citées jeudi par Reuters, le président aurait répété qu'il "laisserait le pays dans l'état où [il] l'a trouvé", c'est-à-dire dans le sang. 

Crainte d'un enlisement du conflit

La crainte des observateurs internationaux est que le conflit s'enlise, en partie à cause de l'indécision des puissances étrangères à l'égard du régime de Saleh et à la fidélité d'une bonne partie de l'armée. Selon Ibrahim Sharqief, un spécialiste du Yémen cité par Bloomberg, "l'Occident mesure encore le risque d'un effondrement total du régime yéménite". L'opposition accuse le président Saleh d'avoir délibérément permis aux islamistes de s'emparer de Zinjibar, ville proche d'une voie maritime où trois millions de barils de pétrole transitent par jour, pour démontrer que sa présence au pouvoir est indispensable à la stabilité du pays.

Néanmoins, de plus en plus d'observateurs estiment que le président Saleh "bluffe" et jouerait le chaos et l'essoufflement du mouvement dans l'espoir de négocier sa sortie, et ainsi ne pas finir comme Hosni Moubarak, le président égyptien aujourd'hui traduit en justice.

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Commentaires
a écrit le 04/06/2011 à 22:27 :
Vivent les insurgés !! Vive la liberté et la démocratie !! Que les dirigeants corrompus, dictateurs sanguinaires qui utilisent les voyous locaux pour battre à mort la population, en Syrie ou ailleurs, soient virés du pouvoir sans ménagement par leur population. Ils ne méritent pas de rester au pouvoir, ils ont montré leur vrai visage sanguinaire. Qu'ils soient remplacés par une réelle démocratie. Et bravo, une fois de plus, aux Tunisiens qui ont montré la voie avec éclat.

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