Les révélations sur la NSA récompensées par le Prix Pulitzer

Tiphaine Honoré

Tiphaine Honoré
Le Graal du journalisme. Dans la catégorie "service publique" The Guardian et The Washington Post s'illustrent en raflant la médaille d'or du Prix Pulitzer, l'une des récompenses les plus prestigieuses en matière de journalisme. Elle leur a été décernée pour leurs révélations sur les programmes de surveillance américains, basées sur les documents fournis par l'ancien consultant de la NSA Edward Snowden.
Le jury, dont la décision était très attendue, a choisi de couronner les journaux - une pratique courante -, plutôt que les journalistes auteurs des articles "pour un exemple distingué de service public méritoire, par un journal ou un site d'information".
Aujourd'hui réfugié en Russie, Edward Snowden est sous le coup d'un mandat d'arrêt des Etats-Unis pour espionnage et vol de documents appartenant à l'Etat. Il a salué hier un Pulitzer qui "va dans le sens de tous ceux qui pensent que le public a un rôle dans le gouvernement".
Dans son communiqué, il a aussi loué le travail des journalistes "face à une extraordinaire intimidation, y compris la destruction forcée de matériels journalistiques ou l'utilisation inappropriée des lois antiterroristes."
"Le prix n'était pas vraiment concentré sur M. Snowden", a tenu à préciser lundi l'administrateur du Prix Pulitzer à l'université Columbia, Sid Gissler. Selon lui, il a rendu hommage à des journaux qui ont"aidé à stimuler cette discussion très importante sur l'équilibre entre la vie privée et la sécurité".
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Un vif débat avait animé la presse américaine sur la valeur de ces révélations et la figure controversée du lanceur d'alerte Edward Snowden, considéré par certains comme un "traître". La profession continue de se questionner sur les répercussions politiques de ce scoop et la nécessité de publier des secrets d'Etat.
Les révélations, provenant de documents volés par l'ancien consultant, ont embarrassé le gouvernement américain et tendu les relations avec des pays alliés furieux de découvrir que Washington enregistrait même les conversations privées de certains de leurs dirigeants.
Glenn Greenwald, le journaliste américain - installé au Brésil - qui a traité ces documents pour The Guardian, a salué cette victoire via le compte Twitter de son site d'investigation The Intercept , lancé en février 2014.
Le rédacteur en chef du Guardian, Alan Rusbridger a quant à lui estimé que ce prix envoyait un véritable message sur le service rendu au public américain par les révélations Snowden.
Dans un communiqué, The Guardian revient également sur cette aventure journalistique :
Le journaliste du Washington Post, Barton Gellman, a abondé dans ce sens. Il estime que ce prix reconnaît au public le droit de savoir et témoigne lui aussi d'une année de reportage "la plus exaltante et effrayante" de sa carrière.
Son rédacteur en chef Martin Baron a souligné qu'ils avaient révélé une politique "aux profondes implications pour les citoyens américains". Sans les révélations de Snowden, "nous n'aurions jamais su à quel point ce pays s'est éloigné des droits de l'individu en faveur du pouvoir de l'Etat. ", a-t-il ajouté.
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Selon l'agence Associated Press, cette récompense perpétue la tradition du Pulitzer de pointer les pratiques du gouvernement américain sur le sujet de l'espionnage et du renseignement. Les défenseurs d'Edward Snowden ont comparé ses révélations à celles du New York Times et du Washington Post en 1971 sur l'analyse top-secrète du Département d'Etat américain concernant la guerre du Vietnam, connu sous le nom de "Pentagon Papers".
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