"Les 20 milliards d'euros retirés des banques en Grèce pourraient revenir"

 |   |  786  mots
Platon Monokroussos, directeur général adjoint et chef de la Division de l'analyse économique d'Eurobank/Copyright Elisa Perrigueur
Platon Monokroussos, directeur général adjoint et chef de la Division de l'analyse économique d'Eurobank/Copyright Elisa Perrigueur
Les quatre principales banques de Grèce, Alpha Bank, la banque nationale de Grèce, la banque du Pirée et Eurobank, ont été fragilisées par la crise, perdant deux tiers de leurs dépôts en deux ans. Rassurées par l'arrivée du parti conservateur Nouvelle Démocratie au pouvoir, elle attendent beaucoup des négociations sur le mémorandum. Platon Monokroussos, directeur général adjoint et chef de la Division de l'analyse économique d'Eurobank, en explique pour "La Tribune" les enjeux.

Comment les banques grecques accueillent l'arrivée d'Antonis Samaras au pouvoir?
Du point de vue des marchés et des investisseurs, la victoire d'Antonis Samaras est un soulagement. Elle s'est traduite par la stabilisation du niveau des dépôts bancaires en Grèce. Il faut savoir que les banques ont perdu deux tiers de leurs dépôts, soit 70 milliards d'euros, en deux ans. Sur ce montant, 20 milliards ont été retirés ces deniers mois avec l'accentuation de la crise. Les deux premiers mois de 2012, les retraits officiels s'élevaient à environ 10 milliards d'euros. Mais c'est surtout après le 6 mai, date des premières élections législatives et de l'échec à pouvoir constituer un gouvernement, que nous avons vu une accélération des retraits. Et plus particulièrement la semaine précédant la seconde élection (du 17 juin). Depuis dimanche dernier, cela a cessé, et on a même noté le retour de certains dépôts. Mais nous n'avons pas encore de chiffres officiels qui permettent de mesurer le mouvement. Potentiellement, les 20 milliards d'euros retirés ces derniers mois en Grèce pourraient revenir dans notre système bancaire une fois que l'environnement politique se sera stabilisé.

Qu'attendent les banques grecques de la renégociation du mémorandum?
Le gouvernement va essayer de renégocier certains points du programme existant, mais les créanciers ne changeront rien aux réformes structurelles. Ils insisteront pour que la Grèce applique strictement ces mesures, sans dérogation. Concernant la période fixée pour l'application de ces mesures fiscales, en revanche, il nous faut obtenir un délai supplémentaire. D'un ou deux ans. Les créanciers doivent alléger un peu notre fardeau, car la récession économique est plus importante que les prévisions annoncées (environ -6% contre -4% annoncés). Nous subissons une explosion du chômage (22%), surtout chez les jeunes (52%). Aujourd'hui, l'absence de cohésion sociale nous conduit dans une impasse qui complique la tâche pour mener à bien les réformes. C'est pourquoi il est urgent de retrouver cette cohésion, ce qui passe par la croissance économique. Notre priorité, tant pour le pays et que pour la troika (les experts qui représentent les bailleurs de fonds internationaux. NDLR)), doit être de tout faire pour renouer avec cette croissance.

Comment le secteur financier grec peut-il se ressaisir aujourd'hui?
Contrairement à ce que disent certains investisseurs étrangers, certains signes nous donnent des raison d'être optimistes. Grâce à l'aide internationale (73 milliards d'euros ont été versés par l'UE et le FMI à la Grèce entre mai 2010 et décembre 2011, NDLR), nous avons pu appliquer des réformes dont les résultats montrent qu'elles ont été efficaces. Par exemple, le déficit public qui représentait environ 16% du PIB en 2009 a été réduit de 9 points, c'est une baisse historique sur une période aussi brève. Par ailleurs, nous avons aussi constaté une amélioration de la compétitivité reflétée dans les prix et une baisse du coût du travail. Mais aujourd'hui, la Grèce doit continuer à faire mieux sur le marché de la production, réduire l'écart entre l'inflation et les salaires. Pour cela, accélérer le programme des privatisations est capital. Ce n'est pas seulement un moyen de réduire le fardeau de la la dette, mais ces privatisations fourniront des emplois, attireront les investissements étrangers, soutiendront les exportations...Enfin, il faut poursuivre les réformes qui nous rendent plus compétitifs, comme la réduction du nombre des fonctionnaires, l'arrêt du gaspillage dans plusieurs secteurs comme le service public ou la santé...

Quel rôle peut désormais jouer l'Etat grec en faveur des banques ?
Le programme de recapitalisation des banques initié par les créanciers (50 milliards d'euros pour les quatre principales institutions bancaires) a été engagé. Nous avons déjà perçu un premier versement de 18 milliards d'euros. Toutefois, nous ne connaissons pas tous les détails de ce plan de recapitalisation. Et c'est le gouvernement grec qui devra prochainement déterminer les points de ce programme avec la troïka. Ce texte est vital pour nous, les banques ont beaucoup souffert, notamment avec le PSI (Private Sector Involvment par lequel les investisseurs privés ont accepté d'effacer une partie de la dette souveraine grecque. NDLR)... Après la tenue du conseil européen les 28 et 29 juin, le gouvernement doit annoncer son agenda politique et le programme économique qu'il compte mener. En revanche, je pense que les détails concernant la recapitalisation ne seront précisés, eux, qu'après l'été, le temps que le gouvernement et les créanciers se mettent autour de la table pour négocier.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 27/06/2012 à 5:45 :
Ces 20 milliards d'euros pourraient revenir en Grèce.... quand la situation sera réglée donc pas avant au moins 10 ans. En attendant l'Europe (et donc la France via la caution que nous fournissons) peut continuer à remplir ce tonneau des Danaïdes.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :