Le Portugal, prochain test dans la crise européenne

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Pedro Passos Coelho, Premier ministre du Portugal / Photo Reuters
Pedro Passos Coelho, Premier ministre du Portugal / Photo Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Le défaut organisé de la dette de la Grèce ne signe pas la fin de la crise en Europe. L'Espagne a obtenu des autres membres de la zone euro pour 2012 un assouplissement de son objectif de déficit public, la Grèce va devoir à nouveau chercher de nouvelles mesures d'économies et le Portugal inquiète les marchés financiers.

La crise de la dette européenne est-elle finie comme l'a proclamé la semaine dernière le président français Nicolas Sarkozy, après l'organisation du défaut ordonné de la dette grecque la semaine dernière ? Rien n'est moins sûr.

Certes, le marché obligataire n'aura pas eu à souffrir du déclenchement des credit defaults swaps (CDS), ces contrats financiers servant de couverture contre le risque de défaut d'un émetteur de dette. "En lui donnant les informations utiles, et notamment la précision que l'exposition nette des établissements financiers aux CDS n'était que de 3,2 milliards de dollars, le marché est parvenu à faire face à cette éventualité qu'il redoutait tant il y a quelques mois encore", confirme Cyril Regnat, stratégiste taux chez Natixis, tout en rappelant que "la réaction du marché a été, il est vrai, atténuée par la politique de la Banque centrale européenne (BCE), qui a mis à disposition des banques autant de cash qu'elles le souhaitaient."

Pour Bruxelles, il manquera 5,5% du PIB dans les caisses de l'Etat grec

De là en conclure que le cas grec restera une exception et que le risque de contagion est définitivement écarté s'avère prématuré. Ainsi mardi la Commission a prévenu dans un rapport cité par Reuters qu'Athènes devra "prendre des mesures supplémentaires et significatives de réductions des dépenses devront être adoptées dans les mois à venir". Bruxelles estime ainsi qu'il manquera 5,5 % du PIB grec dans les caisses de l'Etat hellénique pour remplir les conditions fixées. « Les politiques actuelles ne seront pas suffisantes pour amener les comptes publics à ces objectifs », conclut le rapport. Mais le choix est cornélien, car pour remplir les objectifs, il faudra également que la Grèce dépasse 4 % de croissance annuelle à partir de 2015. La mission semble donc impossible.

Ensuite, sur le marché obligataire, le spread du Portugal (ou l'écart de taux entre l'emprunt portugais à dix ans et son équivalent allemand, le Bund) a suivi l'évolution du dossier grec. Et depuis le début de la semaine, les taux des emprunts portugais ont connu une légère remontée. « Le Portugal est vu comme le pays le plus fragile après la Grèce. Les intervenants considèrent qu'un deuxième plan d'aide sera nécessaire dans la mesure où un retour du Portugal sur les marchés obligataires apparaît peu probable avant la fin 2013 », juge Cyril Regnat.

Un retour de Lisbonne sur les marchés financiers improbable en 2013

« Au regard des rendements, le marché semble considérer qu'acheter un titre portugais équivaut à acheter un nouveau titre grec. Un jugement peut-être un peu sévère : car si deuxième plan d'aide il y a, son montant devrait rester limité, de l'ordre de 25 à 30 milliards d'euros. En outre, l'endettement portugais n'est pas aussi élevé que celui de la Grèce», explique l'analyste de Natixis.

Depuis la fin du mois de février, plusieurs grandes banques comme Goldman Sachs, Citi ou BBVA ont averti elles aussi qu'elles jugeaient improbable un retour de l'Etat portugais sur les marchés en 2013 pour se financer, comme il était prévu dans la première mouture du plan d'aide euro-FMI. Ce qui se traduira par un nouveau plan d'aide pour couvrir ses besoins jusqu'à 2015, estimé de 30 à 50 milliards d'euros par les experts de Goldman Sachs.

"Le programme est en bonne voie, mais les défis demeurent"

Comme dans le cas de l'Espagne, la capacité de Lisbonne à tenir son objectif de déficit public sera donc scrutée par les marchés et les bailleurs de fonds. Ainsi, le dernier rapport de la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne (BCE) et Fonds monétaire international (FMI)), établi à la fin du mois de février, le soulignait : "Le programme est en bonne voie, mais les défis demeurent." Ce qui se traduit par le fait que Lisbonne ne devrait pas avoir de difficultés majeures à obtenir le feu vert des ministres des Finances européens et du FMI pour recevoir en avril une nouvelle tranche de 14,9 milliards d'euros - 9,7 milliards de l'Europe et 5,2 milliards du FMI - pour faire face à ses engagements. Le Portugal bénéficie d'un plan d'aide d'un montant total de 78 milliards d'euros.

En outre, contrairement à l'Espagne, l'objectif de déficit public pour 2012, fixé dans le cadre de l'aide à 4,5% du PIB, est jugé "atteignable" par Bruxelles et l'institution de Washington. Il est vrai que Lisbonne est arrivé à tenir son objectif de déficit public en 2011, à 5,9% du PIB. Les nouvelles mesures d'austérité - équivalentes à 0,6% du PIB - appliquées sous la férule du nouveau Premier ministre Pedro Passos Coelho ont donc porté leurs fruits.

Une opération de transfert

Mais pas seulement. D'abord le gouvernement a eu recours à une opération comptable qui lui a permis d'améliorer ses comptes de quelque 2 milliards d'euros. Il a en effet transféré le montant des fonds des pensions des banques vers le budget de la sécurité sociale. Sans cette mesure, le déficit public se serait en réalité élevé à 7,8% du PIB, soit 2,1 points au-dessus de l'objectif !

Par ailleurs, la détente des taux portugais observée au mois de février, de 17% à 12%, est davantage à mettre au compte de la Banque centrale européenne (BCE) qu'à la seule austérité. La conviction des marchés est que sans les facilités de prêts accordés aux banques portugaises de la part de la BCE, l'écart de taux n'aurait pas diminué, rendant de plus en plus problématique un retour sur les marchés financiers et de plus en plus probable la nécessité d'une deuxième aide européenne, comme cela vient d'être le cas pour la Grèce.

Le PIB devrait se contracter de 3,3% en 2012

Car sur le front de l'économie, l'amélioration n'est pas pour demain. Outre le fait que Lisbonne ne pourra pas renouvelé son opération de transfert qui lui a permis de passer le cap en 2011, le pays est pris comme Athènes dans le cercle vicieux d'une austérité qui aggrave l'activité économique qui en retour nécessite de nouvelles mesures de rigueur... Selon les dernières estimations de la Commission européenne, le PIB portugais devrait se contracter de 3,3% en 2012, après une récession de 1,5% en 2011.

"Tout le monde est conscient que le Portugal est le prochain test. L'Europe doit "sauver" le Portugal, car c'est un pays méritant, sous peine de perdre toute crédibilité. Les institutions européennes ont absolument besoin d'être crédibles et que l'Europe, principalement la BCE, mettra tout l'argent qu'il faudra pour le Portugal", assure pour sa part Maurice de Boisséson, chez Octo Finances.
 

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