Victoire de la stabilité en Russie, mais pour combien de temps ?

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La victoire de Vladimir Poutine (63,8% des voix) dès le premier tour de la présidentielle rétablit l'apparence de stabilité aux yeux des investisseurs. Mais l'environnement macro économique va se dégrader.

La communauté d'affaire n'a guère été surprise par un résultat largement annoncé d'avance. Vladimir Poutine remonte sur le trône pour un mandat de six ans, et a prévenu que son Premier ministre sera le président actuel, soit son allié de longue date Dmitri Medvedev. La Bourse à Moscou n'a pas réagit lundi, car "la nouvelle était déjà inclue dans le prix" des principales valeurs, selon Chris Weafer, économiste en chef chez Troika Dialog. "Les valeurs russes sont connues une forte progression depuis le début de l'année et tous ceux qui voulaient entrer sur ce marché l'ont déjà fait. Désormais, soit la tendance sera neutre, soit on verra une correction", estime Alexeï Dolguyhk, le vice-président de Troika Dialog. Il estime qu'une poignée de sociétés peuvent continuer à progresser. Ce sont celles qui appartiennent aux hommes d'affaires supposés faire partie du premier cercle de Vladimir Poutine, soit Soulïman Kerimov, Arkadi Rotenberg et Gennadi Timtchenko.

Les investisseurs s'inquiètent des réactions de l'opposition

La communauté d'affaires russe a tiqué sur quelques annonce très « à gauche » du candidat Premier ministre, mais sa très large victoire avec 46 points d'écart par rapport au dexième candidat, le communiste Guennadi Ziouganov, lui permet de poursuivre la politique qu'il a menée jusqu'ici. Et qui semble convenir aux grands groupes étrangers, puisque toutes les multinationales se sont implantées en Russie au cours des 12 dernières années de son règne.

Les investisseurs sont donc dans l'ensemble d'avis que c'est « business as usual », mais les inquiétudes nées en décembre après le début des manifestations massives de l'opposition ne se sont pas dissipées. Pour Clemens Grafe, économiste en chef chez Goldman Sachs en Russie, les investisseurs vont rester très prudents cette semaine et guetter la réaction de l'opposition, qui conteste la légitimité du scrutin. Non seulement des infractions importantes ont été relevées, mais, surtout, le Kremlin a pris soin d'exclure tout candidat populaire, assurant ainsi un retour pour un troisième mandat de Vladimir Poutine.

 Un choix difficile pour Poutine

Chris Weafer estime également que "des risques de clashes post électoraux rendent les investisseurs nerveux". Et surtout, il exclut la répétition de l'euphorie qui a suivit l'élection du supposé libéral Dmitri Medvedev au début 2008. "Le souvenir de ce qui s'est passé dans la deuxième moitié 2008 [crise globale et guerre avec la Géorgie] garantit une grande prudence jusqu'à ce que le prochain gouvernement Poutine commence à afficher des résultats concrets après toutes les promesses électorales", estime-t-il.

Certains experts sont encore plus prudents sur la capacité de Vladimir Poutine à maintenir la stabilité politique caractéristiques de ses deux premiers mandats de présidents. "La conjoncture économique globale est beaucoup moins favorable que pendant la décennie 2000", note le politologue Nikolaï Zlobine, pour qui "Poutine va être confronté à un choix difficile : continuer à tabler sur un groupe d'alliés loyaux mais opposés aux réformes libérales indispensables, ou alors faire un geste d'ouverture vers des gens de l'extérieur, peut-être moins loyaux mais plus professionnels. Quoi qu'il en soit, dans les deux cas, Poutine fera de nombreux mécontents dans les 24 mois qui viennent." Et Nikolaï Zlobine de conclure : "Je serais surpris de voir Dmitri Medvedev encore Premier ministre dans deux ans."

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