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ÉconomieInternational

La "China Inc." se prépare à un changement de direction générale

Robert Jules

Publié le 07 novembre 2012 à 10:35 - Mis à jour le 07 novembre 2012 à 10:47

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« Il faut que tout change pour que rien ne change. » Cette fameuse réplique du Guépard s'appliquera-t-elle, une fois encore, à la Chine communiste ? Devenue une sorte de « China Inc. », elle s'apprête à installer une nouvelle direction générale avec l'ouverture ce jeudi 8 de son congrés...

Ce 8 novembre commence à Pékin la grand-messe du XVIIIe Congrès quinquennal qui va installer une nouvelle génération de leaders à la tête du Parti communiste chinois (PCC) pour diriger le pays, deuxième puissance économique du monde. Hu Jintao, président de la République populaire et secrétaire général du PCC, et Wen Jiabao, Premier ministre et membre du Comité permanent du bureau politique, devraient céder respectivement leurs places à Xi Jinping, actuel vice-président, et à Li Keqiang, vice-Premier ministre.

À cette occasion va être renouvelée la composition du Comité central, qui désignera les sept membres du bureau politique permanent, véritable instance du pouvoir chinois. Cette direction collégiale, qui concentre les différentes composantes et forces du pouvoir, a été voulue par Deng Xiaoping, artisan de l'ouverture et du développement de l'économie du pays, qui souhaitait éviter le «culte de la personnalité» du président Mao et ses dérives tyranniques qui ont conduit notamment aux millions de morts de faim du «grand bond en avant».

La haute hiérarchie éclaboussée par plusieurs scandales d'argent

Vu d'Occident, ce pouvoir mis en scène par un rituel quasi immuable, où les membres du Politburo ressemblent aux interchangeables agents Smith du film Matrix - costume noir, cravate rouge, cheveux impeccablement gominés -, a toutefois montré un autre visage cette année. Ainsi, la semaine dernière, une enquête du New York Times révèlait que Wen Jiabao, loin de l'image d'Epinal de modestie qu'il a entretenue durant des années, aurait - et ses proches avec lui -, accumulé une fortune personnelle de 2,7 milliards de dollars, répartis dans différents pays. En juin, une enquête réalisée par l'agence Bloomberg évaluait à quelque 300 millions de dollars la fortune du futur président, Xi Jinping, et de sa famille, sous la forme d'investissements dans les secteurs de la téléphonie mobile, du foncier, de l'immobilier ou encore dans les mines.

Mais c'est évidemment l'affaire Bo Xilai qui a ébranlé l'édifice du parti. Ce «prince rouge», fils d'un compagnon de Mao, qui avait fait de la ville de Chongqing un laboratoire pour le pays en termes de lutte contre la corruption et de développement économique, à grand renfort de slogans idéologiques revivifiant une sorte de néo-maoïsme, était promis à un avenir radieux en occupant les premiers postes du pouvoir.

Sa chute, ainsi que celle de son clan, a non seulement montré que sous le folklore des chants patriotiques s'exerçait un pouvoir violent mais aussi révélé combien la lutte faisait rage au sommet du PCC, avec pour principal enjeu l'argent sous la forme d'une corruption d'autant plus vertigineuse qu'elle est liée au formidable développement économique du pays.
La volonté de contrôler cette manne générée par l'économie est de nature à accentuer cette «vendetta au sommet», comme la caractérise l'historien et sinologue français François Godement, dans un ouvrage richement informé : "Que veut la Chine?" (éditions Odile Jacob, 283 pages, 22,90 euros).

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On trouve des milliardaires au comité central du parti communiste chinois...

À propos de l'affaire Bo Xilai, ce spécialiste rappelle que l'un de ses prédécesseurs à la tête de Chongqing n'est autre que l'actuel chef de la redoutée Commission d'inspection et de discipline du parti, He Guoqiang. Celui-ci aurait fait arrêter Wang Yi, l'ancien secrétaire particulier du propre père de Bo Xilai. Wang, devenu vice-président d'une banque d'investissement publique, aurait eu un conflit d'intérêts dans une grande entreprise pharmaceutique. Arrêté en 2009, il a échappé de peu à la peine de mort et a été condamné à la prison à perpétuité. Cet épisode aurait déclenché la vague de répression à Chongqing contre les proches de He Guoqiang.

Cet épisode montre combien en l'absence de contre-pouvoir, le parti communiste a de la peine à se réformer et se démocratiser. Ses quelque 83 millions de membres - sur une population de 1,3 milliard de Chinois - bénéficient d'avantages matériels qu'ils n'entendent pas partager. À quelques rares exceptions près, en sont membres tous ces milliardaires et les millionnaires qui ont fait fortune grâce à la dynamique de «l'atelier du monde». Certains ont même intégré le Comité central. Cela illustre jusqu'à la caricature les inégalités croissantes du pays avec cette concentration économico-politique de l'ensemble des leaders et des entrepreneurs.

Même lorsque les autorités, au plus haut niveau, soulignent à de nombreuses occasions la nécessité de réformer un tel système pour éviter de mettre en danger la cohésion de la société chinoise, cela reste lettre morte. Combien de fois n'a-t-on vu ces dernières années les appels à la démocratisation du régime être censurés par les médias locaux? Même lorsqu'ils étaient lancés par le Premier ministre, Wen Jiabao.

C'est ce qui fait dire à François Godement que la décennie Hu Jintao (2002-2012) est «une décennie perdue pour la réforme politique», alors même que lui «et ses proches incarnaient au départ une option plus proche de l'ancien camp de la réforme», car «par leur expérience personnelle, dans la Chine de l'Ouest, ils avaient identifié la fracture sociale qui s'élargissait avec la paysannerie chinoise, les migrants et les régions de l'intérieur». Cet échec est à mettre au compte du «succès d'un mode de production». En effet, avec une économie qui croît à un rythme annuel de 10%, la Chine «a changé d'échelle», avec des déséquilibres de plus en plus accentués: «migrations immenses, épargne forcée par l'absence de protection sociale ou de sécurité financière, croissance et exportations record avec une structure toujours plus inégalitaire, extraversion vers le dollar et des investissements internationaux dispendieux.»

La nécessité de rééquilibrer l'économie vers plus de consommation intérieure

Face à cet emballement, et instruites par la crise financière de 2008 qu'un modèle économique trop dépendant des exportations est fragile, les autorités chinoises ont déjà intégré dans le plan quinquennal (2011-2015) la nécessité de rééquilibrer leur croissance des exportations et des investissements dans les infrastructures vers la consommation intérieure. Mais cela implique de profondes réformes structurelles comme la mise en place d'un système de protection sociale de qualité pour tous.

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La nouvelle oligarchie qui va s'installer dans les prochains jours au pouvoir à Pékin saura-t-elle engager les nécessaires réformes politiques liées au développement d'une économie moins exubérante mais plus stable? «Alors que les conservateurs peuvent mobiliser le nationalisme, les réformateurs ont besoin, y compris pour résister à ce chantage intérieur, d'un environnement international pacifique pour faire avancer leur cause», souligne François Godement, concluant toutefois: «Ce choix est chinois. L'Occident diminué a perdu ses illusions de changer la Chine. C'est celle-ci qui retrouve aujourd'hui, à la faveur d'une succession politique moins routinière que prévu, un débat salutaire sur son avenir.»

Robert Jules

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