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ÉconomieInternational

La Fed fête ses cent ans à faire et défaire les crises économiques

Photo de Romain Renier

Romain Renier

Publié le 23 décembre 2013 à 06:06 - Mis à jour le 23 décembre 2013 à 16:19

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La Fed est en ce 23 décembre centenaire. Créée pour mettre fin aux paniques bancaires, la vénérable institution a rempli son rôle en 2008 après la chute de Lehman Brothers. Malgré ce siècle d'expériences, sa politique d’intervention fait l'objet de nombreuses critiques lui reprochant d'avoir favorisé certaines crises par le passé.

Le 23 décembre 1913, le Congrès américain votait le Federal Reserve Act, qui instituait la banque centrale américaine, la Fed, à la suite de la crise financière de 1907. Sa première mission : garantir de la liquidité aux banques pour éviter les paniques en cas de faillite de l'une d'entre elles. Rôle qu'elle tient toujours aujourd'hui.

Mettre fin à l'instabilité de l'ère du "Free banking"

Jusque là, et ce depuis 1836, les États-Unis vivaient sans banque centrale. La création monétaire était alors assurée par les banques au niveau des États fédérés, et le prix du crédit était déterminé par les lois du marché, c'est-à-dire grâce à la concurrence que se faisaient les banques entre elles. C'est l'ère du "Free banking".

Mais le système était très instable et la moindre faillite d'une banque trop imprudente (la durée de vie moyenne d'une banque était alors de cinq ans) causait immanquablement une panique. C'est à la suite de la crise de trop, en 1907, que les dirigeants américains, dont le président d'alors Woodrow Wilson, se sont interrogés sur la nécessité de créer un prêteur en dernier ressort.

L'idée n'avait pas la cote à l'époque. Ainsi, le démocrate Andrew Jackson avait mis fin en 1836 aux premières expériences d'une banque centrale aux États-Unis car il considérait qu'elle favorisait la corruption dans le système financier. Quant aux républicains, ils étaient opposés par nature à toute institution régulatrice et centralisée.

D'un simple outil de stabilisation à une machine à créer de l'emploi

C'est finalement grâce à l'acharnement du sénateur Nelson Aldrich, un républicain impressionné par les avantages que procuraient les banques centrales anglaise et allemande aux entreprises et pour le commerce en général, que le Congrès finit par voter la création d'une Réserve fédérale au statut de droit privé, prêteur en dernier ressort pour les banques, mais qui ne pourrait pas financer directement l'État.

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Cent ans plus tard, son rôle a évolué avec un triple mandat visant la stabilité des prix, le plein emploi et des taux d'intérêts à long terme peu élevés afin de garantir de la liquidité à un prix abordable. Une orientation qui avait été notamment initiée sous la présidence de Franklin Roosevelt influencé par l'économiste John Maynard Keynes durant les années 1930. Mais qui a été actée dans les années 1970 par le Congrès.

Ce rôle de pilote est plus que jamais à l'ordre du jour, comme le montre combien la finance mondiale retient son souffle à chaque réunion de l'institution, à l'exemple de sa sortie programmée de son troisième plan inédit de Quantitative Easing grâce auquel le président sortant de la Fed Ben Bernanke a permis d'éviter l'effondrement du système financier après la chute de Lehman Brothers en 2008.

Un accélérateur de crise ?

Ce statut de sauveur de l'économie mondiale ne l'empêche toutefois pas d'essuyer les critiques. Ainsi fut-elle notamment accusée, alors qu'elle était dirigée par Alan Greespan, d'avoir favorisé la formation de la bulle des nouvelles technologies dans les années 2000 en incitant les marchés à faire gonfler les valeurs high-tech.

Pis, le même Alan Greenspan est également montré du doigt pour avoir provoqué la crise des subprimes de 2007, qui a fait sombrer l'économie mondiale dans l'une des crises les plus graves depuis 1929 en favorisant l'endettement des ménages grâce à des taux trop faibles, qu'il a relevé ensuite de manière trop brutale pour freiner cette course à l'endettement. Bref, trop généreuse, la Fed provoquerait elle-même les crises qu'elle résoudrait ensuite en favorisant la formation de bulles spéculatives, du crédit ou immobilières.

Ce n'est d'ailleurs pas seulement en étant généreuse que la Réserve fédérale provoque la déconfiture de l'économie américaine. Après le krach de 1929, par exemple, elle avait accentué une violente récession en menant une politique monétaire trop restrictive. Erreur rééditée en 1936 et 1937, lorsqu'elle avait relevé ses taux alors que l'économie américaine n'était pas encore tout à fait remise de la crise qu'elle venait de traverser.

Tirer profit des expériences passées

C'est d'ailleurs de ces expériences passées, dont Ben Bernanke est un éminent spécialiste académique, que naissent les débats sur la manière dont la Fed a entrepris de gérer la crise depuis 2008. Dans l'urgence, puis dans la réflexion, Ben Bernanke a en effet œuvré de manière complètement inédite avec son programme de rachat d'actifs illimité dans le temps pour maintenir des taux au plus bas sur les marchés et assurer le financement de l'économie.

La croissance a fait son retour à un niveau impressionnant, s'affichant à 4,1% en rythme annuel au troisième trimestre. Le chômage est passé d'un pic de 10% à 7% aujourd'hui, et le système financier n'a pas implosé. Quant à l'indice Dow Jones, sa valorisation a doublé grâce à la politique d'encouragement au risque menée par le président de la Fed.

Revers de cette médaille, le bilan de la Fed a explosé et l'inflation reste largement en dessous de l'objectif de 2% de la banque centrale, signalant la faiblesse de l'activité de crédit, les banques restant réticentes à prêter. Quant à la baisse du chômage, elle s'explique notamment par la conjugaison de deux effets : le départ à la retraite des baby boomers et le découragement des chômeurs de longue durée qui ne s'inscrivent plus sur les listes de demandeurs d'emploi.

Tenter de répondre à toutes les exigences à la fois

Face à ce double constat, les dirigeants de la Fed ont choisi de réduire leurs rachats d'actifs qui leur permettaient de faire pression sur les taux longs, tout en promettant de ne pas relever le principal taux directeur, aujourd'hui à 0,25% tant que le chômage ne sera pas descendu bien en dessous de 6,5%, soit pas avant 2015.

Ils espèrent ainsi limiter l'hémorragie de son bilan, tout en ne mettant pas un frein trop violent à l'activité. Ce sera la mission de la "colombe" Janet Yellen, qui remplacera Ben Bernanke à la tête de l'institution dés début 2014. Ce qui fait craindre aux détracteurs de l'assouplissement monétaire la future formation d'une bulle suite à une mauvaise allocation des ressources.

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Quoiqu'il en soit, seul l'avenir permettra de dire si, à cent ans, la banque centrale américaine a agi avec sagesse grâce aux acquis de l'expérience, ou si en avançant encore et toujours dans l'inconnu, elle a commis de nouvelles erreurs. Ce qui est sûr en revanche, c'est qu'elle aura réussi à remplir sa mission originelle : limiter les effets dévastateurs de la panique bancaire qui aurait pu emporter le monde suite à la chute de Lehman Brothers. Lui en demander davantage serait peut-être lui en demander trop...

Romain Renier

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