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ÉconomieUnion européenne

Pourquoi Angela Merkel soutient Mario Draghi

Romaric Godin

Publié le 17 août 2012 à 13:57 - Mis à jour le 17 août 2012 à 14:05

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Angela Merkel a donné un feu vert implicite à une intervention massive de la BCE. Derrière ces propos se cache une stratégie pour parvenir à sa réélection en 2013.

A peine rentrée de vacances, Angela Merkel semble avoir défini sa nouvelle ligne : défendre l'euro à tout prix pour rester au pouvoir après 2013. Les déclarations de la chancelière à Ottawa jeudi ont ravi les marchés. En donnant implicitement son feu vert à une intervention massive de la BCE sur le marché souverain et en ouvrant la voie à un assouplissement des conditions à la Grèce, la chancelière a montré qu'elle voulait éviter que l'automne prochain soit le dernier de la zone euro.

Equation d'Angela

Que cherche Angela Merkel ? Rien d'autre que sa reconduction au pouvoir lors du scrutin de septembre 2013. Pour cela, elle estime qu'elle ne doit pas être le fossoyeur de la BCE par des positions trop rigides. Pour deux raisons : elle s'aliénerait les électeurs centristes et elle se couperait de l'opposition sociale-démocrate avec qui elle pourrait conclure après l'élection une « grande coalition » comme entre 2005 et 2009. Mais elle sait aussi qu'elle doit donner des gages à son camp et ne pas donner l'impression au contribuable allemand qu'il est la vache à lait de l'Europe. Pour cela, il est impossible à la chancelière de demander au Bundestag une rallonge pour la Grèce ou pour le MES. Or, avec ses moyens actuellement prévus, le Mécanisme européen de stabilité, lorsqu'il naîtra enfin à l'automne, ne pourra guère empêcher une contagion de la crise à l'Espagne, à l'Italie voire à la France.

Calcul d'Angela

D'où l'idée de soutenir l'action de la BCE. Une intervention massive de la BCE aura ceci d'intéressant pour Angela Merkel qu'elle sera sans effet immédiat sur les portefeuilles des Allemands. D'ici à septembre 2013, il est peu probable que la BCE ait besoin d'argent public pour se renflouer et l'effet sur l'inflation de son intervention sera encore réduit. Quant aux risques à moyen terme, ce n'est pas la priorité actuelle de la chancelière. Même logique pour la Grèce : en accordant plus de temps à Athènes pour redresser ses comptes publics, on obtient un peu de calme avant le vrai début de la campagne électorale allemande.

Mauvaise humeur

Le pari est néanmoins risqué, car cette stratégie rompt ouvertement avec les postures ordolibérales qui sont celles de la CDU, de la CSU et du FDP, les trois partis de sa coalition. Depuis un mois, les ténors de la majorité au Bundestag critiquent le projet d'intervention de la BCE et regrettent que la position orthodoxe de la Bundesbank ne soit pas écoutée au sein de l'institution de Francfort. Ce matin, deux députés de la majorité s'insurgent dans la Süddeutsche Zeitung contre la répartition égale des droits de vote au sein du conseil des gouverneurs de la BCE. « Il n'est pas acceptable que la voix de l'Allemagne y porte autant que celle de Malte », martèle Johannes Singhammer, vice-président du groupe CDU/CSU au Bundestag. Le sentiment d'isolement en Europe des positions orthodoxes de l'Allemagne s'amplifie au sein de la majorité parlementaire.

« Une union à l'italienne » ?

En s'appuyant sur la BCE, Angela Merkel va tenter de faire avaler une couleuvre démesurée à son propre camp : l'abandon du principe de « stabilité » qui a permis à l'Allemagne de sortir de la grande inflation en 1924 et de construire son « miracle économique » dans les années 1950. Un véritable dogme outre-Rhin. L'économiste en chef de la Commerzbank Jörg Krämer a déjà mis en garde ce vendredi que la voie choisie par la chancelière était celle d'une « union monétaire à l'italienne : plus d'inflation et une monnaie plus faible pour sortir les pays endettés de la crise ».

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Sans doute y aura-t-il des remous, notamment dans les rangs de la CSU bavaroise, qui, en septembre 2013 devra aussi disputer une campagne électorale régionale difficile dans cet Etat conservateur. Mais pour faire accepter l'inacceptable par ses alliés, Angela Merkel a un argument de poids, le même depuis 10 ans : la droite allemande n'a pas d'alternative à l'ancienne physicienne est-allemande. En cas de désaveu de la chancelière par sa majorité, la droite serait absolument assurée d'une déroute lors des prochaines élections. Evidemment, les députés du Bundestag en campagne y réfléchiront à deux fois avant d'engager une épreuve de force avec la chancelière. A moins que la politique de la BCE ne provoque un sentiment profond de rejet dans la population. Mais nul doute qu'Angela Merkel tentera d'apaiser la situation en insistant sur les « conditions » de l'intervention de la BCE et sur les résultats de sa politique.

Romaric Godin

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