Angela Merkel, une tsarine et ses généraux

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La chancelière de la puissante Allemagne aime afficher des postures intransigeantes. Mais, à y regarder de plus près, on observe qu'elle peut aussi lâcher du lest. Si cela ne compromet pas ses chances aux élections fédérales de septembre 2013.

Devinez qui a dit : « Ce qui m'intéresse, c'est de lutter contre un défaut que nous avons [...] : nous ne savons pas bien gérer les risques... Avoir le courage de faire un pas, dont on ne peut évaluer les conséquences, est une chose qui nous manque. » S'agit-il du patron d'une entreprise publique invitant ses troupes à aller de l'avant? De Nicolas Sarkozy dans sa période réformatrice? Ou d'un ministre irrité par le conservatisme de son administration? La réponse est trois fois « non ». L'auteur de cette ode à la prise de risque n'est autre que la chancelière allemande, dans un livre d'entretiens publié en 2005, autrement dit lors de son arrivée à la chancellerie fédérale.
Angela Merkel, que l'on ne cesse de dire hésitante ou d'une extrême prudence, aurait-elle changé en sept ans? Pas tant que cela. Le dernier Conseil européen, où François Hollande et quelques autres ont dû livrer bataille pour arriver ne serait-ce qu'à sauver les acquis de leur précédente rencontre en juin dernier, montre que la chancelière n'a jamais eu autant de culot qu'aujourd'hui.
Voyez le cas de l'Espagne. Angela Merkel a eu l'audace de soutenir qu'en rien les dettes passées des banques espagnoles ne devraient être couvertes par un fonds européen... mais qu'elle était prête à investir quelque argent une fois l'assainissement terminé.

Ses postures maximalistes initiales sont une constante de sa stratégie

En gros, cela revient à dire aux Ibères : gardez vos mauvaises créances pour quelques centaines de milliards et nous sommes prêts à recapitaliser les bilans conservant les bons actifs pour quelques milliards d'euros. Devant un tel montage, on pense forcément à la posture de ces financiers prédateurs en qui le social-démocrate Franz Müntefering voyait jadis des « sauterelles » faisant leur proie des entreprises en difficulté.
La ligne dure de Merkel est évidemment une position de négociation qui vise à limiter et non à empêcher la mutualisation des pertes espagnoles. Mais elle montre combien l'Allemagne est prête à pousser son avantage. Jusqu'à un certain point, Berlin profite de l'affaiblissement des pays du Sud pour imposer ces « réformes structurelles » qui, espère-t-elle, améliorent la compétitivité de l'ensemble du « Stan-dort » (site de production) Europe comme les réformes Schröder, poursuivies par Merkel, ont servi celle du « Standort Deutschland » dans les années 2000.
C'est une constante dans la stratégie d'Angela Merkel : adopter une position initiale osée et peu acceptable dans un premier temps, se laisser sous-estimer, dans un second, pour finalement laisser les autres venir à elle. C'est ainsi qu'elle est devenue chancelière à Berlin. C'est ainsi qu'elle s'est érigée en quelques années en tsarine européenne, faisant des autres membres du Conseil européen ses généraux. 27% des 80 milliards de capitaux « durs » du Mécanisme de stabilité européen (MES) pour accéder au trône, ce n'est pas si cher payé. La France est loin d'avoir su faire de ses 20% un tel levier de pouvoir.

L'unilatéralisme allemand commence à montrer ses limites

Cette domination est également frappante sur le terrain institutionnel où l'idée allemande d'une « contractualisation » de la politique économique - une idée déjà avancée par Berlin il y a deux ans - a encore progressé la semaine dernière. La Cour de justice de Luxembourg, qui avait été mise à la porte du traité budgétaire (sauf pour vérifier la validité de la transposition de la règle d'or) revient par la fenêtre puisqu'elle serait juge du respect dudit contrat. Cependant, l'unilatéralisme allemand, qui avait commencé à se manifester il y a deux ans à Deauville (quand Angela Merkel a commencé à imposer la restructuration de la dette grecque), n'est pas une fatalité. Il a même déjà commencé à montrer ses limites. Dans le dossier espagnol, c'est une question de bon sens. Il faudra composer et soulager Madrid d'une partie de la charge. Dans celui de l'union bancaire, autrement dit le transfert à la Banque centrale européenne (BCE) de l'autorité de surveillance des banques, Berlin a bel et bien dû céder. Certes, la chancelière a obtenu la semaine dernière que la supervision directe des banques publiques allemandes par la BCE ne soit pas effective avant les élections fédérales de septembre 2013, mais finalement elle a bel et bien dû en accepter le principe. C'est une concession considérable de la part de la République fédérale. Mais là encore, forte d'un sens tactique très sûr, elle continuait vendredi à parler de supervision « indirecte, via l'autorité nationale » pour certaines banques, quand les conclusions du conseil européen précisent bien « supervision directe ».Plus incertaines sont les conséquences qui seront tirées de l'inquiétant retournement conjoncturel. Malgré les critiques des milieux académiques, malgré les protestations de moins en moins discrètes du Fonds monétaire international (FMI), les dirigeants de l'euro zone continuent de faire semblant de croire que le surendettement actuel (le ratio dette/PIB de la zone euro dépasse désormais 90%) peut être surmonté uniquement par une politique de rigueur et de réformes structurelles.
Ils continuent de laisser croire qu'on peut appliquer un remède de long terme à une situation exceptionnelle. Ils font penser à une troupe de randonneurs au fond de la vallée en train de tirer des plans sur la comète pour gravir un « 8.000 » sans savoir comment ils vont franchir le torrent déchaîné qui coule à leurs pieds.
Pour rééquilibrer la donne, il faudrait que la France accepte d'ouvrir le dossier institutionnel en vue du « grand bargain » de l'après-élection allemande où les solutions de court terme (une probable nouvelle restructuration de la dette grecque, un éventuel assouplissement du rythme de désendettement, le début d'une politique de monétisation d'une partie des dettes - qui ne sera jamais présentée comme telle - seront négociées en même temps que les solutions de moyen terme.

la politique n'est-elle pas aussi une science « expérimentale »?

François Hollande a prudemment ouvert cette porte avec son concept d'« intégration solidaire ». Mais, si l'on voit bien en quoi pourraient consister ses éléments de « solidarité » (étalement des efforts de consolidation budgétaire pour tenir compte de la conjoncture, élargissement du champ de la mutualisation des coûts de la crise et du refinancement des dettes), on a plus de mal pour l'instant à matérialiser la composante « intégration ».En 2005, la chancelière, évoquant son passé de physicienne, avouait : « La physique expérimentale n'était pas mon fort. J'avais des difficultés en soudure. Et mes schémas de montage ne fonctionnaient pas en pratique. » La politique aussi est une science expérimentale. Pour que ses soudures fonctionnent « en pratique », la tsarine Merkel sait bien qu'elle doit savoir tirer les fruits de l'expérience des deux années passées et laisser une marge de man?uvre à ses généraux.

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Commentaires
a écrit le 04/11/2012 à 15:03 :
un ancien de 1418(coté est de l'alsace) a écrit le 04/11/2012 à 12:07 :

vous francais ^hetres jalouxes de l'allemagne

????????????
a écrit le 04/11/2012 à 13:56 :
Pendant ce temps, les extrémistes se frottent les mains...Leur heure se rapproche.
a écrit le 04/11/2012 à 12:07 :
vous francais ^hetres jalouxes de l'allemagne
a écrit le 04/11/2012 à 11:35 :
Angela Merkel a été élue par ses concitoyens pour défendre les intérêts des allemands dans un cadre européen et avec le souci de ne pas dépendre d'une personne, mais plutôt d'un système constitutionnel avec des contre-pouvoirs.
Vous ne voulez quand même pas qu'elle paye pour les dettes des grecs, des espagnols ou des français sans négocier...
Personnellement, en bossant 60 heures par semaine, je n'ai pas envie de payer pour les dettes de mon voisin qui s'achète une voiture à crédit et qui part au ski pendant que moi je paye mes impôts...Il est temps que les politiques des pays latins reviennent vers leurs électeurs pour leur dire la vérité sur leur laxisme et leur incompétence (ca va être dur...)...30 ans de dettes accumulées en France, résultat plus de marge de manoeuvre pour relancer ou soutenir l'économie, et nous sommes obligés aujourd'hui d'aller pleurer pour trouver des investisseurs ou des clients Qatari, russes, demain algériens ou chinois...(de vrais démocrates...) car sinon notre économie sera asséchée...une vraie indépendance...
Je ne suis pas attiré particulièrement par Hollande, et je suis assez désespéré quand je vois la clique de rigolo autour de lui...Montebourg l'aboyeur, Sapin qui a vendu la dette aux étrangers et qui vint nous dire que les 35 h sont la panacée, et j'évite de parler des Duflot ou Touraine...mais il faut reconnaitre qu'il est le 1er à s'attaquer frontalement au sujet de la dette....Sarkozy a eu 5 ans avec les pleins pouvoirs pour faire, et il n'a rien fait...
Alors, au moins Hollande bouge...en plus avec la croissance en berne, et les coups mis aux entreprises qui ne vont surement pas s'empresser d'investir en France, il y a des chances qu'il faille remettre le métier sur l'ouvrage dès fin 2013 pour commencer à réellement s'attaquer au sujet : la réduction du poids de la fonction publique dans le budget de la France...et la bonne nouvelle, c'est qu'Angela nous y aidera....sinon, c'est le marché qui s'en chargera...(pas la finance mondiale invisible qui complote...non,non, les investisseurs étrangers...les mêmes...qatari, russes, chinois...comme cela ils pourront se payer des pans entiers de notre économie à prix réduits...)
a écrit le 04/11/2012 à 9:42 :
N'importe quoi floppy, la BCE est aux mains de la Golmann Sachs via son super Mario, Comme l'Europe. On n'a même pas le droit de faire tourner la planche à billets contrairement aux USA qui garde le droit d'inflationner la planète. C'est une des raisons pour laquelle cela va aussi mal. Il faudrait un peu se mettre au courant.
Réponse de le 04/11/2012 à 10:05 :
Si, la BCE fait fonctionner la planche à billets, au cas où vous ne le sauriez pas. Les taux directeurs sont proches de 0, alors même que la BCE continue de se gaver de la dette des Etats sur le marché secondaire. Gare au retour de bâton !
Réponse de le 04/11/2012 à 11:06 :
mon commentaire était une vue d'un autre angle: merkel est uniquement une égoiste. Elle vendra son âme à celui qui lui permettra de garder son pouvoir. Draghi? elle sera son pote si ca lui apporte quelquechose. Communiste? pouquoi pas car elle connait le système. Je voulais uniquement rappeler une citation de l'oracle Marx. Si cela va se passer, je ne sais pas. Virez merkel en tout cas: elle ne va rien apporter à l europe, seulement retard, lenteur, egoisme.. enfumage de première.
a écrit le 04/11/2012 à 0:10 :
merkel a survécu l'allemagne de l'est. Elle va survivre bien l'allemagne actuelle (elle n'a pas d'enfants et ne pense pas pour les autres). Un sarkozy avec ses enfants m est tout a coup sympathique à coté de cette personne. Finalement, le système communiste va gagner car Marx avait prévu que le système capitaliste allait vendre son âme aux communistes. La BCE et autres aux mains de la communiste Merkel? Marx a certainement raison. Virez là aux prochaines élections (pas Steinbrueck: il se fait payer par les banques.. voir les histoires de ses revenus publiés en ce moment en allemagne).
a écrit le 03/11/2012 à 23:23 :
C'est une femme de fer . c'est en en effet le métal dont sont généralement fait les girouettes .
a écrit le 03/11/2012 à 14:12 :
Encore de quoi exciter l'esprit revenchard français. C'est ridicule.
L'Allemagne surendettée (80%) ne paraît "puissante" que par défaut de ses partenaires. La chancelière est prudente parce que l'équilibre économique de l'Allemagne est précaire.
Elle n'a rien d'une "tsarine". Elle a plutôt tendance à ménager ses arrières en cas de retournement de la conjoncture mondiale sur laquelle l'Allemagne a peu de prise.
L'Allemagne comptait sur la France parce que ces deux pays ensemble représentent 50% de l'Europe économique. Un redressement était possible sans la politique stupide des socialistes français qui fait plonger la France à vive allure, sans esquisser aucune réforme du marché du travail.
Mais bien sûr, un responsable politique qui ne veut pas que tout s'effondre doit aller de l'avant et prendre des risques. C'est ce qu'elle fait avec les faibles moyens de l'Allemagne par rapport à ce qu'aurait pu être une politique concertée avec la France.
Réponse de le 03/11/2012 à 14:51 :
un redressement etait encore possible sans la politique stupide des socialistes, par qui ce redressement aurait ete possible alors ? par l'ump qui a gouverné de 2002 à 2012 et qui a conduit le pays dans cet etat ??? les socialistes sont justement en train de faire ce que Sarkozy n' a pas fait; Redressement des comptes public, reforme du marché du travail par la negociation, et pacte de competitivité, c'est ce qu'est en train de faire Hollande.
Réponse de le 03/11/2012 à 20:08 :
@danub . les socialistes redressant..... ??? vous plaisantez j'espère. Ils rendent exsangues les entreprises, torpillent les salariés, négociation??? encore un bobard socialo, pacte de compétitivité?? gag?? vous êtes vous et vos camarades en train de ruiner les salariés et les PME, les grandes entreprises ont déjà déserté. Augmentation, cotisations retraites pour les salariés et les retraités, aug. du forfait social, augmentation de l'IR, augmentations de nombreuses taxes, de l'EDF, du gaz, Hollande assassine les ouvriers, les employés, les PME par contre le CAC40 avec ses représentants socialistes de chez Aventis, Pernod, Cag gemini eux pas de souci de même que Fabius, Cahuzac et son petit appart de 300 m2 dans le 16 e arriondisement de Paris à 5 MILLIONS d'euro. Vous en êtes, non vous êtes un petit salarié et encore...ridicule
a écrit le 03/11/2012 à 11:19 :
c'etait quand la periode reformatrice de Sarkozy ? Ou quelles sont les grandes reformes sous l'ere sarkozy ?
Réponse de le 03/11/2012 à 14:25 :
de réformes. Un populiste a suivi l'autre. Nous sommes dans la continuité. Un pacte faustien de stabilité française....entrecoupé de réformettes craintives. et hâtives.

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