Mario Draghi : la BCE a fait son travail

La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu inchangé son taux directeur ce jeudi. Son président Mario Draghi a défendu les mesures exceptionnelles prises au cours des derniers mois, qui ont permis un progrès considérable. La balle est maintenant dans le camp des gouvernements et des banques.
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La BCE a fait son job. Du moins pour le moment. Son conseil des gouverneurs, qui se réunissait ce jeudi 8 mars, n?a pas décidé de modifier la politique monétaire de la zone euro. Comme attendu, le taux de refinancement a été maintenu à 1% et l?institution n?a pas annoncé de nouvelles opérations à long terme. Et pourtant, elle a revu à la baisse son scénario économique. Alors qu?elle espérait encore une croissance en zone euro comprise entre -0,4% et +1% sur 2012 et entre +0,3% et +2,3% en 2013, Mario Draghi, son président, l?attend désormais entre -0,5% et +0,3% cette année. Puis entre 0 et +2,2% l?an prochain.

Mais les économistes ne semblent pas s?alarmer outre mesure de ces nouvelles prévisions. « La révision reste modeste », indique Jean-Louis Mourier, chez Aurel-BGC. Surtout, elle s?accompagne d?un ton général qui apparaît plus confiant, selon l?équipe de BNP Paribas. Mario Draghi a notamment évoqué des « signes de stabilisation » de l?économie européenne depuis le début du mois de février et espère une reprise très graduelle cette année.

Des opérations de liquidités au "succès incontestable"

Les risques pesant sur la croissance ? Ils sont moins nombreux à être cités : BNP Paribas note ainsi que la possibilité de développements contraires dans l?économie mondiale a disparu du discours, de même que les pressions protectionnistes ou encore une correction désordonnée des déséquilibres mondiaux. Restent les tensions sur le marché des dettes souveraines, qui pourraient encore avoir des effets sur l?économie. Mais, la BCE y travaille depuis plusieurs mois maintenant, souligne Jean-Louis Mourier.

La BCE a procédé à deux opérations de refinancement à trois ans qui ont permis d?octroyer aux banques 489 milliards d?euros en décembre, puis 529,5 milliards d?euros fin février. Des opérations au « succès incontestable » que Mario Draghi a tenu à défendre, rejetant les critiques sur l'envolée du bilan de la BCE. Les marchés financiers se sont rouverts, y compris le marché interbancaire, même si pour l?heure ce n?est qu?à court terme et dans la limite des frontières nationales. « Nous avons vu beaucoup de signes d?un retour à la confiance. Nous constatons la présence des fonds monétaires, qui avaient été les premiers à partir ». Pour le banquier central, des progrès considérables ont été réalisés depuis le mois de novembre. Bref, les opérations à long terme auront eu « un effet puissant pour dissiper les risques extrêmes ».

La balle est dans le camp des gouvernements

« La balle est dans le camp des gouvernements et des autres acteurs, et notamment les banques », estime Mario Draghi. Les opérations de liquidités ne peuvent suffire. Elles ne peuvent remplacer les réformes structurelles mises en place par les gouvernements, ni les mesures prises par les banques pour assainir leur bilan de façon à être en mesure de soutenir la reprise économique. « Les banques doivent augmenter leur résilience, y compris en conservant leurs profits ».

Pas de baisse des taux donc dans l?immédiat. D?autant que la BCE a revu à la hausse ses prévisions d?inflation, argumenteront certains. Pas de nouvelle opération de refinancement à long terme programmée à court terme. Pour l'équipe de BNP Paribas, le taux de refinancement devrait maintenant resté inchangé à 1%, à moins que les risques à la baisse pesant sur l'économie ne commencent à se matérialiser.

Pour Jean-Louis Mourier, la porte n'est pas fermé. La question du coût de crédit n'est toujours pas résolue. Mais il est urgent d'attendre. La banque centrale a constaté une modeste reprise du crédit depuis la première opération. Mais il est trop tôt. « Nous voulons constater les effets précis de ces opérations », a indiqué Mario Draghi.