Taxe sur les transactions financières : les experts du Conseil européen la jugent illégale, la Commission persiste

Romain Renier

Romain Renier
Il n'y a pas que les Britanniques pour remettre en cause la taxe sur les transactions financières au sein de l'Union européenne. Le projet est même tout simplement illégal selon un rapport des experts juridiques du Conseil européen, qui représente les exécutifs des États membres de l'Union européenne. Cette taxe, qui doit rapporter 35 milliards d'euros par an serait contraire au traité européen parce qu'elle empiéterait sur les compétences en matière de fiscalité d'États membres qui ne souhaitent pas s'y soumettre.
>> La taxe sur les transactions financières devrait rapporter plus de 10 milliards d'euros, selon Paris
En dehors de provoquer des "distorsions de concurrence", selon les termes employés par les experts, elle serait en effet un "obstacle" à l'un des piliers du traité fondateur : la libre circulation des capitaux.
Le projet présenté par la Commission européenne repose sur une taxe sur les transactions pour un large éventail d'actions, d'obligations, de produits dérivés et autres produits financiers qui pourrait être collectée dans le monde entier par l'Allemagne, la France et neuf autres États membres de l'Union européenne majoritairement membres de la zone euro.
L'idée est de prélever 0,1% sur les transactions d'actions et d'obligations et 0,01% sur les produits dérivés avec quelques exceptions. Une seule condition : que la transaction soit effectuée par une banque ou une institution financière basée dans l'un des États signataires. C'est principalement cette disposition que les experts du Conseil trouvent excessive. Pour eux, la volonté de garder une activité de marché au sein de la zone euro ne peut justifier à elle seule une position qu'elle considère comme trop agressive.
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C'est d'ailleurs principalement ce qui pose problème au Royaume-Uni, qui tente jalousement de défendre les intérêts de la City en affirmant que cette taxe affectera des transactions en dehors des pays signataires.
Irritée d'avoir mis la main à la poche pour sauver les banques européennes, l'Allemagne souhaite soumettre la finance à contribution, mais elle cherche aussi à réduire le trading à haute fréquence, responsable en partie selon elle des déséquilibres sur le marché.
Mais ce dernier argument ne tient pas selon les juristes du Conseil. La taxe frapperait en effet des activités "avec une réelle substance économique qui ne sont pas susceptibles de contribuer au risque systémique et qui sont indispensables pour les activités d'entreprises non financières", selon eux.
Mais la Commission européenne tient à son projet. "Nous avons fait notre propre analyse juridique très poussée avant de présenter notre proposition", a justifié Emer Traynor, porte-parole du commissaire européen à la Fiscalité Algirdas Semeta. Cette dernière a confirmé que le projet était maintenu, expliquant qu'il "est légalement sain et pleinement en conformité avec les traités européens et le droit fiscal international", selon ses termes. Outre-Rhin, on a réagi en réaffirmant la position officielle.
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Le Conseil européen est législateur en tandem avec le Parlement. Mais l'avis des experts n'est pas contraignant. Toutefois, il donnera un argument de poids aux opposants du projets qui sont majoritaires au sein de l'Union européenne. L'histoire de cette taxe sur les transactions financières et la réponse à la question de savoir si elle verra finalement le jour sont encore loin d'être écrites.
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