Le spectre de l'inflation ne plane pas sur l'Europe

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Si l'inflation reste officiellement forte, il n'y a guère de risque pour le moment de spirale inflationniste dans la zone euro. C'est surtout la déflation qui est menaçante, notamment au sud du continent.

On le sait peu en France, mais le 31 octobre est «la journée mondiale de l'épargne». Or, épargner c'est d'abord anticiper l'inflation. Et justement, où en est l'inflation en zone euro? Entre les peurs de beaucoup d'Allemands d'une résurgence d'une forte inflation et les politiques déflationnistes menées un peu partout en Europe, il est difficile d'y voir clair.

Inflation supérieure à l'objectif de la BCE

Ce mercredi, Eurostat a publié le chiffre de la hausse des prix pour le mois d'octobre. Il est de 2,5% sur un an, soit un point de moins qu'en septembre. L'inflation reste donc supérieure à l'objectif de la BCE d'un taux «proche, mais inférieur à 2%», mais elle est loin d'être galopante. Mario Draghi continue de croire que «les risques inflationnistes à moyen terme sont largement équilibrés». Autrement dit, le danger inflationniste est encore loin de la zone euro. C'est l'avis de la plupart des économistes qui prédisent un ralentissement de la hausse des prix l'an prochain. Les anticipations à moyen terme du marché financier, très suivi par la BCE, demeurent ancrées aux alentours de 2%.

Risque déflationniste?

En réalité, comme le disait récemment le membre du directoire de la BCE Benoît Coeuré, «le danger de déflation est actuellement plus important que celui de l'inflation». Et Mario Draghi, le président de la BCE a, le 24 octobre dernier devant le Bundestag, confirmé que «le plus grand risque pour la stabilité des prix est la chute des prix dans certains pays de la zone euro».

Taux encore élevé au sud de l'Europe?

Certes, les taux d'inflation de plusieurs pays endettés demeurent élevés: en octobre, le taux espagnol était encore à 3,5% et le taux italien à 2,8%. En septembre, l'inflation portugaise atteignait encore 2,9%. Des taux qui font dire à certains en Allemagne, comme le directeur de l'Ifo Hans-Werner Sinn, dans son dernier livre «le piège Target» que les pays du «sud» n'ont pas réellement engagé d'efforts puisque l'inflation ne baisse pas dans ces pays. Or, la situation est différente.

En Italie, le prix hors produits énergétiques et produits alimentaires frais se situait en octobre à 1,5%, en recul sur un mois de 0,4 point. En Espagne, l'essentiel de la hausse des prix s'explique par l'alourdissement des taxes indirectes, donc précisément par la politique de rigueur puisque le taux d'inflation à impôts constants n'est que de 1,4% en septembre. Enfin, un pays est réellement entrée en déflation: la Grèce. En septembre, le taux harmonisé d'inflation était de 0,3% sur un an et les prix reculaient dans sept secteurs d'activité sur douze, notamment dans l'équipement des ménages où les prix ont chuté en un an de 2,2%. Autant d'éléments qui apportent la preuve que la déflation est bien en marche au sud de l'Europe. Une fois les hausses de taxes encaissées, une fois l'impact de la récession européenne sur le prix des matières premières intégrées, les taux d'inflation du sud de l'Europe devraient montrer un fort ralentissement.

Intervention sans danger...

Dans ces conditions, le rachat illimité de titres par la BCE, le fameux programme OMT qui permettra l'usage massif de la planche à billet (mais en la « stérilisant » par des rachats), et une nouvelle baisse des taux semble justifiés, même si l'inflation de la zone euro est supérieure à l'objectif de l'institution de Francfort. D'autant que ces mesures de rachats sont pour le moment absorbées par une barrière pour le moment infranchissable, celle des banques. Contraintes de renforcer leurs fonds propres pour faire face à la crise et aux nouvelles obligations réglementaires, elles devraient conserver dans leurs caisses l'argent de la BCE. Ainsi, si la masse monétaire M3 est en hausse de 2,7 % sur un an en septembre, sa transmission à l'économie est faible : les prêts sont en recul de 1,7 %. Autrement dit, même dans les pays « du nord », le risque inflationniste demeure limité. Et là aussi, l'apathie de la conjoncture et la mise en place de mesures d'austérité aux Pays-Bas ou en France menacent de conduire ces pays à la déflation.

Sauf si les salaires allemands grimpent...

Certes, le risque inflationniste ne disparaît pas entièrement. Une étude publiée ce mercredi de l'association allemande des banques mutualistes, la BVR, met en garde contre une nouvelle baisse du taux directeur de la BCE de 0,75% à 0,5%. «Ceci pourrait, même à tort, conduire de nombreux citoyens à douter d'une politique monétaire centrée sur la stabilité et, partant, à un relèvement des anticipations d'inflation», souligne Andreas Bley, économiste à la BVR. Et d'ajouter: «des anticipations d'inflation stables sont un élément central d'une politique monétaire crédible et facilitent la réalisation des objectifs de stabilité.» Autrement dit, la crainte de l'inflation pourrait conduire à cette inflation par l'anticipation des acteurs économiques, notamment dans les négociations salariales. Le risque n'est cependant pas mince, dans la mesure où la pression sur une hausse des salaires demeure forte outre-Rhin. Au deuxième trimestre 2012, la hausse des salaires bruts allemands a été de 1,8% sur un an. C'est moins que l'inflation (qui est à 2%), mais c'est la plus forte hausse depuis la fin 2008. Pour le moment, cependant, la crainte de l'inflation aurait tendance à inciter les Allemands à épargner et donc à ne pas alimenter l'inflation.

...ou si la BCE encaisse des pertes

L'autre risque majeur, c'est une aggravation de la crise de l'euro. Si la BCE devait renoncer à la valeur d'une partie de ses titres grecs, comme le suggérait la troïka selon Der Spiegel, comment ferait-elle face à ses pertes? La BCE détiendrait 40 milliards d'euros de dette grecque. Elle n'a que 6,5 milliards d'euros de réserves. Pour encaisser une perte supérieure, elle ne peut que réclamer de l'argent aux Etats membres ou remplir le vide créé par le défaut grec par des euros fraîchement imprimés. Passe encore dans le cas grec, le choc sera sans doute encore absorbable. Mais si la même mésaventure se produisait après des rachats massifs de dettes espagnoles, une poussée inflationniste serait alors sans doute inévitable. Mais on est là dans le cadre de la fiction. Du moins pour l'instant.

Un mal pour un bien?

Reste à savoir si cette accélération de l'inflation au nord de l'Europe serait une mauvaise nouvelle. La crise européenne, explique l'économiste Rainer Maurer, de l'université de Pforzheim sur le blog Ökonomenstimmen, provient de la divergence des taux d'inflation entre le sud et le nord. Ces divergences ont conduit à des divergences de taux d'intérêts sans compensation monétaire possibles. Une inversion de ces courbes pourraient conduire à un rééquilibrage: plus d'inflation en Allemagne réduirait la compétitivité de ce pays, tandis que celles des pays du sud seraient améliorées par le recul de l'inflation. On en est encore loin et ce mécanisme de compensation n'est pas encore en ?uvre. Pour le moment, c'est la spirale déflationniste du sud qui menace de se propager...

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a écrit le 09/11/2012 à 18:35 :
Je suis étonné, dans la population on parle plutôt de la fin du monde. Ne faut-il pas faire des réserves en cas de chaos?
a écrit le 01/11/2012 à 17:09 :
Que la BCE encaisse les pertes... soit! ce n'est que la libéralisation de l'épargne pour cause de manque de liquidité...! mais son but n'est elle pas d'éviter toute forme d'inflation? Cela cause une certitude, qui fait de l'Euro une monnaie refuge mais non compétitive, sans issue pour les peuples européens qui ne pourrons que s?appauvrir!
Réponse de le 09/11/2012 à 18:28 :
L'euro comme monnaie refuge, voire... vu la cacophonie, les finances à l'envers et les naufrageurs à l'oeuvre, on nage en pleine anarchie!
a écrit le 01/11/2012 à 15:08 :
@ bartg,
la perte de compétitivité de l Allemagne permettrait à l'Euro de tomber à un cour réaliste pour la majorité des pays de l'Union Monétaire.
N'oublions pas que c'est à cause des excédent chroniques de la balance commerciale allemande que l'Euro est surévalué.
Ce sont les allemands qui veulent un Euro fort, ayant massivement investi en dehors de la Zone Euro, ces usines peuvent produire à des couts moindre que celles en Zone Euro.
Quand vous achetez du "Made in Germany" il n'y a que l'étiquette souvent qui vient de la Zone Euro.
Et oui, ils ont su y faire, seulement, comme le chat qui grimpe à l'arbre, il faut qu'ils redescendent maintenant.
Réponse de le 01/11/2012 à 17:21 :
Oui on a permis a l'Allemagne de jouer avec des dés pipés dés le départ, sans contrainte et au dépend des autres pays de la zone Euro.
Réponse de le 09/11/2012 à 18:33 :
Faux, les pays en question on fait la cigale et se sont endettés à bon compte, sur le crédit de l'euro en maintenant des finances en désordre ce qui habituellement ne peut exister, ce qu'on appelle, les clandestins de l'Europe. La question devient: voulons nous des boulets pour les français en plus des déficits et d'une industrie qui fout le camp? C'est à dire que nous jouons notre fin. Paris c'est fini, c'était le temps de mon premier amour...

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