Famine : l'aide humanitaire s'organise malgré l'inactivité de la communauté internationale

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Malgré l'échec de la réunion de la FAO lundi à Rome et l'incapacité de la communauté internationale à réagir rapidement pour combattre la famine dans la Corne de l'Afrique, l'aide humanitaire s'organise sur place. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a pu mercredi établir un premier pont aérien vers Mogadiscio.

Le temps presse dans la Corne de l'Afrique. Alors que deux régions du sud de la Somalie sont officiellement en état de famine depuis jeudi dernier, l'ONU craint que la catastrophe ne s'étende à l'ensemble des huit régions du sud du pays, largement détenues par les islamistes Shebab, qui ne cessent d'afficher leur réticence à laisser parvenir l'aide alimentaire. Douze millions de personnes sont menacées par la sécheresse et la famine dans six pays : Erythrée, Djibouti, Ethiopie, Somalie, Kenya et Ouganda. Des dizaines de milliers de personnes ont déjà trouvé la mort.

Il faut donc agir vite. Problème : la communauté internationale n'arrive pas à délimiter clairement le montant de l'aide et la façon d'utiliser cet argent. La réunion "extraordinaire" de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), qui s'est tenue lundi à Rome à grand renfort de communication de la part du ministre français de l'Agriculture Bruno Lemaire, n'a débouché sur rien de concret. En conférence de presse, Jacques Diouf, le directeur de la FAO, et Bruno Lemaire avaient réaffirmé "l'urgence" de "sauver des vies", mais avaient évité toute question précise sur l'aide internationale et son utilisation. Ils s'étaient contentés de récapituler l'aide déjà promise par les Etats et avaient renvoyé à une réunion des donateurs qui s'est tenue aujourd'hui à Nairobi... Mais cette réunion n'était en fait qu'une rencontre mensuelle prévue de longue date.

La France a doublé son aide... à seulement 10 millions d'euros

Devant cette apparente inactivité, les organisations non gouvernementales ont pris un coup de chaud. Dans un communiqué lapidaire, l'ONG Oxfam a vivement critiqué l'absence de résultats de la réunion de la FAO de lundi, et raillé "l'activité intense" de la diplomatie française. "L'activité diplomatique déployée par la France ces derniers jours n'est-elle qu'un écran de fumée pour cacher la faiblesse de ses engagements financiers ?" s'interroge Jean-Cyril Dagorn, d'Oxfam France.

En effet, l'aide française apparaît inversement proportionnelle à l'effort de communication du ministre Bruno Lemaire. Les Etats-Unis ont débloqué 28 millions de dollars pour la Somalie et les réfugiés somaliens au Kenya, en plus des 431 millions déjà versés depuis le début de l'année. L'Union européenne, après avoir annoncé une enveloppe de 100 millions d'euros, a relevé son montant d'aide mercredi à 158 millions d'euros. Du côté des Etats voisins, le Royaume-Uni a promis une aide d'urgence de 59 millions d'euros, et l'Allemagne s'est engagée à augmenter son aide à la Corne de l'Afrique de 5 millions d'euros, en plus de ses programmes d'aide de 240 millions d'euros répartis entre le Kenya et l'Ethiopie. La France, elle, a doublé le montant de son aide à la région... qui passe ainsi de 5 à 10 millions d'euros.

Pont aérien

Malgré la cacophonie des acteurs internationaux, l'aide humanitaire fonctionne tant bien que mal. Le Programme alimentaire mondial (PAM), a lancé ce mercredi son pont aérien vers Mogadiscio, la capitale de la Somalie touchée par la famine. Un premier avion de 10 tonnes de nourriture destinée aux enfants a atterri à Mogadiscio pour pallier à l'augmentation des réfugiés. "En raison des difficultés dans les régions, de plus en plus de personnes se déplacent à Mogadiscio, où il savent que l'aide internationale peut agir", explique Stéphanie Savariaud, une humanitaire envoyée d'urgence du PAM à Nairobi. L'objectif : acheminer au total 80 tonnes de nourriture pour nourrir 35.000 enfants par mois. Une dizaine de rotations par avion depuis Nairobi devraient être nécessaires pour transporter ces vivres dans les prochains jours.

Au PAM, également une institution des Nations unies, pas question de critiquer la réunion de la FAO de lundi à Rome, ni la lenteur de la réaction internationale. Par solidarité onusienne, probablement. "Nous avons des besoins en terme financier, nous les annonçons, et nous attendons. Ce n'est pas productif de critiquer les organisations internationales, d'autant plus que le PAM a déjà des programmes sur le terrain qui fonctionnent. La crise actuelle fait que nous avons besoin de davantage d'argent, mais le plus gros problème que nous avons, c'est l'accès aux régions du sud de la Somalie et la sécurité", indique-t-on au siège du PAM à Paris.

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