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ÉconomieInternational

Sénégal : après les manifestations, les opposants ne veulent pas d'un nouveau mandat de Wade

Sylvain Rolland

Publié le 24 juin 2011 à 13:45 - Mis à jour le 24 juin 2011 à 13:57

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Quelque 102 personnes, dont 13 policiers, ont été blessées jeudi lors de manifestations contre le président Wade, qui a tenté de faire voter une réforme de la Constitution afin de modifier la loi électorale, huit mois avant la présidentielle de février 2012. Les opposants craignent un détournement de la démocratie au profit du clan Wade, et exhortent ce vendredi le président à renoncer à un nouveau mandat.

"Je ne crains pas le moins du monde les manifestations dans mon pays. Il n'y aura ni coup d'Etat, ni révolution au Sénégal. Je suis le seul président en état perpétuel de grâce", confiait mi-avril à La Tribune le président du Sénégal, Abdoulaye Wade.

Deux mois après ces déclarations confiantes, le président, qui s'est illustré en 2000 en prenant le pouvoir à l'issue d'élections exemplaires, est confronté à la colère de la rue. En cause : son projet de réforme de la Constitution, qui devait instaurer un "ticket présidentiel" composé du président et d'un vice-président, pouvant être élu dès le premier tour avec seulement 25% des voix. Un projet décrié par l'opposition et par plusieurs associations, qui craignent que le président de 85 ans, qui candidate à sa propre succession aux élections de février 2012, se fasse réélire avec peu de voix pour ensuite céder le fauteuil à son fils et "super" ministre, Karim, 42 ans. Le président, lui, nie fermement avoir cette intention. Mais le mal est fait : ce vendredi, l'opposition et la société civile ont exhorté Abdoulaye Wade à renoncer à un nouveau mandat en 2012.

"Touche pas à ma Constitution"

Effrayés par ce qu'ils considèrent comme une tentative de détournement de la démocratie au profit du clan Wade, des manifestants ont battu le pavé jeudi dans plusieurs villes du pays. Mais à Dakar, les choses ont dégénéré. Des milliers de Sénégalais, principalement des jeunes, ont crié leur colère dans les rues de la ville et devant l'Assemblée nationale, où la proposition était débattue, avant que des heurts avec les forces de l'ordre blessent 102 personnes, dont 13 policiers. "C'était très violent. Il y avait beaucoup de monde et un déploiement policier assez impressionnant. Heureusement, les forces de l'ordre au Sénégal sont bien formées et ont riposté avec une relative parcimonie, de sorte qu'il n'y a pas eu de mort malgré le nombre de blessés", raconte un témoin, joint par téléphone et qui a tenu à garder l'anonymat.

Selon des journalistes sur place, les heurts entre les manifestants et la police se sont caractérisés par des jets de pierres et des pneus brûlés côté manifestants, des bombes lacrymogènes, des coups et des canons à eau côté police. De nombreux slogans et pancartes hostiles, tels que "le Sénégal n'est pas un royaume mais une République", "touche pas à ma Constitution" ou "Wade dégage" se sont fait entendre. Plusieurs témoins racontent s'être fait tabasser par les forces de l'ordre. De nombreuses personnes ont été arrêtées puis relâchées dans la soirée.

Une prise de conscience ?

Devant l'ampleur de la colère, le président a préféré renoncer en fin de journée à l'intégralité de son projet de réforme électorale. Ce matin, la presse sénégalaise voyait dans les évènements de la veille l'ouverture d'une "brèche". "Cette victoire des forces vives est à analyser comme le début d'une prise de conscience. La conscience que face à l'autisme du pouvoir, l'arme de la force demeure la seule audible, et que la rue peut bien contraindre le pouvoir de lâcher prise", pouvait-on lire dans le journal d'opposition Waldadjri, qui estime que "Wade ouvre la boîte de Pandore" et que la rue a réussi à instaurer "une cohabitation forcée". Et de conclure : "le président Wade s'est frotté au peuple sénégalais, s'y est piqué et a reculé".

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L'opposition socialiste a sauté sur l'occasion pour réclamer le départ d'Abdoulaye Wade, comparant les manifestations violentes de Dakar à l'ébauche d'un printemps sénégalais, en référence au "printemps arabe", les révolutions qui ont fait tomber les régimes tunisien et égyptien.

Mais malgré montée des contestations -des manifestations avaient éclaté lors du onzième anniversaire de son accession à la présidence, le 19 mars dernier-, la situation du Sénégal n'est pas comparable avec celle des pays arabes. "Il ne faut pas oublier que Wade a été élu démocratiquement, dans des conditions claires. Les Sénégalais n'ont pas forcément envie du départ de Wade, mais ils tiennent à leur système démocratique et montent au créneau s'ils estiment que la transparence et la légalité des élections de 2012 sont menacées", explique ce spécialiste du Sénégal.

De plus, le problème récurrent d'approvisionnement en électricité tend à s'accentuer, ce qui pourrait nourrir la contestation vis-à-vis du pouvoir. La vétusté des équipements, la mauvaise maintenance et la mauvaise prise en compte de l'évolution démographique aboutit à des coupures de plus en plus fréquentes, entre cinq et dix heures par jour à Dakar. De quoi porter sur les nerfs.

Erreur politique

Reste que la tentative de réformer le système électoral pourrait bien être une erreur politique colossale pour Abdoulaye Wade, pourtant d'ordinaire fin tacticien. Le retrait rapide, sous la pression, montre que le président ne veut pas contrarier son peuple. Il révèle aussi que l'opposition a les moyens de faire plier le pouvoir. "Je suis stupéfait de la grossièreté de l'erreur politique. Je me demande comment il pouvait espérer faire passer une telle réforme, qui aurait modifié si profondément les règles électorales. Au final, il a donné à l'opposition un moyen d'exister et de prendre confiance dans sa capacité à réussir à le battre", poursuit l'expert du Sénégal.

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Comment, alors, expliquer cette erreur ? Son égo démesuré, le point faible des grands hommes, pourrait être une réponse. "Wade a 85 ans et un égo à la hauteur de son intelligence. Son rapport à la mort motive sa volonté de laisser le pouvoir à son fils Karim. Une manière de se perpétuer au pouvoir à travers quelqu'un qu'il semble dominer totalement et qui n'est que la marionnette de son père", analyse le spécialiste.

Sylvain Rolland

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