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"L'affaire Snowden a fait prendre conscience de la nécessité de renforcer la sécurité des réseaux" (Philippe Vannier, Bull)

Photo de Michel Cabirol

Propos recueillis par Michel Cabirol

Publié le 27 janvier 2014 à 06:00 - Mis à jour le 27 janvier 2014 à 06:25

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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L'espionnage à grande échelle pratiqué par la NSA a renforcé le besoin en sécurité des réseaux des entreprises. Dans une interview exclusif à La Tribune, le PDG de Bull, Philippe Vannier, qui a présenté la semaine dernière son nouveau plan stratégique One Bull, revient sur l'expertise du groupe informatique dans le domaine de la sécurité et sur sa stratégie pour l'avenir.

La Tribune : One Bull est-il un nouveau cap pour Bull ?
Philippe Vannier, PDG de Bull
: BullWay et One Bull sont deux plans dans la continuité de la stratégie de Bull. BullWay a posé les fondations nécessaires à l'exécution de One Bull. Quelles sont ces fondations ? Nous avons développé des expertises et ciblé des différenciateurs dans trois domaines que nous estimons majeurs : maîtrise des systèmes de calculs complexes et des grosses infrastructures, maîtrise des intégrations logicielles et maîtrise de la sécurité. Trois piliers essentiels sur lesquels nous allons nous appuyer pour exécuter notre plan One Bull, qui nous ouvre des opportunités très importantes.

D'où le recentrage vers le Big data et le cloud, des secteurs à fort potentiel de croissance…
… Le marché de l'IT a beaucoup évolué ces dernières décennies. Aujourd'hui, le Cloud permet aux clients de ne payer qu'en fonction de leur consommation. Toute l'infrastructure et la gestion ont été transférées à des entreprises tiers, qui doivent maîtriser les trois piliers que j'ai déjà évoqués. C'est pour cela que Bull est aujourd'hui reconnu dans le domaine du Cloud. Nous avons signé les plus gros contrats en France en 2012 et cette année, à l'image de celui remporté auprès d'EDF. C'est le déploiement du plus important Cloud privé de messagerie au niveau mondial en technologie Microsoft.. C'est un contrat de plusieurs dizaines de millions d'euros.

Qu'est-ce qui fait la différence ? Les supercalculateurs ?
Dans ce domaine, Bull est exceptionnellement bien placé. Les supercalculateurs sont l'un des trois piliers nécessaires pour disposer d'une offre d'information et services fiable et crédible. Sur ces trois piliers, beaucoup de nos concurrents ont une expertise, certains peuvent en avoir deux mais des entreprises qui maîtrisent les trois expertises absolument nécessaires pour occuper le marché du Cloud, je n'en connais pas beaucoup. En outre, cette activité est rentable. C'est pour cela que Bull consacre beaucoup d'énergie dans la R&D. Non seulement les ventes de supercalculateurs sont rentables, mais elles génèrent également un chiffre d'affaires sur des activités annexes, comme la maintenance des grosses infrastructures. 2013 a été une bonne année pour Bull dans le domaine des supercalculateurs avec de nombreuses machines vendues dans plusieurs pays, en Europe et hors d'Europe.

Etes-vous resté en tête du classement des machines les plus puissantes en 2013 ?
En 2012, sur les 20 premières machines, Bull s'était classé au deuxième rang mondial. En 2013, nous ne sommes plus numéro deux. Pourquoi ? Il y a eu beaucoup d'investissements pour des machines à usage étatique aux Etats-Unis et en Chine qui ont permis à des concurrents de vendre des supercalculateurs, qui se sont classés dans les vingt premiers mondiaux. En revanche, Bull s'est spécialisé dans les machines industrielles où le rendement est essentiel. Nous avons aussi un véritable savoir-faire sur l'aspect énergétique. Dans ce qu'on appelle le Green IT, Bull a réalisé des machines classées parmi les cinq premières au monde en matière d'efficacité énergétique. Le coût de possession d'un supercalculateur est lié à sa consommation électrique, qui est une partie très importante du coût de possession. Elle représente environ un tiers de la facture totale.

Avec l'affaire Snowden, quel est l'impact sur le développement du Cloud ?
Il y a clairement une prise de conscience des entreprises sur la perméabilité des réseaux et la nécessité de renforcer la sécurité associée que ce soit par rapport à l'affaire Snowden ou au piratage de données informatiques comme le vol de données de cartes bancaires. Cette prise de conscience renforce le besoin en sécurité. Nous le ressentons auprès de nos clients. Et je pense qu'elle est finalement un atout pour une migration vers le Cloud. Avec l'expertise reconnue de Bull dans le domaine des infrastructures de calcul, des intégrations de logiciels complexes et de la sécurité, nous offrons un système plus sûr à un client que s'il gardait son IT chez lui. Le Cloud va lui permettre d'avoir un système plus sûr.

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Dans ce contexte, la sécurité devient-elle un enjeu majeur du Cloud ?
C'est effectivement un sentiment de marché. Nous avons des clients qui nous sollicitent beaucoup plus. Pas pour des migrations vers le Cloud pour faire des économies mais plutôt pour avoir plus de sécurité. Et ce n'est pourtant pas dans ce domaine de la sécurité que l'on attendait les atouts du Cloud.

Faut-il renforcer les Clouds souverains alors que les pays seraient tentés par un repli national ?
Le Cloud souverain prend de plus en plus de poids, souverain au sens européen. Il faut une régulation européenne ou une directive européenne qui harmonisera les pratiques.

Appelez-vous de vos vœux une régulation ?
Oui clairement. Parce que le positionnement et la différenciation que Bull propose sont vrais à l'échelle française et européenne. Aujourd'hui, nous réalisons plus de 200 millions d'euros dans le Cloud. Avec One Bull, nous visons une croissance très forte.

L'actionnaire de Numergy est-il satisfait ?
Oui. C'est un bon investissement. Nos clients peuvent faire le choix d'un Cloud privé hébergé chez lui et administré par Bull, d'un Cloud privé hébergé chez Bull ou d'un Cloud public hébergé chez Numergy, qui fait partie intégrante de notre offre.

Comment allez-vous parvenir à doubler votre marge opérationnelle (Ebit) ?
C'est un plan à quatre ans. A partir de la fin du premier semestre 2016, nous devons être dans une dynamique d'économies de 30 millions d'euros réalisées en rythme annuel. Mais cela ne suffira pas à atteindre un Ebit à 7 %. Bull va organiser la sortie d'activités qui sont dilutives tout en nous recentrant vers les activités les plus relutives et nous développant sur les marchés les plus prometteurs. La sécurité, le Cloud et le HPC ont des taux de croissance importants. Le Cloud a des taux moyens annuels de croissance sur les quatre ans de One Bull de 17 %, la sécurité de 9 % le HPC de 8 %. Dans les usages, le « Big data » devrait avoir 27 % de croissance moyenne annuelle et le machine-to-machine 30 %.

Avez-vous chiffré ce plan de cessions en terme de chiffre d'affaires ?
Nous ne communiquons pas sur ces chiffres.

Entre cessions et croissance de certains marchés, comment va évoluer votre chiffre d'affaires ?
Le chiffre d'affaires de Bull va passer par une phase de stabilité. Ensuite une dynamique s'installera à partir de la fin du premier semestre 2016 quand les nouvelles offres porteront leurs fruits et j'espère de façon significative. C'est en 2017 que la dynamique sera la plus importante. J'ai un fort niveau de confiance sur l'atteinte de cet objectif.

La défense reste-t-elle au cœur de votre plan stratégique ?
Bien sûr. Bull a créé la surprise en remportant un contrat sur le système d'information de combat de Scorpion auprès de la direction générale de l'armement. Nous souhaitons accélérer notre ancrage dans la défense.. La défense est un secteur très exigeant en terme de fiabilité, de sécurité et d'intégration des systèmes. Ce secteur va vivre les mêmes transformations que les entreprises civiles. Démontrer la fiabilité de nos systèmes dans le domaine de la défense est une formidable illustration de notre expertise pour nos clients civils. C'est donc un secteur d'activité cible au même titre que la finance ou la santé.

One Bull n'évoque pas du tout la croissance externe. Cela veut-il dire que vous excluez des acquisitions, dont certaines activités d'Airbus Defence et Space ?
Notre plan est exclusivement basé sur la croissance organique, à l'exception de quelques petites acquisitions technologiques qui pourraient être nécessaires. Nous n'avons pas intégré de modèle de croissance externe dans nos résultats. Ce qui ne veut dire pas qu'on les exclut mais nous ne les avons pas modélisées. Ce sont des opportunités que l'on saisira.

Le plan d'optimisation de One Bull touche-t-il vos investissement en R&T et R&D ?
J'ai toujours dit que j'avais une stratégie long terme. Les investissements de Bull en matière de R&T et R&D sont importants, de l'ordre de 6 % de notre chiffre d'affaires de 1,3 milliard d'euros. Nous avons prévu de maintenir ce volume d'activités. Bull a environ 700 chercheurs et 1.900 brevets. Depuis 2010 avec le lancement du plan BullWay, nous avons fortement augmenté nos efforts de recherche de près de 50 % pour développer des produits innovants et en avance par rapport à la concurrence.

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Avez-vous déjà des effets positifs sur votre chiffre d'affaires ?
Nous en avons déjà, notamment dans les secteurs HPC et sécurité, des secteurs qui ont un bon taux de croissance. Ce ne serait pas possible sans cet effort dans la R&D. Bull est un groupe industriel qui investit pour son avenir. C'est essentiel pour nous. Je pense qu'une société comme la nôtre se différencie par les technologies qu'elle peut mettre en œuvre. Ces technologies demandent un certain nombre d'efforts financiers pour rester le plus innovant possible et faire cette différence. Si vous réduisez cet effort de R&D, vous mettez en péril le futur de l'entreprise.

Propos recueillis par Michel Cabirol

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