Ecarts de taux sur les marchés, Europe écartelée

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Alors que Merkel souhaite modifier les traités européens, les marchés ont déjà anticipé lors des dernières émissions obligataires une Europe à deux vitesses ou une "zone euro restreinte".

La crise de la dette dans la zone euro a contraint la France, et surtout l'Espagne, à payer jeudi le prix fort sur les marchés, toujours aussi fébriles en dépit des gages politiques donnés aussi bien par Rome que Madrid ou Athènes.

La journée a débuté dans la tension avec de nouveaux records sur le marché des emprunts d'Etat. Plusieurs pays de la zone euro, dont la France et l'Espagne, ont confirmé jeudi leur décrochage avec l'Allemagne, seul Etat de l'Union monétaire à inspirer encore vraiment confiance.

Ecarts de taux

L'écart des taux d'intérêt entre la France et l'Espagne d'une part et l'Allemagne d'autre part, s'est encore élargi jeudi matin, juste avant que Paris et Madrid se présentent sur les marchés pour lever plus de dix milliards d'euros.

L'Espagne a payé le prix fort

L'Espagne a certes réussi son pari mais au prix fort. Elle a emprunté 3,5 milliards d'euros sur dix ans à un taux record frôlant les 7%, un seuil considéré comme dangereux par les analystes. Pour mémoire, l'Allemagne emprunte sur dix ans au taux de 1,8%.

"L'Espagne se rapproche de la zone (d'un besoin) de sauvetage", réagissait le journal El Pais, exprimant un sentiment généralisé dans la presse espagnole. Faux, a rétorqué la ministre espagnole des Finances Elena Salgado, réfutant que son pays ait besoin d'une telle aide.

La France est restée à des taux raisonnables

La France est de son côté parvenue à emprunter près de sept milliards d'euros sur cinq et deux ans, mais là encore, la deuxième économie de la zone euro a payé cher. Le taux est toutefois resté raisonnable, ce qui a quelque peu rassuré les marchés. D'autant que la demande a été au rendez-vous aussi bien en France qu'en Espagne, signe que les investisseurs n'ont pas totalement perdu confiance.

"L'émission de la France est un peu meilleure que celle de l'Espagne. Pour les deux pays, les taux sont supérieurs aux précédents emprunts du même type mais on s'en doutait", a expliqué Dov Adjedj, du courtier Aurel BGC.

La tension s'est donc relâchée quelque peu, l'écart de taux entre la France et l'Allemagne, qui avait dépassé les 200 points de base en début de journée, se resserrant ensuite à 175. Les bourses sont toutefois restées dans le rouge, tout en limitant leurs pertes. "La thématique est toujours la même sur les marchés, celle d'une contagion de la crise. Cela devient l'Allemagne contre le reste de l'Europe, sur les marchés obligataires", relève Dov Adjedj.

Les investisseurs continuent de redouter que les taux exigés pour prêter aux Etats européens ne grimpent trop, ce qui augmenterait la facture pour des pays déjà aux prises avec l'austérité, et pèserait sur une croissance déjà fragile.

Les nouveaux gouvernements ne rassurent pas les marchés

Les nouveaux gouvernements en Grèce et en Italie n'ont pas non plus vraiment rassuré les marchés, en dépit des gages donnés sur leur volonté de poursuivre les efforts, un impératif pour l'Allemagne, première économie de la zone euro.

"Vous prenez vos fonctions dans une période difficile pour votre pays comme pour la zone euro dans son ensemble, dans laquelle de grands espoirs et de grandes attentes vous sont adressés. Il vous revient, ainsi qu'à votre gouvernement, de décider et de mettre en oeuvre rapidement des réformes décisives et nécessaires", a écrit la chancelière allemande Angela Merkel dans un message adressé à son homologue italien Mario Monti, qui vient de remplacer Silvio Berlusconi.

L'"avenir de l'euro dépendra aussi de ce que fera l'Italie dans les prochaines semaines", a confirmé jeudi M. Monti, dans son premier discours au Sénat, avant un vote de confiance prévu en soirée.

Il a promis de s'attaquer au système des retraites et au marché du travail, deux réformes structurelles réclamées par l'Union Européenne et attendues par les marchés.

"L'Europe vit ses années les plus difficiles de l'après-guerre", a poursuivi le nouveau chef du gouvernement italien, en soulignant que "le projet européen ne pourrait pas survivre à une éventuelle faillite de l'union monétaire".

En Espagne, le favori des élections législatives de dimanche prochain, le dirigeant de la droite Mariano Rajoy, n'a pas attendu le résultat de ce scrutin pour multiplier les paroles apaisantes.

Il "faudra faire des coupes partout" sauf dans les retraites, afin de tenir la prévision de réduction du déficit public, a-t-il promis. "Tout le monde doit savoir que pour mon gouvernement, la priorité sera de tenir les engagements de l'Espagne à Bruxelles", a-t-il affirmé.

Mais les cures d'austérité qui se généralisent en Europe ont de plus en plus de mal à passer dans la rue. Des milliers de personnes ont commencé jeudi après-midi à manifester à Athènes contre les mesures de rigueur préparées par le nouveau gouvernement grec de coalition de Lucas Papadémos. Ce dernier a obtenu mercredi la confiance du Parlement avec une avance confortable, mais sa majorité n'est toutefois pas exempte de tiraillements.

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Commentaires
a écrit le 17/11/2011 à 22:46 :
Goldman sachs obtient ce qu'il a cherché ! après avoir aidé les grecs à camoufler leurs comptes pour entrer dans l'euro , la grèce puis tous les états du sud de l'europe flanchent ! l'allemagne ne devrait pas non plus résister très longtemps toute seule lié aux autres !
a écrit le 17/11/2011 à 19:58 :
l'Europe fédérale, donc politique se fera dans la douleur..... nous en sommes qu'au début. Il faudra sûrment que la france soit attaqué comme en 1993 pour que les lignes bougent. L'arrogance française finira par céder devant la réalité économique.....De toute façon, il n'y a pas d'autres possibilité. Ou nous devenons des états fédérés, ou l'euro n'a aucun sens.... chacun se d'emmerde... c'est l'option anglaise, mais est-ce la nôtre et celle de nos amis et voisins de la zone euro? Sarkozy nous montre qu'il ne veut rien faire qui ne lui coûte..... voilà THE problem... qui dit EU politique dit tranferts de souveraineté vers l'Union , non pas l'UE mais la nouvelle union à naître entre les 17.... quand? voilà the question....
Réponse de le 17/11/2011 à 20:54 :
Celui qui n'aime pas l'autodétermination des peuples, trop bêtes à se gouverner eux-mêmes. Il est vrai que la compétence des technocrates Bruxellois ne peuvent que nous inciter à plus d'Europe, et de moins en moins démocratique de préférence. Bref, une technocrature, n'est-ce pas la solution d'avenir pour résoudre le problème, avec des banquiers sortant de Goldman Sachs à la tête des pays en faillite ?????
Réponse de le 17/11/2011 à 21:42 :
Le federalisme comme nouveau remede miracle....
Ce federalisme que vous appellez de vos voeux devra se faire avec les peuples, et non en son absence comme c'est le cas depuis deja trop longtemps en Euroland.

Ensuite c'est bien beau d'invoquer le federalisme a tout bout de phrase, mais peut etre faudrait-il definir de quel federalisme vous parlez.
Lorsque l'on lit les dernieres propositions de Mme Merkel, c'est une Europe federale a minima et coercitive ( en gros surveillance des budgets nationaux et sanctions si depassement des criteres fixes ) qui se prepare.
Et avec quelle monnaie? Comment voulez vous que cette monnaie reflete a la fois l'economie allemande et l'economie portugaise ou espagnole ?

Si un jour la France devait perdre sa souverainete, j'ose tout de meme esperer que ce sera pour un projet plus interesant et visionnaire que cette Europe des marches que nos dirigeants et technocrates cherchent a federaliser.
Réponse de le 17/11/2011 à 23:40 :
Pour publication SVP. D?accord avec vos remarques et notamment sur l?absence de vision. Et, j?ajouterai, de courage. Les pays « faibles » de la zone euro doivent avoir le courage de sortir ensemble de cette monnaie unique avec une politique et une vision commune de leur avenir. L?Histoire peut les y aider. Car l?Histoire a des pesanteurs. Ce n?est pas sans raisons que Mare Nostrum s?est constituée. Ni que le Limes a été érigé. Et si l?avenir de l?Europe du sud ne résidait pas sur les plages de la Baltique mais sur les rives du Maghreb ? Sortir de l?euro en faisant un front commun annonçant une politique de coopération et de codéveloppement avec l?Afrique du nord et quelques autres Etats attirerait sûrement la sympathie et l?intérêt de nombre d?Etats arabes. Pas sûr que l?euro du sud subisse une dépréciation de 50% dans ces conditions. En revanche, quel potentiel de croissance ! L?histoire de l?Espagne, de l?Italie et de la France et surtout l?histoire immédiate de leur immigration incitent à une telle initiative. Nous n?avons rien à gagner à demeurer à la remorque de l?Allemagne dont les intérêts se situent en Europe centrale et orientale. L?Europe telle qu?elle est encore imaginée n?est plus qu?une illusion depuis que l?URSS et le bloc de l?est se sont effondrés.
a écrit le 17/11/2011 à 18:43 :
Les marchés financiers ne croient plus les déclarations politiques. Ils attendent des décisions aptes à éradiquer les déficits et à s'attaquer aux dettes. Assez de boniments ! Du courage, Messieurs les décideurs !
Réponse de le 17/11/2011 à 19:09 :
a ENERM.
Suivons votre logique. Les Pays endettes ( France en tete) appliquent donc cures d'austerite sur cures d'austerite.
En ressortent dans 10 ans des pays appauvris avec une desindustrialisation complete, un pouvoir d'achat en berne et un chomage de masse.
Ou est ce que sont regles les problemes structuraux de l'Europe ? Quid de la monnaie surevaluee? Quid du statut inepte de la BCE ? Quid des exceptions Europeennes faussant la concurrence ( imposition des societes en Irelande, politique de desinflation en Allemagne, difference de competitivite entre pays membres etc.. ) ?

A l'heure actuelle, si rien ne change, on nous refera la meme dans quelques annees.
Réponse de le 17/11/2011 à 20:06 :
A Popeye. L'équation fondamentale est simple : le désendettement ou la faillite, comme en Grèce ou en Argentine. Les autres considérations sont annexes. Le principe est simple, universel, incontournable : il faut rembourser ses dettes.
Réponse de le 17/11/2011 à 22:20 :
@ ENERM
Je ne remets en rien en cause le fait que tout mauvais gestionnaire doive un jour faire face a ses creanciers. Oui il faut uen politique budgetaire plus serieuse et stricte.
Mais je tentais de relever certains problemes structuraux parties prenantes dans la situation actuelle.
L'Euro tel qu'il est ou encore les systemes et politiques d'emprunts des Etats sont pour moi des anomalies qui ont precipite la faillite ou la mise en difficulte de certains pays membres deja en difficulte.
a écrit le 17/11/2011 à 18:38 :
Personne ne voit donc ce qui se passe : des délinquants en cols blancs s'amusent à véhiculer des rumeurs (banque en faillite, fausses dégradations de note, etc) dans le seul but de s'enrichir. En effet en terme de solvabilité le France est l'un des meilleurs pays au monde, tout comme les USA, et ça arrangent les spéculateurs que ce genre de pays soient dégradés puisque les intérêts perçus sur les obligations seront plus importants. En clair donc très peu de risque de défauts (puisque fondements économiques solides) mais une rémunération plus importantes. Les spéculateurs cherchent juste à tricher sur un des fondements de le finance qui veut que pour un actif peu risqué on ait un rendement faible.
Réponse de le 17/11/2011 à 19:05 :
Et les politiques, responsables de mesures démagogiques et de mesures extrêmement coûteuses, ne sont-ils pas eux aussi responsables de cette situation ?
Réponse de le 17/11/2011 à 21:02 :
Réponse à AS : Les marchés financiers sont in fine les seuls juges à décider si oui ou non "...la France est l'un des meilleurs pays au monde...". Les autres jugements sont soit des voeux pieux soit des injures. Arrêtons de nous réjouir en regardant notre nombril.
Réponse de le 17/11/2011 à 21:49 :
réponse a AS
Avec un solde primaire négatif, depuis des années, la France n'est certainement pas un des meilleurs pays au monde, d'ailleurs les USA ne le sont plus déjà depuis un moment, avec une dette fédérale qui vient de franchir les 15000 milliards soit 100% du pib, les dettes des municipalités proche de 10000 milliards, et je ne parle même pas des particuliers! a c'est sur, rien de plus facile que de monétiser la dette, c'est ca que vous appelez rembourser ? Et leur soit disant plan d'économie de 1200 milliards sur 10 ans (une goutte d'eau dans l'océan de dettes) qui sera de toute façon rejeté par le congres le 23 novembre, ce qui aura pour conséquence d'ouvrir la porte aux dégradations de la note souveraine par les trois agences de notations!
Accrochez vos ceinture ca va secouez très fort !!
a écrit le 17/11/2011 à 18:28 :
Ce systeme marche sur la tete..
Ainsi les banques privees se refinancent elles a 1% aupres de la BCE pour preter a des taux allant de 3 a 15% aux Etats .
Ne pourrait-on pas mettre fin a cette pratique scandaleuse en permettant aux Etats d'emprunter directement aupres de la BCE ?

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