Cycle de Doha : pourquoi les négociations tournent en rond depuis si longtemps

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Cela fait dix ans que les membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) cherchent à trouver un accord commercial multilatéral. Et la prochaine réunion, qui se tiendra à Genève du 15 au 17 décembre, est bien partie pour connaître un nouvel échec, et toujours pour les mêmes raisons.

Depuis dix ans, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) tente en vain d'aboutir à la conclusion d'un accord commercial multilatéral. Et ses 153 membres (dix l'ont intégrée depuis l'ouverture des négociations) ne devraient pas plus tomber d'accord lors de leur prochaine réunion qui se tiendra à Genève du 15 au 17 décembre, selon Lionel Fontagné, économiste au Cepii (Centre d'études prospectives et d'informations internationales).

Cet échec annoncé n'est d'ailleurs pas tant lié au contenu des négociations qu'à l'organisation même de l'OMC, souvent qualifiée de moyen-âgeuse : comment faire pour que 150 pays s'accordent sur vingt dossiers de quelque 150 pages, qui plus est quand on sait que "certains membres de l'organisation ont d'ores et déjà dit qu'ils ne signeraient pas", souligne l'économiste.

Ils seront d'autant moins motivés à le faire que l'enjeu de la prochaine réunion reste modeste. Lionel Fontagné a ainsi calculé que le gain de richesse réalisé dans le cas où les membres de l'OMC s'accorderaient sur les dossiers de l'agriculture et de l'industrie, s'élèverait à 70 milliards de dollars à l'horizon 2025 par rapport à sa trajectoire actuelle, soit une hausse de seulement 0,09%. Un accord sur les services ajouterait 15 milliards de dollars à l'addition. Et s'ils trouvaient également un improbable terrain d'entente sur la "facilitation des échanges", alors le gain serait de quelque 152 milliards de dollars, ce qui représenterait une hausse de 0,2 point de PIB.

Un tel accord - hautement hypothétique - profiterait en premier lieu à la Chine qui gagnerait 36,5 milliards de dollars, suivie par l'Union européenne (UE) avec près de 31 milliards de dollars. Les Etats-Unis, eux, n'empocheraient que 9,5 milliards de dollars supplémentaires à l'horizon 2025. Une somme dérisoire au regard des quelque 14.600 milliards de dollars de PIB réalisés par le géant américain en 2010.

Les Etats-Unis ont donc mis sur la table la question des "initiatives sectorielles" qui visent à abaisser les tarifs douaniers à zéro pour les produits achetés par les principaux pays importateurs. Une idée qui a provoqué une levée de boucliers du côté des pays émergents pour qui l'impact serait négatif. Dans le cas de l'Inde, la mise en place des "initiatives sectorielles" effacerait même pratiquement le bénéfice d'un accord de Doha, selon Lionel Fontagné.

Finalement, après une décennie de négociations infructueuses, on pourrait s'interroger sur l'option d'un abandon pur et simple de ces accords. Mais cette solution n'est pas envisageable, affirme l'économiste. Selon lui, "la question n'est pas tant de savoir qui a le plus intérêt que ces accords soient signés mais plutôt de savoir qui a intérêt à ce qu'ils ne soient pas abandonnés". Car un aveu d'échec d'une telle ampleur entraînerait probablement une vague de protectionnisme et donc une hausse généralisée des droits de douane. Et cela pourrait se traduire par une réduction de 10% du commerce international.

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