Ce qui cloche dans l'accord sur la Grèce

L'encre de l'accord sur le sauvetage de la Grèce est à peine sec que les doutes s'élèvent déjà. Tour d'horizon.
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Au lendemain de l?accord entre les Etats membres de la zone euro, les doutes qui entourent sa faisabilité commencent à se faire jour. Tour d?horizon des problèmes qui émergent.

1. Le rachat de la dette privée.

L?idée : la Grèce rachète avec l?appui des institutions européennes sa dette privée au prix du marché de vendredi dernier. Selon Athènes, ce rachat devrait être, comme celui de mars dernier, «volontaire».

Les investisseurs concernés :

Selon les calculs de l?institut londonien Open Europe, 70,5% du total de la dette grecque (301 milliards d?euros) sont détenus par des investisseurs publics. Ces créanciers, Allemagne en tête, refusent d?apporter leurs titres à cet échange. Pour le moment, rien à espérer de ce côté-ci. Athènes devra rembourser ces 212,2 milliards d?euros, dans des conditions cependant allégées.

Les institutions financières helléniques détiendraient 10% de la dette grecque, soit 30 milliards d?euros. La question de leur participation est posée. En théorie, le 13 décembre, ces banques devraient pouvoir bénéficier d?une recapitalisation de 29,8 milliards d?euros. Pourraient-elles utiliser cette somme pour prendre leur perte sur la dette hellénique et ainsi débarrasser leur bilan de ce poids? Selon une information citée par le Financial Times et reprise par Open Europe, la Troïka penserait que la moitié de la somme versée aux banques pourraient servir à participer au rachat de la dette. Mais les besoins et les fragilités des banques grecques sont si considérables qu?elles devraient hésiter à dépenser ainsi l?argent frais qu?elles recevront.

Restent donc les investisseurs privés étrangers qui détiennent encore 30 milliards d?euros de dettes helléniques. Au prix de vendredi, l?économie pourrait atteindre 20 milliards d?euros. Les créanciers devraient donc accepter une perte des deux tiers de la valeur de leurs titres. Mais ces derniers seront-ils intéressés par une nouvelle coupe dans leur capital, alors même que certains d?entre eux ont déjà subi la réduction de 52% réalisées dans le cadre du PSI du mois de mars. Alors, on leur avait promis toutes les sécurités possibles concernant les nouveaux titres. Par ailleurs, selon Open Europe, certains pourraient être tentés de jouer le défaut pour porter l?affaire devant les tribunaux anglais compétents concernant les nouveaux titres. Il semble en effet que les créanciers privés soient clairement moins bien traités que les créanciers privés. On peut donc imaginer que l?échange ne rapporte pas la réduction du stock de dettes escompté.

Le financement :

Le ministre grec des Finances, Iannis Stournaras, a estimé que la Grèce disposerait de 13 à 14 milliards d?euros pour racheter cette dette. Mais la structure du financement reste encore très floue. Faudra-t-il que la Grèce fasse une demande d?aide supplémentaire au MES? Berlin et ses alliés s?en étranglerait? Mais alors, où trouver les fonds puisque le budget grec ne permet pas de financer cette man?uvre. Reste le FMI, qui rechigne car ce ne serait pas en accord avec ses statuts, mais dont l?implication est d?ores et déjà exigée par Helsinki et la Haye comme un préalable à leur propre implication.

Il faudra donc attendre le détail de ce plan de rachat qui devrait être annoncé la semaine prochaine. Iannis Stournaras a prévenu qu?il «faut que ce rachat fonctionne». Il a aussi évoqué un «plan B». Mais ceci ressemble surtout à une rodomontade, car le flou sur le financement et sur l?attractivité de l?offre sont énormes.


2. La baisse des taux d?intérêt sur les emprunts bilatéraux

L?idée : Les prêts versés à partir de mai 2010 dans le cadre du programme Greek Loan Facilities (GLF), ensemble de crédits bilatéraux, seront abaissés de 1 point, pour être réduits à 0,5% plus le taux Euribor à 3 mois. Ceci devrait alléger la charge de la dette grecque de 500.000 euros par an.

Le coût : Aujourd?hui, l?Euribor à trois mois est à 0,19%. La Grèce devra donc payer un intérêt de 0,69%. A priori, tout le monde y perd puisque le taux de refinancement d?un Etat dans la zone euro à long terme (ces taux grecs viendront désormais à maturité en 2040) est au minimum de 1,5% à 10 ans pour l?Allemagne. Pour la France, le coût sera de 119 millions d?euros par an.

Le gain : 500.000 euros, c?est peu. Le déficit primaire de la Grèce en 2012 sera de 4,5 milliards d?euros et son déficit public de 16,3 milliards d?euros. Evidemment, c?est mieux que rien, mais on voit mal comment cette réduction permettra d?atteindre les objectifs très ambitieux de la Troïka en 2016.

 

3. L?allongement des maturités

L?idée : le FESF va repousser de 10 ans le paiement de ses intérêts par la Grèce et la maturité des dettes du GLF et du FESF sont repoussés de 15 ans.

L?impact : cette mesure permettra d?étaler le remboursement de la dette et de le rendre moins douloureux. Mais cet impact sera faible dans l?immédiat puisque une grande partie des dettes ne doivent déjà être remboursée qu?à partir de 2020.

Le risque : devant des maturités si longues, le risque pour les créanciers (ici le FESF) devient considérable et des pertes en termes réels, compte tenu de l?inflation, sont inévitables. Sans compter que ces dettes ne sont pas annulées, ce qui signifie que le stock de dettes reste et que le risque de ne pas entrer dans les clous fixés par le FMI et l?UE (124% du PIB en 2020) est encore énorme. Compte tenu des très faibles perspectives de croissance (hier, l'OCDE a prévu encore deux ans de recul du PIB), le poids de la dette devrait rester considérable et la marge de manoeuvre du gouvernement grec réduite. Athènes ne semble pas pouvoir sortir du cercle : endettement- plan de rigueur - récession - échec des objectifs - plan de rigueur. Selon l?ancien ministre allemand de l?Economie, Rainer Brüderle, une coupe dans ce stock sera inévitable dès 2016. C'est là la faiblesse majeure de l'accord.

4. La distribution des bénéfices de la BCE sur la dette grecque

L?idée : la BCE redistribue ses gains sur la dette hellénique aux banques centrales nationales qui les reversent aux Etats qui les reversent à la Grèce. Au total, un «cadeau» de 7,1 milliards d?euros est envisagé.

Le problème : outre la difficulté d?organiser ces transferts qui devrait se faire à la fin de chaque exercice des banques centrales, il reste la réticence de la Bundesbank qui a annoncé qu?elle ne reverserait pas d?argent sans le blanc-seing du Bundestag. Un débat parlementaire qui devrait sans doute débouchera sur un «oui», mais dont le gouvernement allemand se serait bien passé.

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Commentaires 28
à écrit le 12/12/2012 à 4:25
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Dans l'article: Il semble en effet que les créanciers privés soient clairement moins bien traités que les créanciers privés. Il y a comme un défault!

à écrit le 03/12/2012 à 21:19
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Et on apprend que Papandréou, le socialiste qui a fait éclater son pays à 50% de chômage chez les jeunes a un joli compte en Suisse de 550 millions d'euros... quelle différence avec Caucescu? ON FAIT DANS LES BOURREAUX DE L'HUMANITE! Qu'on ouvre un p...

à écrit le 03/12/2012 à 14:42
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Notre systeme économique n´est qu un systeme de boule de neige qui génère encore plus et encore plus de dettes . Il est basé sur le crédit et ne peut pas s´arrêter sinon il s´écroule comme un chateau de cartes ... Nous sommes tous, en Europe aux...

à écrit le 03/12/2012 à 11:40
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Il y a une coquille dans votre article dans cette phrase : "Il semble en effet que les créanciers privés soient clairement moins bien traités que les créanciers privés." je suppose qu'il faut lire : "Il semble en effet que les créanciers privés soien...

à écrit le 01/12/2012 à 19:29
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La grèce ne paiera pas et d'ailleurs ne le peut pas Combien de fois faudra-t-il le répéter ? Qui aura le courage de le dire ??? C'est facile d'être généreux avec l'argent des autres ! Comment ne pas comprendre que cette Europe là n'est pas viable ...

à écrit le 29/11/2012 à 10:24
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La Grèce est une sorte de république bananière, sauf que ce qu'elle exporte ,ce sont ses enfants, comme dans les années 30. La Grèce pourrait re-fabriquer: du textile, des services, de l'agro alimentaire, des conserveries. Elle pourrait fabriquer des...

le 29/11/2012 à 12:39
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La nation grecque est faite de 2 mondes:les "petits",qui n'ont pas les moyens de mettre leurs revenus en "paradis fiscaux";+ les millionnaires,les riches armateurs,qui ont toujours fait ce qu'il fallait pour soustraire leur fortune au fisc grec...Sa...

le 29/11/2012 à 14:03
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sauf que les deux mondes ne sont pas à égalité: deux gros millions de corrompus contre huit millions de petites gens un peu corrompues aussi par la force des choses: exemples, habitudes, et long profits depuis les aides européennes voici 30 ans. Et c...

à écrit le 29/11/2012 à 8:53
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en voulant absolument sauver une europe qui n'a de solidaire que le nom,on en vient tout doucement a un rejet total de la part des populations qui vont se tourner vers des partis identitaires qui promettent ce qu'aucun partis traditionnels n'a la vol...

à écrit le 29/11/2012 à 8:51
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Personne n'a pensé a prêter de l'argent sans interêt pour déjà commencer a rembourser?

à écrit le 29/11/2012 à 8:42
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Quand l'Europe implosera (à moyen terme) ce sont des dizaines et des dizaines de millions de personnes qui seront précipités dans la misère. On y vient.

à écrit le 29/11/2012 à 1:39
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Bla,bla,bla,bla...Tout ça finira dans le mur et pour n'avoir rien su anticiper de ce qui est une évidence aujourd'hui, nous allons payer bien plus cher que nous le croyons et ce sera, en toute logique, mérité....et cruel...

à écrit le 29/11/2012 à 1:19
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l'encre sèche!! et non pas sec!!

à écrit le 28/11/2012 à 22:36
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Tant que le gouvernement Grec ne fera pas en sorte que le Budget dégage un excédent primaire tout ce qui sera fait ne tiendra pas, nous construisons sur du sable , le seul résultat est de retarder le défaut qui finira bien par se produire.... Globul...

à écrit le 28/11/2012 à 20:40
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Les gouvernement obligent les banques a acheté des obligations d?État et ils leur demande ensuite d'effacer la dette > c'est de l'expropriation pur et simple. Ensuite la Grèce va emprunter moins chère que la France et se sont les français qui vont pa...

à écrit le 28/11/2012 à 19:58
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Résumons l'historique : comme ils n'ont plus de quoi payer, l'U.E. leur prête de l'argent pour rembourser une partie de la dette qu'ils possèdent auprès des institutions européennes. Ce prêt permet de rembourser des dettes antérieures qu'ils savaient...

le 29/11/2012 à 4:31
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ne riez pas, je n'ai rien compris !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! ce que j'ai compris, c'est que les politiques sont des escrocs et qu'il va falloir que je m'occupe de cette histoire !!! parce que la solution existe bien sûr, et il va falloir qu...

le 29/11/2012 à 7:36
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@bastien : exact c'est le scénario GREC, il faut se préparer au même pour l'Espagne. L'Italie est aussi bien parti et enfin pour conclure la France. En effet le terme "lobotomie" est approprié, aussi incroyable que cela puisse paraître, quasiment t...

le 29/11/2012 à 7:52
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@Bastien: Un peu touffu, mais c'est clair. Peut-être devrions-nous, au sein de l'Union, importer des Grecs (et des Grecques) payés à la grecque pour soulager les finances de la Grèce et nous éviter des inquiétudes sur l'utilisation de NOS sous.

le 29/11/2012 à 8:25
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@bastien j'ai compris ce que vous avez écrit, mais je confirme mes écrits : les politiques s'entendent pour maintenir la situation, car ils n'ont pas de solutions, mais alors aucune solution !! donc si nous ne comprenons pas que nous devons prendre...

le 29/11/2012 à 8:26
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@ Bastien vos propos sont très clair , vous devriez rédiger des articles pour la tribune , ils sont bien plus clairs et compréhensible bonne journée a vous

le 29/11/2012 à 13:45
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Et, si après tout ce que Bastien vient de vous dire, vous adhérez aux visions nationalistes (on pourrait faire plus court avec 2 lettres), votre lobotomie a réussi. Expliquez nous un peu COMMENT la France (pas d'énergie, pas de matières premières, pl...

le 29/11/2012 à 15:33
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trés bonne sythése Bastien vous devriez faire journaliste vous êtes bien meilleurs que certains qu on pourrait voir à la télé ou dans la presse

le 30/11/2012 à 13:27
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@bertrand: http://www.madein-greece.com/ + passer des vacances en Grèce

à écrit le 28/11/2012 à 19:13
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n'est pas tant la Grèce ou le soi-disant "fiscal Cliff" des Américains, non plus que la situation du Japon depuis ces vingt dernières années et quant à l'Europe, mieux vaut ne pas en parler. Non, le vrai problème est la fin d'un système que élites au...

le 29/11/2012 à 1:41
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Absolument !!!!

le 22/09/2014 à 20:59
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Patrick Artus sait très bien que l'outil statistique macroeconomique US est plus que perfectible et qu' il repose sur des modèles peu realistes qui racontent des histoires plaisantes pour WallStreet et le Gouvernement. .Point Barre

le 22/09/2014 à 21:08
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Patrick Artus pourrait s'interroger aussi sur les stats de l'Insee et de la Banque de France ses alma-mater...Je me demande en effet depuis des années "ou va et d'ou vient l'argent ?" les chiffres de deficit budgétaire et de croissance etant incohere...

à écrit le 28/11/2012 à 19:08
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On aurait du couper le bras malade il y a deux ans déjà , quelle erreur historique ..

le 29/11/2012 à 1:46
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Et on aurait su 2 ans plus tôt qu'on l'avait dans l'os. Si on l'a pas fait c'est qu'on ne pouvait pas.

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