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ÉconomieInternational

Les trois défis du nouveau Premier ministre égyptien Hazem el-Beblaoui

Marina Torre

Publié le 10 juillet 2013 à 13:10

Le Quotidien Numérique

04 juillet 2026

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Calmer la rue, concilier des tendances politiques antagonistes, et répondre à l'urgence financière... l'été sera chaud pour l'économiste nommé chef du gouvernement en Egypte.

Il doit réussir là où le précédent gouvernement de transition et celui de Mohammed Morsi ont échoué depuis deux ans. Hazem el-Beblawi, 76 ans, nommé Premier ministre en Egypte par intérim le 9 juillet se trouve confronté à un triple défi. Ramener le calme d'abord, alors que les Frères musulmans ont appelé au soulèvement et qu'avec leurs opposants, ils se rejettent la responsabilité des affrontements de la caserne de la Garde républicaine qui a fait 51 morts le 8 juillet. Mais il doit également tenter de trouver un consensus politique et résoudre des urgences économiques.

  • Eviter l'escalade de la violence

La première urgence est sécuritaire. Malgré le Ramadan, les manifestations publiques ne faiblissent pas. Les soutiens du président déchu, Mohammed Morsi, ont annoncé ce mercredi qu'ils défileraient le lendemain à midi, en mémoire des 51 personnes mortes lors des affrontements du 8 juillet devant la caserne où l'ancien chef de l'Etat aurait été retenu. Toujours à la suite de ces événements, le parquet égyptien a ordonné l'arrestation de Mohamed Badie, l'un des chefs de file des Frères musulmans pour incitation à la violence.

De son côté, le parti Liberté et Justice, façade politique des Frères musulmans - dont faisait parti l'ancien président, a appelé au "soulèvement contre ceux qui sont en train de voler la révolution avec des chars".

Faut-il pour autant redouter une guerre civile, comme en Syrie? Si certains experts le craignent, d'autres se montrent plus prudents. C'est le cas notamment de Joel Beinin, spécialiste du Moyen-Orient à l'université de Stanford et co-auteur de "Mouvements sociaux, mobilisation, et contestation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord" (2011, Stanford university press). " Il y a beaucoup moins de divisions sectaires en Egypte qu'en Syrie, même si des heurts ont pu se produire entre musulmans et coptes par exemple. Mais si le peuple n'est pas aussi divisé, cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas à nouveau de terribles violences", pointe-t-il. Une analyse partagée par Jane Kinninmont, spécialiste du Moyen Orient à l'institut des relations internationales de Chatham House.

>> Egypte: "Une situation similaire à celle de la Syrie apparaît peu probable"

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  • Trouver un consensus politique

Deuxième défi : la formation d'un gouvernement de coalition. Sur point, le nouveau chef du gouvernement risque de se heurter à une impasse. Car si le rejet des Frères musulmans et de Mohammed Morsi rassemblait largement, la suite à donner au soulèvement suppose de concilier des visions diamétralement opposées. "Entre le jeune libéral qui surfe sur internet qui a étudié aux Etats-Unis et le salafiste venant de la campagne, envisager un compromis n'est pas évident", jugeait déjà Sophie Pommier, spécialiste de l'Egypte et chargée de cours à Science-Po Paris, interviewée le 2 juillet.

Signe de ces désaccords profonds : la nomination même du nouveau Premier ministre s'est révélée bien difficile. Plusieurs noms, dont celui de Mohammed el-Baradei, choisit finalement pour occuper la vice-présidence, ont circulé. Mais le prix Nobel de la Paix et ancien patron de l'AEIA, pourtant candidat d'une partie de l'opposition laïque n'avait pas les faveurs d'un autre parti anti-Morsi, el Nour, qui rassemble des salafistes.

Les désaccords portent d'ailleurs sur les principes mêmes de la transition, formulés par le président par intérim Adli Mansour. Le parti laïque Front de salut national (FSN), dont est membre Mohammed el-Baradei a d'abord rejeté son décret constitutionnel avant de retirer son communiqué en ce sens tout en maintenant que certaines dispositions restaient rejetées.
Quant aux Frères musulmans, en clairement opposés au régime de transition, ils l'ont aussi rejeté, tout comme al Nour.

Difficile dans ces conditions de former un gouvernement par intérim où toutes les forces seraient représentées. Or, le manque d'ouverture politique était justement reproché à Mohammed Morsi. Ce dernier "a promis qu'il serait le président de toute l'Egypte, qu'il incluerait des représentants de chaque courant d'opposition dans son gouvernement, mais ce n'est pas arrivé. Ce sont les Frères musulmans qui ont eu les postes clés", rappelle Joel Beinin.

  • Répondre à l'urgence économique

Enfin, et il ne s'agit pas du moindre problème, Le Caire reste confronté à une crise économique majeure. La situation politique plombe encore davantage un secteur touristique déjà ébranlé par la révolution de 2011, et les outils de productions sont eux aussi affectés. Alors que dans le même temps, le premier importateur de blé au monde continuait de voir ses déficits commerciaux se creuser. Résultat : les réserves de changes égyptiennes ne dépassaient pas 14 milliards de dollars au mois de juin selon la Banque centrale égyptienne, un niveau suffisant pour "tenir" seulement trois mois.

>> En Egypte, la vraie bombe à retardement c'est l'économie

A cet égard, la nomination de Hazem el-Beblawi n'a rien d'anodin. "Le fait qu'il soit économiste est bien le signe que l'un des principaux problèmes qu'affronte l'Egypte est économique", juge d'ailleurs Joel Beinin, dont les travaux ont notamment porté sur la situation des ouvriers égyptiens.

L'ex ministre des Finances égyptien, formé notamment sur les bancs de la Sorbonne, et ancien membre de l'Onu possède sur le papier l'expérience requise pour s'attaquer à de telles questions. Il a non seulement enseigné l'économie mais aussi travaillé pour la Banque industrielle du Koweït et dirigé un fonds de soutien aux exportations égyptiennes. Il peut en outre déjà compter sur le soutien de l'Arabie Saoudite et des Emirats arabes unis qui ont débloqué 8 milliards de dollars afin de venir en aide à l'Egypte.

Pour l'heure, l'aide de 4,8 milliards de dollars qui étaient en cours de négociation avec le Fonds monétaire international reste en suspens. L'organisme exige des contreparties - réductions de subventions et hausses de taxes - qui risquent une fois de plus de déplaire à la rue. "Les mesures d'austérité imposées en contrepartie seront d'autant plus difficile à mettre en place qu'il n'aura pas la légitimité pour les imposer puisqu'il n'a pas été élu ", fait observer Joel Beinin.

La justification même de ces mesures visant par exemple à réduire les subventions au carburant et à l'alimentation sont d'ailleurs controversées. "Tous les économistes savent que les subventions, en particulier au carburant, doivent être révisées de toute urgence", juge ainsi la géopolitologue britannique Jane Kinninmont, notamment parce qu'elles finiraient en grande partie "dans les poches des trafiquants de pétrole et de blé". Mais, sur place, cet avis ne fait pas forcément l'unanimité.

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Ninette Fahmi, professeure de politique comparée à l'université américaine du Caire, ne les juge "pas forcément nécessaires". Elle ajoute : "leur mise en pourrait intervenir plus tard, après une importante période de stabilité. Il faudra pour cela une l'ouverture politique et de la transparence concernant les plans poursuivis par le gouvernement". Autrement dit, le vrai défi d'Hazem el-Beblawi consisterait surtout à "tenir" jusqu'aux élections.

Marina Torre

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