Passe d’armes entre Piketty et le Financial Times

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(Crédits : Reuters)
Epinglé par le Financial Times pour des erreurs de calcul dans son dernier ouvrage, l'économiste star Thomas Piketty a maintenu ses conclusions et invité le journal à soumettre ses propres données au feu des critiques.

Epinglé par le Financial Times pour des erreurs de calcul dans son dernier ouvrage, l'économiste star Thomas Piketty a maintenu ses conclusions et invité le journal à soumettre ses propres données au feu des critiques.

Dans son édition datée de samedi, le quotidien britannique des milieux d'affaires pointe du doigt "une série d'erreurs" dans les données utilisées par Thomas Piketty dans "Le Capital au XXIe siècle", phénoménal succès d'édition pour un livre d'économie, de surcroît écrit par un Français. « Les données sous-tendant les 577 pages de la somme du professeur Piketty, qui a dominé la liste des meilleures ventes au cours des dernières semaines, contiennent une série d'erreurs qui ont faussé ses conclusions", affirme le journal des milieux d'affaires.

"Là où le FT malhonnête"

Ces conclusions ont été amplement commentées aux Etats-Unis, de Thomas Piketty. Le FT dénonce, entre autres, des erreurs de transcription à partir des sources originales et des formules incorrectes.

"Les données qu'on a sur les patrimoines sont imparfaites mais d'autres comme les déclarations de succession sont plus fiables. Je fais cela en toute transparence, je mets tout en ligne", a déclaré à l'AFP l'économiste.

"Là où le Financial Times est malhonnête, c'est qu'il laisse entendre que cela change des choses aux conclusions alors que cela ne change rien. Des études plus récentes ne font que conforter mes conclusions, en utilisant des sources différentes", a-t-il ajouté.

La thèse centrale de son ouvrage repose sur l'idée selon laquelle les inégalités économiques n'ont jamais été aussi fortes depuis les années précédant la Première Guerre mondiale.

"Le FT se ridiculise"

Thomas Piketty a également fait valoir que, en regardant les classements des plus grandes fortunes publiés au cours des trente dernières années, celles-ci avaient progressé trois fois plus vite que le patrimoine moyen.

"Le FT se ridiculise car tous ses confrères reconnaissent que les hauts patrimoines ont augmenté plus rapidement", a insisté M. Piketty, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et professeur à l'Ecole d'économie de Paris, en invitant le quotidien britannique à publier ses propres séries de données.

L'économiste a rappelé qu'il participait à un site internet, le "World Top Incomes Database", régulièrement mis à jour avec de nouvelles séries sur divers pays du monde.

"On va transformer, dans les prochaines années, cette base en base encore plus complète. Le projet consiste à mettre en ligne de façon permanente des données mises à jour", a-t-il décrit.

Pour une plus forte taxation du capital

Pour appuyer sa démonstration, le Financial Times est allé jusqu'à faire le lien avec une autre affaire, avérée celle-ci, d'erreurs, qui avait contraint deux économistes prestigieux de l'université américaine Harvard, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, à publier une correction à leur étude controversée sur l'impact de la dette publique sur la croissance.

>> Et si une erreur de calcul avait imposé la rigueur budgétaire ? 

Reçu mi-avril à la Maison-Blanche et au ministère américain des Finances, l'économiste français a écumé colloques et conférences aux Etats-Unis et en Europe, afin de dénoncer l'extrême concentration des richesses et plaider pour une plus forte taxation du capital via notamment un impôt mondial.

Interrogé sur les ventes de son ouvrage, Thomas Piketty a répondu qu'elles atteignaient, jeudi, les 100.000 exemplaires en France (éditions du Seuil) et les 400.000 aux Etats-Unis, Royaume-Uni et dans le reste du monde anglophone (Harvard University Press).

Parfois qualifiée de nouveau marxisme, cette oeuvre monumentale de quelque 1.000 pages a notamment reçu les éloges de Paul Krugman, Prix Nobel d'économie et influent chroniqueur du New York Times, qui a assuré que ce livre "changeait la manière de réfléchir sur la société et de faire de l'économie".

 

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a écrit le 27/05/2014 à 15:41 :
...parce que ses gains sont totalement injustifiés !
En effet, ce livre est à 99 % le produit de l'accumulation d'un capital public culturel dont il profité gratuitement.
Va-t-il, quelle horreur, les capitaliser ?
a écrit le 26/05/2014 à 15:04 :
De toutes façons, l'économie n'a jamais été une science exacte. Et si les riches sont toujours plus riches, c'est parce qu'ils dépensent moins qu'ils ne gagnent. Entre autres parce que, dans nos grands pays libéraux qui donnent des leçons de démocratie au monde entier, ils paient proportionnellement moins d'impôt que les pauvres. Tout va bien : l'injustice et l'hypocrisie ont toujours été les meilleurs ciments de la société.
a écrit le 25/05/2014 à 21:53 :
Je me souviens avoir lu un article du FT selon lequel l'exemple à suivre, c'était l'Irlande, qui prenait les bonnes mesures, réduisait son déficit... 6 mois après l'Irlande demandait un sauvetage européen !!!! Alors la crédibilité de FT, c'est le zéro absolu.
Réponse de le 25/05/2014 à 22:14 :
La conclusion était écrite avant que les calculs ne soient faits : les données sont là pour donner une impression de sérieux à une thèse philosophico-sociologique...
Réponse de le 26/05/2014 à 7:41 :
La conclusion était écrite avant même que les données ne soient créées pour illustrer la thèse de piketty...
a écrit le 25/05/2014 à 20:26 :
C'est la voix de Wall Street, pas étonnant qu'ils n'apprécient guère les conclusions de Picketty et qu'ils cherchent à le décrédibiliser.
Pour ma part, étant donné le soutien inconditionnel et massif du FT à toutes les dérives du financiarisme, et qu'il n'a toujours pas compris les causes et les conséquences de la crise de 2007-2020, j'aurai du mal à leur faire confiance.
Néanmoins, qu'ils indiquent leurs sources et leurs modes de calculs, c'est le minimum quand on prétend avoir une approche scientifique.
a écrit le 25/05/2014 à 14:06 :
Picketty donne toujours de mauvaises solutions à un problème existant mais présente de façon erroné. Il est difficile de croire, sauf en idéologie marxiste, qu'imposer a 80% les patrimoines fera s'enrichir la population terrestre !
Réponse de le 25/05/2014 à 20:30 :
Ce n'est pas ce qu'il dit...ça c'est votre interprétation basé sur un article que vous avez lu. Je ne peux que vous inviter a lire son livre...
Réponse de le 25/05/2014 à 21:54 :
Le taux d'imposition aux USA est monté à 90% après la crise de 1929, et est resté à ce niveau pendant longtemps; les USA n'en sont pas morts.
Réponse de le 26/05/2014 à 12:16 :
Piketty n'est pas concerné par ce genre de mesure : comme il ne produit rien, il ne risque pas d'être taxé...
a écrit le 25/05/2014 à 12:06 :
Quel article mal rédigé! Au début, nous apprenons par une citation ceci : «Les données sous-tendant les 577 pages de la somme du professeur Piketty ».
Dans le dernier paragraphe nous lisons : «cette oeuvre monumentale de quelque 1.000 pages ». Avons-nous changé de format ?
Quant à la langue française, elle est malmenée et il semble bien qu'on ne l'apprend plus dans les écoles de journalisme. Comment peut-on écrire : « Ces conclusions ont été amplement commentées aux Etats-Unis, de Thomas Piketty. » ?
Réponse de le 25/05/2014 à 19:51 :
+1
a écrit le 25/05/2014 à 11:36 :
Les requins qui écument la planètes se débattent pour que ce la ne change pas !
Réponse de le 26/05/2014 à 11:17 :
Vous avez tout à fait raison.
Là se situe peut-être la véritable source de la croissance des inégalités. Lobbying, corruption, think tanks, manipulation idéologique et pressions en tous genres pour imposer non seulement ce qui doit se faire mais aussi ce qui peut et ne peut pas être dit et même pensé.
Piketty est devenu un danger pour les puissants et c’est sans doute dangereux pour lui.
Réponse de le 19/04/2015 à 11:12 :
Dans le débat d'hier entre Piketty et Lordon (ce soir ou jamais) un extrait de Fantomas montrait la décision de ce dernier d'imposer les riches sur leur droit de vivre. Plutôt radicale ( terroriste) cette mesure !

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