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ÉconomieInternational

Vladimir Poutine va reprendre les rênes du Kremlin

Emmanuel Grynszpan, à Moscou

Publié le 25 septembre 2011 à 05:37 - Mis à jour le 25 septembre 2011 à 05:45

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Dimitri Medvedev et Vladimir Poutine échangent leurs rôles pour rassurer l'élite et consolider leur monopole sur le pouvoir russe.

Vladimir Poutine sera président de 2012 à 2018, voire jusqu'en 2024, puisque la constitution russe lui offre deux mandats consécutifs de six ans. Son seul concurrent sérieux, l'actuel président Dimitri Medvedev, lui cède délibérément la place. "Je pense qu'il serait juste que le congrès [du parti Russie unie] soutienne la candidature du président du parti, Vladimir Poutine, afin qu'il se présente à la présidentielle", a déclaré samedi Dimitri Medvedev. Ainsi prend fin le seul suspense politique agitant la classe politique russe. "Il fallait mettre fin aux turbulences qui agitaient les hauts fonctionnaires et menaçaient de paralyser l'administration", estime le politologue Konstantin Simonov.

Vladimir Poutine, 58 ans, et Dimitri Medvedev, 45 ans, ont admis qu'ils avaient déjà décidé ce scénario il y a cinq ans, alors que Poutine faisait face à la constitution russe lui interdisant de briguer un troisième mandat consécutif.

Selon Konstanin Simonov, "l'intrigue d'une concurrence politique entre les deux hommes était artificielle. Medvedev est l'élève de Poutine et n'est pas prêt à lui tenir tête. Mais six années supplémentaires auraient été une tentation trop forte pour Medvedev et un trop grand risque pour Poutine". En l'échange de sa loyauté absolue, Dimitri Medvedev s'est vu proposer par Vladimir Poutine de diriger le prochain gouvernement. Un cadeau empoisonné car la conjoncture globale négative et les réformes impopulaires prévues pour l'immédiat après-élection (hausse générale des tarifs, retraites) le placent en position de fusible.

Deux figures libérales de l'administration actuelle ont très mal accueilli la nouvelle de l'inversion des rôles. Arkadi Dvorkovitch, conseiller économique du président Medvedev, a sèchement commenté sur son blog qu'il "n'y a aucune raison de se réjouir". Proche de Poutine, le ministre des finances, Alexeï Koudrine, a déclaré qu'en raison de "différents concernant la politique économique" avec Medvedev, il "ne se voit pas dans le futur gouvernement". Ministre des finances depuis 2000, il est très apprécié dans les cercles d'affaires pour sa politique fiscale prudente et sa ténacité face aux velléités dépensières du reste du gouvernement. Le 13 septembre, Alexeï Koudrine s'était déclaré disposé à devenir Premier ministre...

Deux scénarios se présentent désormais. L'un, pessimiste, prédit une stagnation avec, selon le politologue Andreï Piontkovski, un Poutine "président à vie". "La politique de Poutine ne changera pas : servir les intérêts d'un groupe d'individus", avec pour possible conséquence "une émigration massive des hommes d'affaires et des jeunes diplômés".

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Le scénario optimiste défendu par Chris Weafer, stratège auprès de la banque d'investissement Troika Dialog, voit au contraire qu'il "n'y aura pas de retour à la politique de l'ancienne administration Poutine. Ce n'est tout simplement pas possible. Il est clair que modèle économique actuel de dépendance envers les hydrocarbures ne peut pas soutenir la croissance. Pour atteindre l'objectif de croissance de 5 à 5,5%, la Russie doit attirer des investissements beaucoup plus importants et l'implication d'investisseurs étrangers". Weafer veut croire que Poutine "formera un cabinet bien disposé envers les réformes et le monde des affaires et fera de l'accession à l'OMC une priorité". Un brin démagogue, Vladimir Poutine a annoncé samedi qu'il allait augmenter les impôts "pour les riches", annuler les dettes des entreprises envers le fisc et retrouver la trajectoire de 7% de croissance. Mais il n'a pas jugé utile d'expliquer comment il s'y prendra.

Emmanuel Grynszpan, à Moscou

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