L'incertitude politique en Indonésie met en péril son économie

Tiphaine Honoré

Tiphaine Honoré
Le répit a été de courte durée. Le président d'Indonésie tout juste élu, Joko Widodo dit "Jokowi", va devoir faire face à une procédure de contestation des résultats électoraux, lancée mercredi par son adversaire Prabowo Subianto. Selon les analystes, ces accusations de fraude vont prolonger l'instabilité politique et donc peser sur l'économie du quatrième pays le plus peuplé du monde.
L'histoire s'annonçait compliquée depuis plusieurs semaines. Après une longue et ardente campagne, le scrutin qui s'est déroulé le 9 juillet dernier a été contesté une première fois à coups de sondages contradictoires. Le délai de proclamation des résultats officiels a été prolongé de deux semaines et a rendu son verdict mardi : Jokowi, considéré comme un candidat de "rupture" sans liens avec l'ère du dictateur Suharto (1967-1998), est déclaré vainqueur avec 53,15% des voix. C'était sans compter la réaction de Prabowo Subianto, qui avait prévenu il y a déjà quatre jours qu'il n'accepterait pas les résultats.
Un mic-mac qui risque de peser sur l'activité économique. Depuis le 9 juillet la Bourse de Jakarta est chahutée. Deux jours après le scrutin, elle avait déjà cédé 1,7%, signe de la nervosité des investisseurs redoutant un blocage politique prolongé.
Selon lui, les investisseurs ont clairement une préférence pour Jokowi, considéré comme un réformateur potentiel et un dirigeant qui n'est touché par aucun scandale dans un des pays les plus corrompus au monde.
Son rival, Prabowo, quant à lui, leur inspirerait moins confiance. Ancien militaire du régime autoritaire de Suharto, il a mis en avant ses positions très nationalistes pendant la campagne électorale, inquiétant les marchés.
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Cette situation tombe à un mauvais moment pour l'économie indonésienne, dans une période de transition après une décennie de forte croissance autour de 6% par an, favorisée par les prix élevés des marchandises.
Mais la chute des prix conjuguée à des mesures protectionnistes ont affecté la progression du Produit intérieur brut (PIB), qui a ralenti à 5,21% au premier trimestre -- la plus faible hausse depuis 2009.
Les investissements étrangers ont eux aussi marqué le pas en début d'année, l'environnement économique avant la présidentielle suscitant leur méfiance. La corruption rampante reste également selon les analystes un obstacle majeur aux activités économiques sur le sol indonésien.
Pour le quotidien Jakarta Post, qui soutient Jokowi, l'impasse politique créée par l'après-présidentielle ne peut qu'aggraver la situation de l'économie. Le journal estime que la saisie de la Cour constitutionnelle "prolongerait l'impasse politique et l'incertitude jusqu'à fin août".
L'Indonésie avait été frappée par une vague de violences avant la chute du dictateur Suharto en 1998, après 32 ans de règne, provoquant de nombreux morts et des pillages dans la capitale.
Le pays a ensuite connu une décennie de paix et de stabilité relatives sous la présidence du chef de l'Etat sortant, Susilo Bambang Yudhoyono, qui a contribué à la transformation de l'Indonésie en une économie parmi les plus prospères au monde et une destination majeure pour les investissements étrangers.
Mais l'incertitude pourrait affecter aussi la demande intérieure et par conséquent le développement rapide d'une classe moyenne qui a largement contribué à la croissance des années passées.
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