Et si Bruxelles se trompait de stratégie avec ses mesures anti-tabac ?

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L'Union européenne a dévoilé sa nouvelle proposition de directive portant sur la production, la présentation et la vente du tabac pour améliorer la santé publique et... la productivité. Mais réglementer est-il le moyen le plus efficace d'y parvenir?

C'est à se demander si Bruxelles n'a pas pris le problème à l'envers. L'Union européenne a dévoilé une nouvelle proposition de directive portant sur la production, la présentation et la vente du tabac. Le paquet devrait, d'après ces mesures, être recouvert de messages d'avertissement et photos dissuasives à 75%. Objectif: dégoûter et convaincre d'arrêter de fumer pour améliorer la santé publique voire... la croissance économique. Non seulement le tabagisme pèse sur les dépenses de santé -à hauteur de 25,3 milliards d'euros dans l'Union européenne, selon une "estimation basse" de la Commission européenne- mais cette habitude plomberait également la productivité au sein des 27: 8,3 milliards d'euros partiraient ainsi en fumée chaque année. Une perte de productivité liée aux départs à la retraite anticipés, à des décès prématurés et à des absences du travail dues aux maladies générées par le tabagisme.

Tonio Borg, le commissaire en charge de la Santé et de la protection des Consommateurs rappele que "le tabac tue chaque année près de 700.000 personnes en Europe, soit l'équivalent de la population de Francfort ou de Palerme". Il espère que la nouvelle proposition législative adoptée par la Commission européenne -qui doit désormais être transférée au Conseil et au Parlement européens en vue d'une adoption en 2014- permettra de "réduire de 12% le nombre des fumeurs au cours des cinq prochaines années".

Un nombre accru de fumeurs en France

Le combat s'avère donc ambitieux puisque selon les chiffres de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes), si le nombre de fumeurs français a diminué entre 2000 et 2005, il est reparti à la hausse entre 2005 et 2010, pour quasiment retrouver le niveau de 2001. Chez les personnes âgées de 15 à 75 ans, la proportion de fumeurs quotidiens a augmenté de 2 points entre 2005 et 2010, passant de 26,9% à 28,7%. Une hausse qui se révèle d'ailleurs assez forte chez les femmes (de 23,0% à 25,7%), mais qui "n'apparaît pas significative parmi les hommes" (de 31,0 % à 31,8 %). Concernant les jeunes hommes de 20 à 25 ans, en revanche, le tabagisme quotidien a pratiquement baissé de 5 points (de 47,0% à 42,2%). Mais pour ceux âgés de 26 à 34 ans, c'est différent. La proportion de fumeurs quotidiens est passée de 41,2% à 46,7%. Enfin, d'après cette étude, la hausse apparaît particulièrement forte pour les femmes, notamment celles âgées de 45 à 64 ans, pour lesquelles elle est établie à 6,5 points (passant de 16,0% à 22,5%).

Lutter contre le tabac va-t-il cependant réellement permettre d'améliorer la productivité? Outre l'effet négatif induit par les maladies qu'il génère, le tabagisme est communément accusé dans l'entreprise de faire perdre du temps de travail effectif. L'économiste Harvey Libenstein estime ainsi que supprimer les pauses-cigarette dans l'entreprise permettrait d'en améliorer la productivité. Mais d'autres études concluent exactement l'inverse. A l'instar de celles de John P. Trougakos, assistant professeur en gestion à l'UTSC et au Rotman School of management : comparant la capacité cognitive à un muscle, il démontre ainsi que des périodes "de repos" sont nécessaires entre deux efforts prolongés.

Une hypothèse qui ne marche qu'en économie fermée

Peut-on réellement faire baisser la consommation de tabac, et donc améliorer la productivité en évitant ses conséquences néfastes sur la santé, grâce à la réglementation? Rien n'est moins sûr. "C'est le revers de la médaille", explique Bruno Jérôme, économiste et maître de conférence à Paris II Panthéon-Assas. "En augmentant les prix et en faisant des dépenses publiques de promotion, cela va-t-il être rentable?", s'interroge l'économiste. Selon lui, cela pourrait l'être, mais en économie fermée. Et pour cause, "avec la concurrence qui existe sur les prix du tabac, les gens vont le chercher là où c'est moins cher. Quand on réglemente, il y a toujours un impact sur la contrebande et la contrefaçon", analyse l'économiste. D'où la nécessité de faire une étude des avantages et des coûts. Si l'on se rend compte que les avantages sont supérieurs aux coûts alors la réglementation sera fructueuse.

L'effet Peltzman ou l'impact négatif de la réglementation

Ainsi, selon Sam Peltzman, professeur d'Economie à l'université de Chicago, toute réglementation entraîne encore plus de comportements à risque. Cet "effet Peltzman" peut par exemple se vérifier en Suède. Pays qui, soit dit en passant, avait déjà en 1998 réussi à atteindre l'objectif d'un taux de fumeurs inférieur à 20% fixé par l'OMS. Concernant le Snus (poudre de tabac humide que les Scandinaves se collent sous la lèvre supérieure depuis deux siècles), la Suède a négocié une exception à cette interdiction européenne lors de son entrée dans la Communauté. Et sans aucune promotion gouvernementale, 20% des Suédois se sont spontanément tournés vers le Snus. Leur pays est à même de justifier un bilan largement positif de ce transfert, avec seulement 15% de fumeurs.

Reste que le lien entre relance économique et tabagisme ne va pas forcément dans le sens que l'on croit. Le niveau de bien-être augmente avec le moral des agents économiques qui varie en fonction de la croissance. A noter cet effet induit de la crise : lorsque la croissance baisse, le tabagisme augmente et l'addiction aussi. Et inversement, quand la croissance augmente, le comportement addictif diminue. D'où la question suivante : le problème n'aurait-il pas été pris à l'envers? "Retrouver un sentier de croissance forte permettrait aux agents de se sentir mieux et ainsi ils fumeront moins", conclut Bruno Jérôme.

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Commentaires
a écrit le 15/05/2013 à 23:09 :
Au lieu d'augmenter le prix des cigarettes un petit peu; il on qu'a mettre une taxe ou une consigne ( tu rapporte 20 filtres de cigarettes pas de surcout! )sur les cigarettes a filtres ( car cela pollue la nature -> plage et dessous des teledièges a la montagne)
Réponse de le 04/06/2013 à 19:58 :
tu vas à la plage et à la montagne...
a écrit le 23/03/2013 à 14:04 :
d'après une étude du CNRS la nicotine seule ne peut donner l'addition, il faut l'allier avec d'autres substances pour y arriver. Donc si on veux vraiment faire baisser la consommation de cigarettes. Il faut simplement imposer aux fabricants et producteurs de tabac, qu'ils arrêtent de mettre tous ces produits toxiques et anti-vomitifs. Alors on pourrait fumer sans avoir cette addition et donc éviter d'avoir tous ces problèmes....
Mais bien sûr cela toucherait aux bénéfices des lobbys. Donc peut de chances que cela arrive
a écrit le 08/03/2013 à 19:56 :
Je suis fumeur et j'ai travaillé pendant 46 ans (1954/2000) et je n'ai jamais eu un arrêt de travail. Marre de tous ces baratins sur le tabac sachant que celui-ci est l'arbre qui cache la forêt de l'agroalimentaire, de la pollution de l'air etc
a écrit le 29/12/2012 à 23:12 :
Pour les fumeurs financent la sécu:
Les produits de contre - bande s'opposent au Viagra.
Pour le reste, que Bruxelles s'occupe d'éradiquer ses loobings et après j'entendrai ses conseils de santé.
A ma connaissance, son origine est économique - Ce qu'elle n'a su faire qu'en se réfugiant dans des lobbies - Trop incompétente pour étudier elle - même ! Alors qu'elle me fasse pas chier avec ses conseils de tabagisme.
a écrit le 28/12/2012 à 5:21 :
Mais a force d'interdire le nombre de fumeur ne fera qu'augmenter. Et de plus en plus fument du tabac de contrebande. Trop d'impot tue l'impot.
a écrit le 28/12/2012 à 0:42 :
Vous connaissez l'effet placébo ?
Dans ce cas nocébo.
C'est aussi le fait de marquer sur un produit quelconque qu'il est néfaste
qui va provoquer des maladies chez certaines personnes qui en consomment.
a écrit le 27/12/2012 à 14:03 :
Le tabac rapporte toujours beaucoup d'argent à l'état, je doute donc de la motivation de nos politiques pour éradiquer le tabagisme.
Réponse de le 27/12/2012 à 14:24 :
il rapporte à l'état mais coute beaucoup à l'assurance maladie.
Réponse de le 27/12/2012 à 14:42 :
L'INPES n'est connu de personne, ce n'est pas dû au hasard, devinez qui occulte ses actions? qui soutient ses missions auprès des scolaires?qui fait sa promotion ds les media??
j'estime que le tabagisme, un fléau, doit être combattu tant ici qu'au plan européen, à commencer par une réglementation au plan transfrontalier: tapons au portefeuille les accros à la cigarette!!
Réponse de le 27/12/2012 à 15:02 :
le tabac est tellement addictif que les fumeurs sont près à se ruiner: une seule solution=l'interdiction. Certains fumeurs sont pour
Réponse de le 27/12/2012 à 15:21 :
de quelle droit la prohibition?????? libre a chacun de fumer, ou d arreter tout est question de volonte... La prohibition ne stopperait rien, au contraire elle permettrait a tous les traffics de s epanouir (CF prohibition de l alcool aux USA) si certains fumeurs veulent arreter a eux de le faire....... Y en a marre de brider, interdire, assister...... PS j irais meme plus loin en legalisant et fiscalisant le Canabis et dans un autre domaine les maisons closes! Stop a l hypocrisie a tous les etages, encore plus de la part de politique qui se payent des parties de jambe en l air dans des hotels luxueux et apres fument des gros havane cubains dans ces meme hotels!
Réponse de le 27/12/2012 à 17:51 :
sauf que le tabac fait 70 000 morts par an en france et plus de la moitié des cancers ! et qui c'est qui paye pour soigner ces gens qui envahissent nos hopitaux !et ça fait des milliards ! on devrait augmenter les cotisations sociales aux fumeurs : comme ça ils pourraient choisir payer et fumer ou arrêter
Réponse de le 27/12/2012 à 23:15 :
Les fumeurs paient immédiatement avec leurs taxes les soins inutiles (on ne guérit pas le cancer du poumon) dont ils auront besoin trente ans plus tard et ils nous font économiser leur retraite...
Réponse de le 28/12/2012 à 15:44 :
"que le tabac fait 70 000 morts par an en france et plus de la moitié des cancers" deja cette assertion est fausse, le tabac n est pas la cause ni le declencheur d un cancer, c est un facteur AGGRAVANT DE RISQUE c est 2 choses differentes, De plus au prix du paquet et le taux de taxe ils financent largement la secu, sauf si bien sur l etat n affecte pas ces sommes la ou elles devraient....Pour finir l alcool fait autant de mort et pourtant on en fait pas le meme foin..... On interdit aussi l alcool alors???? a l hypocrisie du pays du gros rouge qui tache..... On interdit aussi le cassoulet et le foie gras parce que ca bouche les arteres et cause du cholesterol?????? Perso je ne fume pas je ne bois pas, mais y en marre de toujours tous reglementer, interdire, stigmatiser. Si un mec veut crever a 40 ans d une sirose et d un cancer c est son choix qu on lui foute la paix!
Réponse de le 29/12/2012 à 23:21 :
Bien vu !
Moi, je bois bien le coup, je fume et quand j'y arrive encore je tire mon coup !
Mais je conduis prudemment, quand j'ai un copain dans la merde je lui donne un coup de main et quand leur réglementations m'ennervent, je fais du bois.
C'est simple, il y a 40 000 inutiles qui auraient du sauver l'économie, ils se sont plantés par incompétence. Comme ils n'ont pas de patrons qui (comme cela aurait du être fait) les foutrait à la porte, ils essayent de justifier leurs scandaleux emoluments en tapant ailleurs.
a écrit le 27/12/2012 à 13:40 :
a quand une commission sur les alcools, sur la malbouffe, sur le cannabis, sur les émissions de carbone, etc.............................
il n'y a pas que le tabac
a écrit le 27/12/2012 à 13:28 :
.e snus a un nom en francais : le tabac a
a écrit le 27/12/2012 à 11:29 :
le probleme principal du mille-feuille administratif(europe, etat,region,departement, pays , communaute de commune, commune,...), ce n'est pas tellement le nombre d'étage mais c'est surtout que chaque étage veut s'occuper de tout. Pour cette raison il est sans doute souhaitable que l'europe se désengage de l'aide alimentaire comme actuellement. Pour le tabac l'echelon européen est peut etre bon, mais alors en contre-partie que les etats ne s'en occupent plus.

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