Pourquoi la Grèce est devenue l'otage de ses puissants créanciers

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Les créanciers privés ayant déjà dû accepter un hair cut sur la dette grecque en 2011, les suivants sur la liste sont les créanciers publics. C'est pourquoi toute réunion au sommet entre dirigeants de l'eurozone, de la BCE et du FMI s'apparente au conseil d'administration d'une entreprise en faillite où il s'agit de savoir qui va prendre ses pertes. Copyright Reuters
Les créanciers privés ayant déjà dû accepter un "hair cut" sur la dette grecque en 2011, les suivants sur la liste sont les créanciers publics. C'est pourquoi toute réunion au sommet entre dirigeants de l'eurozone, de la BCE et du FMI s'apparente au conseil d'administration d'une entreprise en faillite où il s'agit de savoir qui va prendre ses pertes. Copyright Reuters
Athènes a rempli ses obligations pour obtenir le feu vert au versement de la tranche d'aide de plus de 31 milliards d'euros prévus au deuxième trimestre. Mais l'évolution du poids de sa dette divise ses bailleurs de fonds internationaux (BCE, Commission européenne et FMI) sur l'action à mener à moyen terme et les décisions traînent en longueur.

« Le peuple grec mérite un accord politique », a dit Pierre Moscovici lundi après-midi à une rangée de journalistes frigorifiés venus tendre leurs micros à son arrivée au Conseil des ministres européen. Le ministre français des Finances faisait allusion au nécessaire déblocage de l'aide européenne à Athènes pour une trentaine de milliards d'euros. Pendant ce temps, son homologue allemand, Wolfgang Schäuble glissait discrètement derrière lui en soufflant un « Vive la France ! » sonore avant de s'engouffrer dans le bâtiment du Conseil des ministres.

Voilà une scène qui résume assez bien le nouvel épisode du drame grec qui s'est joué lundi soir à Bruxelles : l'affichage d'une complicité de façade entre « Grands »... sans solution durable à l'insolvabilité grecque, ce mal qui mine l'Union monétaire depuis maintenant trois ans.

Echec de la politique menée depuis 2010

« Dans la perception des uns et des autres, Samaras a pris le taureau par les cornes et cela fait la différence. Cela mériterait un encouragement », disait il y a peu un haut fonctionnaire européen. C'est tout le paradoxe de la situation actuelle où la Grèce n'a jamais été aussi proche de remplir les engagements pris à l'égard de ses créanciers, et n'a jamais été aussi peu assurée de recevoir les fonds dont elle a cruellement besoin pour payer ses factures.

Athènes fait les frais des différends entre ses puissants créanciers. Différends qui résultent en partie de l'échec de la politique menée depuis 2010.

Le premier oppose le Fonds monétaire international (FMI) et l'Union européenne (UE). Pour l'institution de Washington, la poursuite du programme grec, qui passe par le versement d'une tranche de plus de 31 milliards d'euros attendue depuis le 30 juin, doit être conditionnée à une révision générale du programme. Sa logique est implacable : tous les plans échaffaudés pour le sauvetage de la Grèce visent à ramener sa dette à un niveau « soutenable » de 120% du PIB en 2020. Or l'inconséquence des précédents gouvernements grecs ajoutée à la récession ont invalidé cette « trajectoire » sur le fondement de laquelle le FMI a obtenu l'aval de ses actionnaires américain, brésilien et autres pour mettre au pot. « Nous ne sommes pas venus pour une solution d'urgence mais pour une solution durable », avertissait Christine Lagarde en arrivant à Bruxelles.

L'objectif d'une dette grecque représentant 120% du PIB en 2020 est irréaliste

Pour les Européens, au contraire, le moment est venu de découpler la question de la soutenabilité à moyen terme de la dette et le déblocage des tranches d'aide. Il faut un « accord politique pour permettre la validation du programme grec... il restera des questions à résoudre ensuite par exemple sur la soutenabilité », indiquait Pierre Moscovici en arrivant à Bruxelles.

Le second différend oppose la Banque centrale européenne (BCE) et les capitales européennes. Personne, en effet, ne conteste le fait que la réduction à 120% de PIB de la dette grecque en 2020 est devenue un objectif irréaliste.

Le rapport de la troïka, sur la base duquel les ministres ont travaillé lundi soir, enfonce le clou puisqu'il fait monter la dette hellénique à 190% du PIB contre moins de 170% dans le précédent rapport de mars 2012. D'un excédent primaire de 3,6 milliards en 2013 et de presque 10 milliards en 2014 en mars 2012, les prévisions des experts européens ont été dramatiquement révisées à la baisse. Ils tablent à présent sur un équilibre (lui-même fort aléatoire) en 2013 et un excédent de seulement 1,5% milliard en 2014.

Vers une nouvelle restructuration de la dette héllène

La question du jour est donc celle d'une nouvelle restructuration. Les créanciers privés ayant déjà donné en 2011, les suivants sur la liste sont les créanciers publics. C'est pourquoi toute réunion au sommet entre dirigeants de l'eurozone, de la BCE et du FMI s'apparente au conseil d'administration d'une entreprise en faillite où il s'agit de savoir qui va prendre ses pertes.

Ici, les regards se tournent vers Mario Draghi, le président de la BCE qui détient environ 50 milliards d'euros d'obligations grecques... mais ne veut pas entendre parler d'un « hair cut ». Une solution plus élégante, et non moins efficace, serait pour les seize compagnons de galère de la Grèce de renoncer à leurs gains sur ces créances.

Des Européens peu pressés d'apporter une solution durable

Malheureusement, les Européens ne semblent pas presser d'apporter la solution durable recommandée par les économistes et demandée par Christine Lagarde. « En remettant cette question à plus tard, on gagne du temps pour montrer que les réformes grecques produisent des effets et surtout la possibilité de joindre plusieurs dossiers et d'aller une seule fois devant le parlement », concédait récemment un haut fonctionnaire européen, car dans certains pays, comme les Pays-Bas ou l'Allemagne, le déblocage de chaque tranche fait l'objet d'un débat parlementaire serré.

En attendant, on évite aussi de faire l'amer constat que la stratégie suivie jusqu'à présent n'a pas sorti Athènes de l'ornière et continue de plomber l'horizon de la zone euro.
 

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a écrit le 22/11/2012 à 3:49 :
En tous cas espérons que le temps où l?Allemagne et la France se mettaient d?accord avant un sommet pour imposer leur solution aux autres soit révolu, parce-que c'est bien cela qui a conduit l?Europe au bord du précipice et qui a permis à l'Allemagne de s'engraisser aux dépens des autres économies européennes
a écrit le 13/11/2012 à 17:31 :
Qu'a mené la Grèce comme réforme de fond ? est-ce qu'un remède a été apporté à l'évasion fiscale massive....? et à la corruption? Quand on appartient à une équipe et que l'on en ponctionne massivement les fonds, encore faut-il appliquer les règles ....
a écrit le 13/11/2012 à 17:02 :
il y a quelques millénaires, un peuple avait suivi le veau d´or avec un résultat catastrophique. Suivre le nouveau veau euro sera aussi décevant. Revoyons l´éthique de notre société et ne nous laissons pas dicter notre comportement juste pour maintenir la pseudo valeur d un bout de papier. Marx avait aussi dit que la dette est de l´esclavage. Il avait du lire la bible cet honnête homme.
a écrit le 13/11/2012 à 15:56 :
Tant que l'Europe cherchera a adapter son économie a sa monnaie, elle ne sera jamais compétitive face aux pays qui adaptent leur monnaie à leur économie. Seule solution, abandonner la monnaie "unique" pour une monnaie "commune" avec retour des monnaies locales ou nationales! Cela redonnera de la souplesse et une veritable concurrence "libre et non faussée"!
a écrit le 13/11/2012 à 14:44 :
Circus Politicus" livre de Christophe Deloire et Christophe Dubois, éditions Albin Michel.

Résumé:
Mesure-t-on les conséquences du Putsch qui a été commis à notre insu, contre la démocratie ?
Après l'immense succès de Sexus Politicus, Christophe Deloire et Christophe Dubois s'attaquent au théâtre d'ombres qu est devenue la politique française.
Désormais, celle-ci est dominée par la scène européenne mais aussi par des réseaux aussi invisibles que puissants.
S'appuyant sur des documents secrets et des archives inédites, les auteurs dévoilent les coulisses à la fois édifiantes et surprenantes de notre Circus Politicus, sur fond de crises gouvernementales et de chaos européen.
Une enquête percutante qui démontre que le système politique de l Europe est entièrement à reconstruire.

a écrit le 13/11/2012 à 12:56 :
Peut-être faudrait-il penser à dissoudre la Grèce (à peine un jeu de mots), c'est-à-dire non pas faillie mais que chaque nation ayant encore un peu de réserve financière prenne un morceau qui du Péloponèse, qui de la Macédoine grècque, qui de l'Attique, etc. parmi l'Allemagne, l'Autriche, la Finlande, peut-être l'Italie et la France... ?
a écrit le 13/11/2012 à 12:39 :
On arrive dans des situations intenables et...pas un responable, pas un mot sur la liste Lagarde, pas un mot sur l argent sorti de Grece par Mds, Bruxelles et les politiques qui vivent au dessus de NOS moyens, etc etc...on croule sous les senateurs, deputes,commissions copains detournement de fonds etc.....Un jour Sarko nous dit j ai sauve le monde et la crise derriere nous et blabla....et....rien ne change les memes continuent a faire n importe quoi et à s engraisser alors que le bateau coule...Si c est cela la democratie je n en veux plus...
a écrit le 13/11/2012 à 12:12 :
Inversez votre titre. La grèce tient ses créanciers en otage!
Réponse de le 13/11/2012 à 12:33 :
+1
Réponse de le 13/11/2012 à 14:50 :
+1
quand tu dois 1000 euros à ton banquier, c'est ton problème
quand tu dois un million d'euros à ton banquier, c'est ton banquier qui a un problème
quand tu dois 100 milliards à ton banquier , ton banquier est mort.

c'est combien le total de toutes les dettes au niveau mondial ? :-)))
Réponse de le 13/11/2012 à 14:55 :
@letroll c'est la faute au banquier qui t'a prêté alors que t'étais insolvanle !
Réponse de le 13/11/2012 à 14:56 :
@letroll le banquier est aussi responsable du crédit qu'il concède, si t'es insolvable il ne te prêtera pas..
a écrit le 13/11/2012 à 12:03 :
On sait tous depuis le début de la crise que les Grecs ne tiendront jamais
On sait tous depuis le début de la crise que l'argent prêté par les contribuables ne sera jamais remboursé
Aussi j'espère que nos chers dirigeants, sachant cela, ont su prendre les devants et monter le pare-feu nécessaire pour lâcher la Grèce au meilleur moment : ni trop tôt pour éviter l'effet domino, ni trop tard pour épargner les pertes européennes et du FMI et permettre à la Grèce de renaître de ses cendres sur des bases saines et une monnaie adaptée.
Réponse de le 13/11/2012 à 12:15 :
Tant qu'à faire je veux bien qu'on sorte aussi histoire de dévaluer et d'être vraiment compétitif du jour au lendemain.
Réponse de le 13/11/2012 à 12:43 :
Comme en Argentine.
Réponse de le 13/11/2012 à 16:43 :
C'est vrai que des dévaluations réussies n'existent pas dans l'histoire, autant continuer à crever de l'euro, c'est tellement mieux. De toutes façons, il ne s'agit pas de quitter l'euro et de dévaluer, il s'agit de déconstruire l'euro comme il a été construit et de permettre à chaque nation d'avoir une monnaie en rapport avec son économie plutôt que d'être dans une camisole.
a écrit le 13/11/2012 à 11:54 :
quel titre!!!! euh pour info, c'est plutot la grece qui prenait ses crenaciers en otage avec un ' si on s'ecroule, l'europe eclate'.... les creanciers sont plutot en train de se faire rincer.... ca a deja coute combien a la france, la grece? 20 milliards?
a écrit le 13/11/2012 à 11:34 :
Attention qu'à force de demander de l'austérité un peu partout juste pour satisfaire le libéralisme, un jour, la population ne se réveille vraiment... Les créanciers ayant provoqué cette situation, jouent avec le feu...
Réponse de le 13/11/2012 à 16:38 :
Ca rappelle les années Thatcher et la sainte parole du libéralisme "There Is No Alternative" (wiki/TINA). Le communisme est mort et enterré (et c'est une chance), donc les intégristes libéraux ne voient pas quelle opposition pourrait contrarier leur brillant futur. Ce n'est pas quelques manifestants vite matés par la Police qui fera vaciller leur pouvoir.
a écrit le 13/11/2012 à 11:11 :
Les créanciers qui sont tout autant otages de la Grèce. Déjà les créanciers privés se sont fait tondre. Là c'est au tour des institutionnels qui ne reverront sans doute pas la totalité de leur prêts...
Réponse de le 13/11/2012 à 12:09 :
"Déjà les créanciers privés se sont fait tondre." les pauvres on va les plaindrent..
Réponse de le 13/11/2012 à 15:21 :
Attend que ta banque annonce se que va te rapporter ton assurance vie en euro, tu comprendra.
Réponse de le 13/11/2012 à 15:34 :
@aka faudrait déjà que j'en ai une !
Réponse de le 13/11/2012 à 15:38 :
Selon un article d'hier, chiffre qui m'a surpris, à peine 1 personne sur 6 aurait un contrat d'assurance-vie...
Réponse de le 13/11/2012 à 16:24 :
Vu les taux d'endettement pour acheter un appart, c'est pas étonnant que ce qu'il reste tient largement sur un livret A.

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