La Fed va-t-elle ou non fermer le robinet?

Romain Renier

Romain Renier
"Fermera ou fermera pas (le robinet à liquidités)?" C'est la question qui trotte dans la tête des investisseurs à l'approche du 18 décembre, date de la prochaine réunion de la Federal Reserve, la banque centrale américaine. Et comme à chaque chaque fois avant une telle échéance depuis que la Fed a mis en place son programme de rachat d'actifs illimité dans le temps appelé QE3, tous scrutent à la loupe les dernières statistiques de l'économie américaine pour savoir si elle le ralentira. C'est le fameux "tapering" (tap pour robinet).
Les objectifs de la Fed son simples : une inflation à 2% et surtout, le plein emploi. Le problème, c'est que les chiffres peuvent donner lieu à une multitude d'interprétations. En témoigne la très bonne croissance enregistrée au troisième trimestre qui masque une réalité bien plus contrastée qu'on ne pourrait le croire.
Pour les chiffres de l'emploi du mois de novembre, comme pour celui de l'inflation, c'est la même chose. De fait, le taux de chômage a baissé de 0,3 point et est retombé à 7% en novembre, mois lors duquel pas moins de 203.000 emplois ont été créés par la machine économique américaine.
C'est mieux que ce que les économistes attendaient. "Depuis le début du programme QE3, on devrait arriver à 3 millions d'emplois créés", constate même Christophe Barraud, chef économiste chez Market Securities. Selon le jeune économiste, le fameux "tapering" qui inquiète les marchés devrait intervenir dés le mois de décembre, ou en janvier au plus tard.
Pour lui, la seule chance pour que cela n'arrive point serait que les républicains et les démocrates n'arrivent pas s'entendre sur le budget 2014 et qu'un nouveau shutdown soit provoqué d'ici au 15 janvier prochain.
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Quant à l'inflation sous jacente (désaisonnalisée et qui exclut les prix très volatils, notamment) qui à 1,1% en rythme annuel en novembre est en dessous des 2% visés par la banque centrale américaine, cela ne l'inquiète pas. "On est en ligne avec les dernières prévisions qu'elle a fixé en septembre", explique-t-il.
Des arguments qui ne convainquent pas Alexandra Estiot, de BNP Paribas, qui considère pour sa part que la banque centrale américaine ne réduira pas ses rachats d'actifs avant le mois de mars. Elle est, de ce point de vue, davantage en ligne avec le consensus.
Mais pour elle, décider maintenant de ralentir le rythme reviendrait à plonger les marchés dans une confusion fatale qui provoquerait immédiatement une hausse incontrôlée des taux longs.
De fait, selon elle, l'économie américaine ne se porte pas mieux qu'en septembre, lorsque la Fed avait déjoué tous les pronostics en prolongeant son action sur les marchés.
Ainsi, le taux d'activité, qui mesure le nombre de personnes qui travaillent par rapport à la force de travail totale disponible est de 63%, son plus bas niveau depuis 1977. Ce alors même que l'effet des départs en retraite des baby boomers est en partie corrigé par un retour à l'emploi d'une partie des 60/65 ans. Finalement, si le taux de chômage est bon, il cacherait en réalité la sortie massive des listes par les demandeurs découragés.
Qui a tort, qui a raison ? La Fed donnera sa réponse et les explications dans moins de deux semaines.
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