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ÉconomieInternational

"L'Iran pourrait se ranger dans le futur dans le camp occidental"

Robert Jules

Publié le 21 février 2012 à 16:34 - Mis à jour le 21 février 2012 à 16:40

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Ardavan Amir-Aslani, avocat, spécialiste du Moyen-Orient, livre son analyse sur les tensions entre Téhéran et la communauté internationale. Les Occidentaux soupçonnent le programme nucléaire iranien d'être développé à des fins militaires. Il a publié "La Guerre des Dieux, Géopolitique de la spiritualité" (Nouveau Monde Editions, novembre 2011).

Pourquoi l'Iran cherche à obtenir l'arme nucléaire ?

Officiellement, l'Iran n'a jamais cherché à se doter de l'arme nucléaire. L'Ayatollah Khamenei avait d'ailleurs prononcé une fatwa contre elle, la jugeant « non conforme » du point de vue religieux. Les soupçons de la communauté internationale viennent de la poursuite de son programme nucléaire civil dans des conditions occultes, sans en informer l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), en particulier sur le programme d'enrichissement d'uranium de 5% à 20% mené sur le site de Fordo. Ces soupçons remontent à 20 ans. Ils ne sont pas nés avec l'accession à la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, même si les déclarations répétées de ce dernier prônant la destruction de l'Etat d'Israël les ont alimentés.

C'est d'ailleurs une affaire emblématique du point de vue du droit. L'Iran juge qu'il y a à son égard deux poids, deux mesures. Le pays est en effet signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et doit donc se soumettre aux contrôles de l'AIEA. Le but de ce traité est d'éviter la prolifération des armes nucléaires pour le maintien de la paix. Or, l'Inde, le Pakistan et Israël qui se sont dotés d'une telle arme ne sont pas critiqués par l'AIEA puisqu'ils ne sont pas signataires du TNP.
Les Iraniens considèrent qu'ils suivent scrupuleusement les recommandations de l'AIEA, mais les difficultés rencontrées par l'agence pour mener ses inspections augmentent la suspicion. A juste titre, car il existe un véritable risque de prolifération nucléaire dans la région : l'Arabie Saoudite et l'Egypte pourraient en effet vouloir acquérir l'arme atomique. Aux yeux des Iraniens, le programme nucléaire n'est donc qu'un prétexte pour chercher à renverser le régime.

Mais qui a intérêt à une telle action ?

Elle s'inscrit dans une lutte pour le leadership au Moyen-Orient. Deux pays peuvent y prétendre : l'Iran et la Turquie. Le premier peut compter sur la milice du Hezbollah au Liban, sur la Syrie et sur l'Irak. En outre, il y a des communautés importantes shiites, dont la contestation a été réprimée comme au Bahrein, ou encore en Arabie Saoudite, qui connaît des révoltes. Le monde occidental reste très méfiant à l'égard de ces mouvements sous influence iranienne.
Or la montée en puissance de la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, qui prône un islam modéré, s'opère dans une région où ce que l'on a appelé le « Printemps arabe » a débouché sur l'accession au pouvoir de mouvements islamistes critiques de l'occidentalisme, comme en Tunisie, au Maroc, en Libye ou encore en Egypte.


Et une attaque contre Israël ?

Dans son histoire, il faut le souligner, l'Iran n'a jamais pris l'initiative de mener une guerre contre un autre pays, la dernière contre l'Irak avait été déclenchée par Saddam Hussein. Dans ce contexte, le nucléaire militaire apparaît d'abord pour les Iraniens comme un moyen de se défendre au nom de la sacralisation de leur territoire.
Israël sait que l'Iran ne le bombardera pas car il a les moyens d'une riposte nucléaire, il y a donc un équilibre de la terreur comme à l'époque de la guerre froide. Toutefois, un durcissement de la situation peut avoir trois conséquences : pour Israël, une fuite des élites, de nombreux citoyens ayant une double nationalité, pour les pays de la région, la nécessité de choisir son camp et, enfin, le risque d'un développement d'opérations de guérilla anti-israéliennes animé par l'agressivité accrue du Hamas et le Hezbollah enhardie par l'accession nucléaire de l'Iran.

Les sanctions contre l'Iran sont-elles efficaces ?

En signant le 31 décembre un décret qui interdit aux entreprises internationales de faire du commerce avec les Etats-Unis, si elles en font avec l'Iran, le président Barak Obama a considérablement durci les sanctions. Par exemple, une firme comme Samsung a rapidement arbitré en raison des enjeux financiers. Par ailleurs, en interdisant l'achat du brut iranien, les Américains et les Européens touchent un enjeu vital pour l'Iran, ses exportations représentant 80% de ses recettes en devises et 50 % du budget de l'Etat.
Les conséquences se font sentir également en interne. La devise iranienne, le rial, s'est dépréciée de quelque 40% par rapport aux devises internationales. C'est d'ailleurs la stratégie de la communauté internationale, faire en sorte que la population iranienne associe son mécontentement au programme nucléaire. Mais elle sous-estime le nationalisme iranien tant à l'intérieur du pays qu'au sein de la diaspora.

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Paradoxalement, alors qu'une large partie du monde arabe se radicalise contre l'occidentalisme avec la montée en puissance des mouvements islamistes, l'Iran pourrait se ranger dans le camp occidental, c'est ma thèse. Par ailleurs, si quelques milliers de manifestants ont eu raison des pouvoirs en Tunisie et en Egypte, il n'en est rien en Iran, ou Ahmadinejad, même s'il y a eu une fraude massive lors des dernières élections, bénéficie d'une réelle légitimité populaire, notamment dans les provinces. Une forme d'alternative démocratique, certes très imparfaite, existe en Iran, et rappelons qu'Ahmadinejad ne pourra pas se représenter en 2013 au regard de la constitution. Or, il faut souligner que l'opposition au président est pro-occidentale.

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L'Iran joue aujourd'hui sur la scène internationale le même rôle que la Chine dans les années 1960. Il faudra attendre que soit organisée, comme entre Mao et Nixon en 1971, la partie de ping-pong qui réintègrera le pays au sein de la communauté internationale.

Robert Jules

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