La crise européenne analysée en trois coups de stylo

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Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE)/Copyright Reuters
Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE)/Copyright Reuters (Crédits : Bloomberg)
Au parlement européen, certains se demandent pourquoi la faillite d'un Etat est de facto plus acceptable que celle d'une grande banque? Démonstration sur un coin de table.

Bientôt 20 heures au bar des députés. Elisa Ferreira peaufine avec ses collaborateurs et un fonctionnaire du Parlement européen son rapport sur la surveillance des budgets publics des Etats de la zone euro. Quel droit de regard pour la Commission européenne? Quelle marge de manoeuvre pour les parlements nationaux ? Les détails de la nouvelle "gouvernance économique" s'élaborent ici, autour d'une table basse en verre fumé au design suranné.

La Commission temporise

Il y a deux ans exactement, cette député européenne portugaise, économiste de formation, scellait sa réputation de bosseuse avec un rapport de référence sur la gestion de crise... bancaire et non souveraine. Son sujet : l'art et la manière de permettre à une banque non viable de mettre la clé sous la porte sans entraîner tout le système financier dans sa chute. A l'époque, le sujet était considéré comme "urgent" depuis au moins un an.... Mais la Commission européenne n'est toujours pas sortie du bois et remet de mois en mois la présentation de ses propositions. Les raisons ne manquent pas : pas le moment, problèmes techniques sur la participation des détenteurs d'obligation aux pertes, risque d'affolement des marchés, etc.

L'élue a sa propre interprétation. Quand on lui demande ce qui "coince", elle plonge la main dans son sac, en tire un feutre rouge et esquisse sur une serviette en papier le cercle vicieux dans lequel l'Europe s'enfonce depuis trois ans. En haut à gauche l' "ECB", la Banque centrale européenne, reliée aux "banks", les banques commerciales européennes, qu'elle finance à 1% sur trois ans et pour 1.000 milliards d'euros. Ces "banks" sont, elles, les créancières des "MS", les Etats membres, dont elles achètent les obligations rémunérées entre 3% (pour l'Allemagne) et 7% pour l'Espagne. Mais ces Etats sont également sensés se refinancer auprès de l' "EFSF", le Fonds européen de stabilité financière, à 5 ou 6%... afin de recapitaliser leur propre banques dont elles achètent soit des actions, soit des "COCO", des obligations convertibles. "C'est écrit noir sur blanc dans les papiers de la troïka", le trio d'experts de la BCE, de la Commission et du FMI qui chapeaute les gouvernements grecs, portugais et irlandais.

"Il faut couper ce lien fou"

"Il faut couper ce lien fou entre les gouvernements et les banques", dit-elle. D'autres avant elles ont fait le même constat, comme les économistes Daniel Gros et Jean Pisani-Ferry. Non seulement les banques sont fragilisées par le surendettement des Etats, mais ces derniers sont plus que jamais saisis par un conflit d'intérêt vis-à-vis d'un secteur bancaire qu'ils avaient déjà naturellement tendance à surprotéger : ils craignent désormais aussi leur restructuration puisqu'ils en sont devenus actionnaires ou créanciers, à la demande même de leur tutelle internationale...

L'édifice construit depuis 2008 a de facto renforcé un lien pervers et repoussé la perspective d'un assainissement bancaire. "Ce n'est pas être populiste que de dire cela", s'excuse la député. "Nous sommes arrivés à un point où nous pouvons avoir une discussion publique sur la faillite d'un Etat, pas sur celle d'une banque. On impose des conditions drastiques aux gouvernements pour bénéficier de la solidarité européenne, alors que l'octroi de liquidité au secteur bancaire par la BCE se fait pratiquement sans conditions", dit-elle. Et de conclure : "Une banque est considérée comme plus systémique qu'un pays."

Cercle vicieux qui prospère

En avril, elle compte prendre à parti le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi, lors des traditionnelles sessions du "dialogue monétaire" entre BCE et Parlement. Elle aimerait savoir ce qu'il pense de ce cercle vicieux qui prospère faute, pour les Européens, d'oser questionner leur doctrine monétaire et de tirer les conséquences de la garantie publique dont jouit le secteur bancaire, à défaut de pouvoir y mettre fin. Elle n'a pas l'air très convaincue d'obtenir une réponse.

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Commentaires
a écrit le 29/03/2012 à 11:45 :
Comment distiller la confusion dans les esprits faisant accroire qu'un état ou une banque c'est kifkif; un état est unique et composé de citoyens. Dans cet état un certain nombre de banques se font concurrence et une banque comme votre boucher du coin peut disparaître sous l'effet de la concurrence; la disparition d'un état n'est pas du même ordre.
a écrit le 29/03/2012 à 6:45 :
Contrairement à une entreprise, un Etat ne peut pas faire faillite. Il peut seulement se déclarer en défaut de paiement.
Réponse de le 29/03/2012 à 11:53 :
C'est très exactement ça. Les Etats, leurs politiciens et leurs hauts fonctionnaires sont par nature et par destination irresponsables et incompétents dans le champ économique. Pour cette raison, ils ne doivent jamais participer au jeu économique, avec leurs taxes, leurs subventions ou leurs manipulations monétaires, mais être strictement limités à la fonction d'arbitrage. Fermeture des Etats providentiels indispensable et retour urgent aux Etats régaliens, avec baisse massive des dépenses publiques ET des impôts. C'est la condition nécessaire et suffisante du retour de la prospérité et du recul de la pauvreté.
Réponse de le 30/03/2012 à 9:12 :
@ +1 : non Monsieur, si vous désengagez l'Etat du soutien des plus démunis, vous augmentez la pauvreté car vous laissez le marché de l'emploi à la vindicte capitaliste (produire plus pour moins cher en payant moins cher = la mondilisation). Au contraire, il faut plus d'Etat (au niveau mondial) pour freiner l'ardeur capitaliste mais aussi plus de gens compétents au service de la nation pour s'imposer face aux puissances de l'argent.

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