Mark Carney, un Canadien au service de Sa Majesté

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Connu et reconnu pour avoir fait avancer la régulation financière, Mark Carney, qui a travaillé 13 ans chez Goldman Sachs au début de sa carrière, a tenu tête à quelques uns des dirigeants les plus influents du secteur bancaire en tant que Président du Conseil de stabilité financière (FSB).

A la surprise générale, c'est l'actuel gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, qui a été choisi par le gouvernement britannique pour succéder à Mervyn King à la tête de la Banque d'Angleterre en juillet 2013. Après avoir longtemps nié être intéressé par le poste, cet "étranger" qui n'en est pas vraiment un -le Canada fait partie du Commonwealth et Mark Carney est marié à une Britannique- a posé ses conditions. Il servira la vieille dame de Threadneedle Street seulement cinq ans alors que la durée normale du mandat de gouverneur est de 8 ans (non renouvelable). Quant à sa rémunération, elle sera significativement revue à la hausse. Mark Carney touchera 480.000 livres par an alors que son prédécesseur Mervyn King est actuellement payé 305.000 livres par an, explique le Financial Times.

Un artisan de la régulation post crise financière

Connu et reconnu pour avoir fait avancer la régulation, Mark Carney, qui a travaillé 13 ans chez Goldman Sachs au début de sa carrière, a tenu tête à quelques uns des dirigeants les plus influents du secteur bancaire en tant que Président du Conseil de stabilité financière (FSB). Tous les banquiers se souviennent du face-à-face avec le patron de la banque américaine JPMorgan Jamie Dimon l'année dernière. Ce dernier avait qualifié d'"histoire à dormir debout" les règles obligeant les banques à renforcer leur bilan, a rapporté l'un des participants d'une réunion à huis-clos. Mark Carney aurait répondu à Jamie Dimon que les règles visées constituaient une réponse "raisonnable" à la crise, avant de quitter la réunion visiblement en colère.Le mois dernier encore, il a qualifié de "fantaisistes" les appels à un assouplissement ou à un report de l'application des règles de solvabilité bancaire dites de Bâle III. 

Des pouvoirs accrus

La Banque d'Angleterre héritant l'an prochain de nouveaux pouvoirs de régulation financière en plus de ses prérogatives en matière de politique monétaire, il aura encore plus de poids lorsqu'il plaidera en faveur de la transformation du secteur bancaire. Mark Carney ne semble pas pour autant vouloir contraindre les banques à séparer complètement leurs activités de banque de détail de celles de banque d'investissement, comme le propose la FSA, l'autorité des marchés financiers britanniques. Chacune des six principales banques de dépôt canadiennes possède en effet une importante filiale de banque d'investissement et Mark Carney n'a jamais remis en cause ce modèle.

Un profil pragamatique

En matière de politique monétaire, le futur gouverneur de la BoE a plus un profil pragmatique qu'un profil de faucon. La Banque du Canada (BoC) a été cette année la seule banque centrale d'un pays du G7 à évoquer la possibilité de relever ses taux d'intérêt. Le mois dernier, elle a infléchi son discours, jugeant "moins imminente" une nouvelle remontée des taux alors que le taux de base reste à 1% depuis maintenant plus de deux ans. Elle avait déjà été la première du groupe à durcir sa politique après la crise financière en augmentant son principal taux d'intérêt à trois reprises en 2010.

A la différence de la Banque d'Angleterre, la Banque du Canada n'a engagé aucune mesure d'assouplissement quantitatif, mais cela tient en grande partie au fait que l'économie canadienne n'a jamais été dans une situation suffisamment préoccupante pour le justifier. «M. Carney est tout simplement la meilleure personne et la plus expérimentée du monde pour devenir le prochain gouverneur de la Banque d'Angleterre, a indiqué le chancelier de l'échiquier, George Osborne. Il apportera les perspectives nouvelles dont nous avons besoin.».

Nommé à la tête de la banque centrale canadienne en 2008

Diplômé en économie de l'Université Harvard, titulaire d'un doctorat de celle d'Oxford sur "l'avantage dynamique de la concurrence", Mark Carney, qui est totalement bilingue, a travaillé dans les grandes capitales financières pour la banque d'affaires Goldman Sachs avant de rejoindre la fonction publique en 2003. Né à Fort Smith dans les Territoires du Nord-Ouest, marié et père de quatre filles, Mark Carney est rapidement devenu sous-gouverneur de la banque centrale, puis vice-ministre des Finances du gouvernement fédéral.

En février 2008, à l'âge de 42 ans, il est nommé à la tête de la banque centrale canadienne, au moment où l'économie du voisin américain commence à sentir les effets de la crise des "subprimes", ces prêts hypothécaires à risque. Il surprend en abaissant alors le taux directeur, avant d'être couvert de lauriers par la presse financière pour avoir permis au Canada de traverser la crise sans trop de dommages grâce à l'injection mesurée de liquidités dans l'économie.

Changement de lieu, changement de culture

"Mark a été un très bon gouverneur de la Banque du Canada", a loué le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty. "Son départ va se faire ressentir". Changement de lieu, changement de culture : Mark Carney, connu pour son pragmatisme et ses manières directes, devra vaincre les raideurs de la "Old Lady" de Threadneedle Street. "Quand il a une question, il ne passe pas par la hiérarchie, explique un analyste. Au contraire, il va se pointer directement dans le bureau de l'analyste qui a travaillé sur le sujet pour avoir les réponses".

Des frictions en vue au niveau européen ?

Sans dévoiler ses intentions, le gouverneur a souligné lundi qu'il était "très important pour l'économie mondiale que le Royaume-Uni aille bien, qu'il parvienne à rééquilibrer son économie et que la réforme du système financier britannique soit menée à son terme". Au niveau européen, son arrivée devrait faire grincer des dents, avertit un banquier: "il a toujours été contre une taxe sur les transactions financières et il faut s'attendre à des frictions" avec certains membres de l'Union européenne.

 

Voir la conférence de presse de Mark Carney à la Banque du Canada (en anglais et en français)

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