L'incertitude politique en Indonésie met en péril son économie

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Le délai de proclamation des résultats officiels a été prolongé de deux semaines et a rendu son verdict mardi : Jokowi, considéré comme un candidat de rupture sans liens avec l'ère du dictateur Suharto (1967-1998), est déclaré vainqueur avec 53,15% des voix. (Photo : Reuters)
Le délai de proclamation des résultats officiels a été prolongé de deux semaines et a rendu son verdict mardi : Jokowi, considéré comme un candidat de "rupture" sans liens avec l'ère du dictateur Suharto (1967-1998), est déclaré vainqueur avec 53,15% des voix. (Photo : Reuters) (Crédits : Reuters)
La première économie d'Asie du sud-est vient de se doter d'un nouveau président en la personne de Joko Widodo, gouverneur de Jakarta. Mais le pays n'est pas sorti d'une longue période d'incertitude qui pèse sur les marchés, le candidat malheureux, Prabowo Subianto, ayant enclenché ce mercredi une procédure de contestation des résultats.

Le répit a été de courte durée. Le président d'Indonésie tout juste élu, Joko Widodo dit "Jokowi", va devoir faire face à une procédure de contestation des résultats électoraux, lancée mercredi par son adversaire Prabowo Subianto. Selon les analystes, ces accusations de fraude vont prolonger l'instabilité politique et donc peser sur l'économie du quatrième pays le plus peuplé du monde.

Des résultats serrés et contestés

L'histoire s'annonçait compliquée depuis plusieurs semaines. Après une longue et ardente campagne, le scrutin qui s'est déroulé le 9 juillet dernier a été contesté une première fois à coups de sondages contradictoires. Le délai de proclamation des résultats officiels a été prolongé de deux semaines et a rendu son verdict mardi : Jokowi, considéré comme un candidat de "rupture" sans liens avec l'ère du dictateur Suharto (1967-1998), est déclaré vainqueur avec 53,15% des voix. C'était sans compter la réaction de Prabowo Subianto, qui avait prévenu il y a déjà quatre jours qu'il n'accepterait pas les résultats. 

Jokowi, préféré des investisseurs

Un mic-mac qui risque de peser sur l'activité économique. Depuis le 9 juillet la Bourse de Jakarta est chahutée. Deux jours après le scrutin, elle avait déjà cédé 1,7%, signe de la nervosité des investisseurs redoutant un blocage politique prolongé.

"Compte tenu de l'absence singulière de concessions, le marché ne voit pas comment le spectre d'une incertitude prolongée peut s'éloigner", estime l'économiste Wellian Wiranto, de l'OCBC Bank à Singapour.

Selon lui, les investisseurs ont clairement une préférence pour Jokowi, considéré comme un réformateur potentiel et un dirigeant qui n'est touché par aucun scandale dans un des pays les plus corrompus au monde.

Son rival, Prabowo, quant à lui, leur inspirerait moins confiance. Ancien militaire du régime autoritaire de Suharto, il a mis en avant ses positions très nationalistes pendant la campagne électorale, inquiétant les marchés.

Un PIB qui ralentit

Cette situation tombe à un mauvais moment pour l'économie indonésienne, dans une période de transition après une décennie de forte croissance autour de 6% par an, favorisée par les prix élevés des marchandises.

Mais la chute des prix conjuguée à des mesures protectionnistes ont affecté la progression du Produit intérieur brut (PIB), qui a ralenti à 5,21% au premier trimestre -- la plus faible hausse depuis 2009.

Les investissements étrangers ont eux aussi marqué le pas en début d'année, l'environnement économique avant la présidentielle suscitant leur méfiance. La corruption rampante reste également selon les analystes un obstacle majeur aux activités économiques sur le sol indonésien.

Risque de déstabilisation

Pour le quotidien Jakarta Post, qui soutient Jokowi, l'impasse politique créée par l'après-présidentielle ne peut qu'aggraver la situation de l'économie. Le journal estime que la saisie de la Cour constitutionnelle "prolongerait l'impasse politique et l'incertitude jusqu'à fin août".

De plus, "la perspective de violences pourrait considérablement augmenter dans l'hypothèse où les dirigeants des partis politiques perdaient le contrôle de leur base. Toute déstabilisation risquerait de secouer les marchés", prévient le journal de langue anglaise.

L'Indonésie avait été frappée par une vague de violences avant la chute du dictateur Suharto en 1998, après 32 ans de règne, provoquant de nombreux morts et des pillages dans la capitale.

Le pays a ensuite connu une décennie de paix et de stabilité relatives sous la présidence du chef de l'Etat sortant, Susilo Bambang Yudhoyono, qui a contribué à la transformation de l'Indonésie en une économie parmi les plus prospères au monde et une destination majeure pour les investissements étrangers.

Une demande intérieure malmenée

Mais l'incertitude pourrait affecter aussi la demande intérieure et par conséquent le développement rapide d'une classe moyenne qui a largement contribué à la croissance des années passées.

"Les consommateurs seraient probablement plus optimistes avec une présidence sous l'égide de Jokowi que de Prabowo, qui risquerait de saper le moral des ménages et ainsi les dépenses de consommation", jugeait il y a une semaine la banque australienne ANZ dans une note.

L'élection de Jokowi, 53 ans, ancien vendeur de meubles issu d'un milieu modeste et sans aucun lien avec le régime autocratique du passé est aujourd'hui entre les mains de la Cour constitutionnelle.

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