L'Ukraine menacée d'éclatement face à la montée des séparatistes pro-russes

Tiphaine Honoré

Tiphaine Honoré
L'heure de l'ultimatum est passée, mais l'armée Ukrainienne reste invisible. Kiev a pourtant lancé ce lundi son opération "antiterroriste" dans les villes de l'est, comme Sloviansk ou Holikva, où les séparatistes pro-russes ont pris possession des bâtiments officiels depuis ce week-end. Les autorités ukrainiennes avaient donné jusqu'à 9 heures ce matin aux insurgés soutenus par la Russie pour déposer les armes. Il n'en a rien été. A la mi-journée, ces derniers tenaient toujours tête au gouvernement pro-européen.
Lundi matin avant 11h, Une centaine de séparatistes pro-russes ont même attaqué le siège de la police de Horlivka, ville de 300.000 habitants de l'est de l'Ukraine, ont rapporté des témoins. D'autres prises de bâtiments officiels ont eu lieu au cours du week-end dans des villes comme Marioupol, au bord de la mer d'Azov, ou Kramatorsk.
La veille, l'ancienne égérie de la révolution orange Ioulia Timochenko a fait remarquer qu'il "ne s'agit pas de séparatistes mais bien d'agents des forces de sécurité russes". Une thèse appuyée également par l'un des portes-paroles du gouvernement allemand évoquant "les uniformes et les armes portés par certains de ces groupes" :
Les heurts ont fait plusieurs morts dans chaque camp, sans pouvoir être comptabilisés de manière précise. Un tweet des activistes de Kiev pro-européen, rapportait par exemple lundi après-midi que le chef de police de Donetsk était dans un état critique suite à des affrontements déclenchés après qu'il ait hissé le drapeau russe sur un bâtiment officiel ukrainien.
Ce même groupe EuroMaidan a indiqué sur Twitter à 15 heures que l'aéroport de la ville de Sloviansk venait de passer "sous contrôle de terroristes".
En parallèle des menaces de "lancer l'armée" contre les militants séparatistes, le président ukrainien par intérim, Olexander Tourtchinov a effectué un geste de conciliation. Il a évoqué devant le Parlement la possibilité d'un référendum national sur l'organisation institutionnelle et le statut de l'Ukraine. Il serait organisé en même temps que l'élection présidentielle prévue le 25 mai.
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La tenue d'un tel scrutin est l'une des principales revendications des séparatistes, qui réclament d'être consultés sur le rattachement à la Russie ou une "fédéralisation" de l'Ukraine. Des options exclues à Kiev, où les nouvelles autorités craignent un éclatement du pays.
Le gouvernement a néanmoins promis de proposer des réformes constitutionnelles allant dans le sens d'une "décentralisation" au profit des régions. Il s'agirait notamment d'autoriser l'élection des exécutifs locaux, pour l'heure désignés par le pouvoir central.
Face aux menaces du président par intérim, le chef des séparatistes dans la ville de Sloviansk a lancé un appel à l'aide à Vladimir Poutine au nom d'une "république populaire de Donetsk" déclarée quelques jour plus tôt par des séparatistes.
Ce à quoi le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a répondu:
Sur la toile, les défenseurs du mouvement "Maidan" - du nom de la place de Kiev où ont eu lieu la majeure partie des manifestation anti-Ianoukovitch - s'inquiètent de voir la Russie utiliser les réseaux sociaux pour déstabiliser davantage l'Ukraine :
Face à cette escalade, la communauté internationale tente de réagir de manière concertée. Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE pourraient se réunir la semaine prochaine pour durcir les sanctions contre la Russie si la situation s'aggravait après la réunion prévue jeudi à Genève, a annoncé lundi le ministre français des Affaires étrangères.
"Si c'est nécessaire, il peut y avoir la semaine prochaine une réunion des chefs d'Etat et de gouvernement au niveau de l'Europe, qui pourra prendre de nouvelles sanctions", a déclaré Laurent Fabius, en marge d'une réunion avec ses homologues européens à Luxembourg.
Des restrictions commerciales et financières à l'encontre de la Russie seraient discutées, en plus du gel d'avoirs et de la suspension de visas.
La nuit dernière en revanche, la réunion d'urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies a débouché sur... un dialogue de sourds. Après des heures de discussions à huis clos, cette "consultation informelle" demandée par la Russie est restée impuissante a désamorcer le conflit.
Dimanche, le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, prévenait :
Le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel a quant à lui mis en garde, lundi en fin de matinée, contre une escalade de la crise en Ukraine, déclarant que "la Russie est visiblement prête à permettre à ses chars de franchir les frontière européennes".
Par ailleurs, le 17 avril doit se tenir une "réunion au sommet" qui rassemblera à Genève la chef de la diplomatie de l'Union Européenne, Catherine Ashton, le secrétaire d'Etat américain John Kerry et les ministres des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov et ukrainien, Andrii Dechtchitsia.
Le marché russe est l'un des premiers à faire les frais de la montée des tensions. Selon le BRICS Post les titres russes ont perdu plusieurs points de valeurs en l'espace de 24 heures. Le rouble ainsi que la Bourse principale de Moscou ont chuté respectivement de 1 et 1,5%.
Les indices boursiers européens ne sont pas épargnés par cette crise diplomatique. La plupart d'entre eux ont basculé dans le rouge ce lundi matin, les investisseurs devenant de plus en plus réticents à acheter des actifs risqués. Le DAX allemand est tombé de 0,89%, le CAC 40 de 0,91% et le FTSE 100 de Londres a perdu 0,70%.
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L'Ukraine reste bien entendu la plus touchée sur le plan politique comme économique. En deux semaines, la Russie a augmenté de 80% le prix du gaz vendu à l'Ukraine, a rappelé le département d'Etat américain, l'équivalent du ministère des Affaires étrangères.
Tiphaine Honoré