La Bundesbank rappelle Paris à l'ordre sur l'euro

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La Buba ne veut pas de politique de change
La Buba ne veut pas de politique de change (Crédits : reuters.com)
"Bild Zeitung" rapporte une phrase d'un banquier central allemand qui s'inquiète de la volonté des gouvernements français d'affaiblir l'euro. La fin du rêve d'une "'politique de change" de l'euro pour Paris.

La Bundesbank recadre la France. La banque centrale allemande s'inquiète de la volonté française de voir l'euro s'affaiblir. Le quotidien populaire Bild Zeitung relate ainsi les propos d'un « banquier central de haut rang de la Bundesbank » : « Nous sommes inquiets lorsque la politique française revient à la mentalité des années 1970, bien avant que le franc devienne une monnaie stable. » La Bundesbank a refusé de commenter cette citation, mais les informations de Bild sont souvent solides.

Une fin de non-recevoir au gouvernement français

C'est donc là un rappel à l'ordre évident qu'effectue la banque centrale allemande au gouvernement français : il n'y aura pas de politique de dépréciation de l'euro. Paris avait pu, en effet, interprété les avancées de la Buba concernant la politique d'assouplissement quantitatif (QE) de la BCE comme une façon d'accepter implicitement un affaiblissement de l'euro. Arnaud Montebourg l'avait du reste affirmé lors d'une interview sur France 2 le 3 avril.

La Bundebank préfère la maîtrise de l'inflation à la politique de change

En réalité, c'était faire preuve d'un optimisme bien imprudent. Si la Bundesbank a accepté le principe du QE pour conjurer le risque de déflation, c'était d'abord une stratégie pour tenter de faire remonter les anticipations d'inflation. Pour la Buba, la priorité reste la politique monétaire, pas la politique de change. Elle est en cela fidèle au fameux « triangle d'incompatibilité de Mundell » qui indique qu'il est impossible, lorsque les capitaux sont libres, de mener à la fois une politique de change et une politique monétaire. Or, la Buba veut continuer à maîtriser l'inflation, elle repousse donc toute logique de politique de change pour relancer l'activité. L'action sur l'euro ne peut donc être que ponctuelle, pas centrale.

Un euro fort qui ne gêne pas l'Allemagne

Certes, un QE à l'européenne affaiblirait mécaniquement l'euro, mais rappelons que plusieurs autres forces tendent à soutenir l'euro fort : les politiques d'austérité qui réduisent les besoins de financement et favorise un modèle basé sur les exportations, les tensions dans les émergents et une politique monétaire américaine encore bien plus expansionniste que celle de la BCE. Rappelons également que l'économie allemande profite d'un euro à ses niveaux actuels : la situation de quasi-monopole des produits allemands sur le marché des biens intermédiaires et l'affaiblissement des prix à l'importation favorisent les bénéfices des entreprises allemandes. A l'inverse, un euro trop faible réduirait cet avantage, sans vraiment apporter de gains de parts de marché.

L'article 219 semble inapplicable

Contrairement à ce qu'affirment les dirigeants français, il n'y aura donc pas d'inflexion européenne sur la politique de change de l'euro. De fait, l'influence possible des politiques français sur l'euro est très faible. La seule influence serait l'utilisation de l'article 219 du Traité de fonctionnement de l'UE qui autorise le Conseil à « formuler des orientations générales de politique de change. » Mais on voit mal le Conseil accepter ces orientations, notamment le gouvernement allemand qui prendrait ainsi le contre-pied de sa banque centrale. De fait, le message envoyé via Bild avait sans doute une fonction dissuasive pour l'Elysée et Matignon : inutile d'essayer d'utiliser l'article 219. Au reste, cet article demeure une arme peu convaincante, puisque la BCE demeure indépendante et que ces orientations doivent demeurer soumises aux objectifs de stabilité de prix. Autrement dit, ce seront de simples vœux pieux que la BCE peut ignorer.

Pas de coup de pouce pour Paris

Pour Paris, ce coup de semonce de la BCE sonne le glas de sa stratégie officielle : faire des économies pour obtenir un euro moins fort. La France va devoir réduire ses déficits, sans broncher ni négocier. Elle a, du reste, commencé à le faire. Quant à l'euro, s'il finit par baisser, le gouvernement français n'y sera pour rien. Et ce ne sera pas le fruit d'une politique de change, mais plutôt d'une politique monétaire. Restera néanmoins à savoir si cette baisse sera suffisante. Si c'est le cas, Paris pourra toujours prétendre y être pour quelque chose pour des raisons politiques. La réalité serait néanmoins différente.

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Commentaires
a écrit le 06/05/2014 à 17:49 :
la banque centrale européenne est censée être indépendante du pouvoir politique. Elle devrait l'être également du pouvoir politique allemand. Si dans un continent ou l'inflation est en chute libre, ou dans une partie de la zone les salaires nets baissent et le prix des actifs baissent aussi, ou la croissance est molle - dit on la plus faible du monde - et pourtant l'Euro est la monnaie internationale qui s'apprécie: c'est parfaitement illogique d'un point de vue économique. Les soldes des balances commerciales ne veulent rien dire ! l'Europe accumule les excédents (3% du PIB) non pas du fait d'une compétivité écrasante sur les chinois ou les américains mais parce que tout le sud et certains pays du nord compriment leur demande et réduisent les importations. Faire vivre 500 millions d'européens sur les exportations uniquement et sans activité endogène est illusoire. La politique monétaire de l'Union doit changer,ce ne sera pas la panacée mais c'est une condition nécessaire à défaut de suffisante pour relancer la croissance dans la Zone Euro et particulièrement au Sud
a écrit le 06/05/2014 à 10:39 :
un bon boycott des produits allemands et on en reparlera avec la bundesbank voire avec la BCE car la bundesbank ferait bien de se garder de s'exprimer pour un territoire qui ne la concerne pas et sur lequel elle n'a aucune prérogative . et pour la cour de karlsruhe c'est pareil . on commence a en avoir un peu assez des ces instances allemandes qui prennent la parole en lieu et place d'insitutions européennes deja suffisamment présentes
a écrit le 05/05/2014 à 22:57 :
On a bien compris que l'Euro était le nouveau Mark, et qu'on va donc bien finir par s'en débarrasser ! La France s'enlise perpétuellement depuis la politique du Franc/Euro fort.
a écrit le 05/05/2014 à 19:34 :
la Bundesbank va déclencher une guerre civile en Europe du Sud avec ses dogmes ultralibéraux
a écrit le 05/05/2014 à 17:38 :
L'affaiblissement de l'euro n'est pas la solution car ça concerne toute la zone Ce qu'il faut c'est simuler la dévaluation d'une monnaie nationale...et c'est tout à fait possible avec notre seul système socialo-fiscal. Une forte dose de TVA sociale ou d'impôt négatif suffirait à nous rendre compétitifs sans avoir besoin de maîtriser la monnaie..
Réponse de le 05/05/2014 à 17:48 :
la Grèce fait ça et ça ne marche pas. Il faut sortir de l'euro.
a écrit le 05/05/2014 à 15:54 :
L'Allemagne n'est qu'un partenaire parmi les vingt huit,de part les traités nous n'avons de compte à rendre qu'à la commission et à la BCE.Cela s'appelle l'harmonisation des politiques économiques au sein de l'union.Il n'y a pas de partenaire plus fort ou plus faible économiquement cela ne peut se faire,sinon autant remettre les traités à plat,sur d'autres bases.Entre parenthèse ces fameux critères de 3% et 60 % sorti du chapeau du magicien Mitterrand et d'Attali on peut vraiment se posait la question de leur signification,même l'Allemagne si vertueuse n'atteint pas les 60%.Tout cela se sont des données brut,il serait bon de voir les comptes réels très finement de la dette .Ha on a dépassé les 100% à pardon je savais pas.
a écrit le 05/05/2014 à 13:47 :
Il faut reconnaître que nos difficultés économiques et industrielles récentes ne plaident pas en notre faveur !...
Réponse de le 05/05/2014 à 15:58 :
Notre seule grande difficulté est d’exporter avec un euro 40% PLUS CHER QUE LE DOLLAR !!!!! Les allemands ont fait le pari contraire du nôtre, sacrifier les classes moyennes à leur industrie. Nous ne sommes pas allemands (disciplinés et prêts à tout pour que le pays réussisse au détriment de ses concitoyens), il faut sortir de l'euro et tourner le dos à l'Allemagne....
Réponse de le 05/05/2014 à 17:42 :
Si vous faites de la TVA sociale massive (par exemple déporter la retraite), les Volkswagen se vendront très cher en France et nos exportateurs n'auront plus de charges. C'est ce qui est le plus efficace...
Réponse de le 07/05/2014 à 8:26 :
vision trop simpliste ! Je me rends souvent en Allemagne et je discute avec des salariés, je n'ai vraiment pas le sentiment qu'ils soient "sacrifiés" comme vous dîtes, ou plus malheureux que nous sur le plan financier. A vrai dire votre post n'est qu'un ramassis de clichés... Allez voir la réalité sur le terrain et vous verrez que les Allemands s'en sortent très bien, et que ce qui est bon pour leurs entreprises, l'est maintenant pour l'ensemble de l'économie du pays.
a écrit le 05/05/2014 à 13:29 :
l'euro est bon pour l'Allemagne et mauvais pour la France. Et en plus L'Allemagne ose nous donner des leçons. Nous sortons de cette monnaie pourrie.
Réponse de le 05/05/2014 à 13:50 :
Les français se plaignent tout le temps ! Ca devient agaçant à la longue pour nos partenaires, et de plus, ce n'est guère respectable ...
Réponse de le 05/05/2014 à 17:36 :
Parce que l'égoïsme allemand l'est plus?
Réponse de le 05/05/2014 à 17:46 :
les allemands sont respectables de nous ? l'euro fort tue les autres pays etils veulent que ça continue. Quel respect.
a écrit le 05/05/2014 à 13:12 :
Arrêtons "l'Europe des Traités", l'"Union Européenne" et sa politique onéreuse, incompétente et belliciste. Revenons à l'Europe de toujours, l'Europe indépendante de la tutelle nord-américaine, cette Europe de traditions qui nous sont chères et dont nous n'avons que en être fiers, pas cette Europe-machin d'aujourd'hui, l'Europe de l'oligarchie de technocrates à Bruxelles et à Berlin, et qui ne cesse pas d'imposer des sacrifices les plus insensés à ses citoyens, l'Europe-caniche des États-Unis qui nous couvre de honte.
a écrit le 05/05/2014 à 12:35 :
Autant en tirer les conclusions. Quand dans un couple l'un des partenaire se montre trop égoïste pour écouter l'autre, la séparation s'impose. L'euro n'est plus la monnaie de l'Europe mais celle de l'Allemagne. La France doit donc retrouver sa monnaie!

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