Guerres, déficits, croissance : le vrai prix du 11-Septembre
François Roche
François Roche
Le 11 septembre 2001, l'Amérique bascule dans un autre monde. Elle avait émergé comme unique puissance incontestée de la période 1991-2001, après l'effondrement de l'Union soviétique. Au cours des dix ans qui suivent les attentats, les Etats-Unis vont connaître une "décennie perdue", leur autorité, leur confiance en eux et leur richesse s'étiolant inexorablement. Frappée au coeur de son Homeland (Wall Street, le Pentagone...), par un ennemi mal identifié, insaisissable et protéiforme, l'Amérique a expérimenté ce jour-là un choc d'une ampleur inouïe dont les conséquences se font encore sentir aujourd'hui.
Etait-ce inéluctable ? La nature même de ces attentats portait-elle, en germe, de telles conséquences, quelles qu'eussent été les réactions des dirigeants américains ? La réponse à cette question est difficile. Mais aux Etats-Unis, beaucoup de commentateurs s'arrêtent sur ce point. La réponse de George W. Bush aux attentats fut le déclenchement de deux guerres qui, dix ans plus tard, ne sont pas terminées.
Dans le même temps, Bush décidait d'un plan de baisse d'impôts pour les plus fortunés d'une ampleur inégalée, ce qui, mesuré à l'aune de la cohérence de la nation, peut être tout à fait contestable. Thomas Friedman, dans le New York Times, fait d'ailleurs remarquer à ce sujet que l'Amérique avait emprunté une tout autre stratégie durant la guerre froide en utilisant l'affrontement avec les Soviétiques pour cimenter la nation, conquérir l'espace, asseoir la domination technologique des Etats-Unis. Ce n'est pas ce projet que George W. Bush a proposé aux Américains. Au lieu de faire sa priorité de rebâtir l'Amérique en repartant de ses valeurs, il choisit la voie de l'empire conquérant, l'ambition utopique de changer le monde et le projet de réorganiser, selon son propre schéma, l'ensemble du Moyen-Orient. Les révolutions arabes sont là pour illustrer l'aspect chimérique de cette entreprise.
Dix ans après, le rêve d'un consensus bipartisan sur les grands choix de société, que Barack Obama a brièvement incarné au cours des premiers mois de son mandat, s'est évaporé. Le défaut de projet est patent, y compris à la Maison-Blanche, sauf à ce que le président puisse convaincre les Américains que son grand plan pour l'emploi et les infrastructures, aux accents rooseveltiens, peut aider la nation à se reconstruire durablement.
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La Tribune a choisi de traiter cet anniversaire au travers de ses conséquences économiques, en tentant d'évaluer le coût réel des attentats, en analysant leurs conséquences sur les budgets de la défense et de la sécurité, mais aussi sur les cours du pétrole et sur la ville de New York elle-même. Ces analyses confirment le sentiment exprimé par Dominique Moïsi dans le Herald Tribune ces jours-ci : "le 11 Septembre n'est pas le signe de la naissance d'un nouveau monde mais a accéléré la fin du siècle américain..."
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François Roche
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