Le Brésil, gourmand en capitaux, reste euro-dépendante
Virginie Mairet, à Rio de Janeiro
Virginie Mairet, à Rio de Janeiro
Lorsque Dilma Rousseff est arrivée à New York le 21 septembre pour la session annuelle de l'assemblée générale de l'Organisation des nations-unies ?, la tradition depuis 1947 veut que le représentant du Brésil soit le premier à prendre la parole ? elle voulait exalter le rôle des femmes. Au dernier moment, elle a réécrit son discours. « Pour la première fois, une voix féminine inaugure les débats », a-t-elle lancé, avant de centrer son propos sur la crise économique, « trop sérieuse pour être administrée par une poignée de pays ». Et de conclure : le Brésil va bien, mais « sa résistance » face à la crise provoquée par les autres « n'est pas illimitée ».
Après l'envolée de 7,5 % de l'activité économique en 2010, la banque centrale ne table plus que sur 3,5 % pour cette année. Ce lundi, le Credit Suisse prévoyait une augmentation limitée à 2,9 %. « La production industrielle n'a pas augmenté au troisième trimestre et continue à s'essouffler, notamment dans le secteur automobile », signale Alberto Ramos, chez Goldman Sachs.
Financer les infrastructures
Autre source d'inquiétude : le tarissement des exportations, notamment de matières premières, plus de la moitié des ventes du Brésil à l'étranger. Les cours du sucre, café, coton et soja ont perdu entre 6 et 10 % ces dernières semaines, une chute toutefois compensée par la revalorisation du dollar face au real. Dilma Rousseff craint aussi que les multinationales étrangères ne rapatrient brutalement leurs dividendes vers les maisons mères, asphyxiées par la crise, même si pour l'instant, le manque de liquidités frappe surtout les banques, peu présentes au Brésil. Si 34 milliards de dollars ont déjà quitté le pays au cours des 12 derniers mois, ces sorties sont pour l'heure compensées par les investissements directs étrangers, qui devraient atteindre 60 milliards en 2011. Mais cette manne risque de disparaître en cas de récession en Europe, ce qui explique la position hostile du Brésil à l'égard des politiques budgétaires restrictives. La présidente n'a ainsi pas hésité à qualifier « d'erreur fatale » les politiques récessives adoptées en Europe. Car malgré ses taux d'intérêt réels supérieurs à 5 %, le pays craint pour ses investissements. Entre la Coupe du monde de football en 2014 et les Jeux olympiques en 2016, les besoins en capitaux pour financer les infrastructures sont énormes. Les découvertes récentes de pétrole en off shore profond risquent également de s'avérer gourmandes en capitaux.
Virginie Mairet, à Rio de Janeiro
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