L'Autriche, elle aussi, s'interroge sur sa "grande coalition"

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Une semaine après l'Allemagne, l'Autriche vote. La "grande coalition" du chancelier Werner Faymann peut trembler pour sa majorité...

Une semaine après leurs voisins allemands, les Autrichiens sont appelés ce dimanche à renouveler la chambre basse de leur parlement, le Nationalrat (Conseil National). L'enjeu du vote dans la petite république alpine de 8,5 millions d'habitants n'est certes pas aussi décisif pour l'Europe que celle de l'Allemagne dix fois plus peuplée, mais elle n'est pas non plus anodine.

Vienne est certes restée fidèle à la « culture de stabilité » au sein de la zone euro, mais elle s'est montrée jusqu'ici beaucoup plus modérée que par le passé, et que certains autres alliés «traditionnels » de Berlin, comme les Pays-Bas ou la Finlande.

Le chancelier contesté

La clé de cette position médiane entre Paris et Berlin qu'occupe aujourd'hui l'Autriche, c'est son chancelier, le social-démocrate Werner Faymann, qui est au pouvoir depuis août 2008 en dirigeant une « grande coalition » avec les conservateurs de l'ÖVP. Seulement, la politique du chancelier ne plait pas à tout le monde.

A l'ÖVP, d'abord, qui voit sa clientèle rognée de plus en plus à droite par les partis populistes et xénophobes et qui aimerait bien une position en Europe plus proche d'Angela Merkel. Surtout, l'extrême-droite conteste, comme en Allemagne et dans d'autres pays européens, les garanties accordées par le pays pour « sauver l'euro. »

La  popularité des deux grands partis en berne

Globalement, la crise de l'euro a encore sapé la popularité des deux principaux partis qui gouvernent ensemble depuis 2006, mais qui, depuis l'après-guerre, se sont partagés le pouvoir pendant plusieurs décennies. En 2008, les deux partis de la grande coalition avaient déjà subi de lourdes pertes : 6 points pour les sociaux-démocrates de la SPÖ et près de 9 points pour l'ÖVP.  A l'inverse, les partis populistes de droite, FPÖ et BZÖ, avaient gagné près de 12 points. Le scénario pourrait se répéter cette année, avec des différences notables toutefois.

L'extrême-droite progresse

On s'attend encore à une progression de la FPÖ violemment xénophobe et anti-européenne de Hans-Christian Strache qui, outre son discours habituel contre les demandeurs d'asile à cette fois réclamé la division par deux du nombre de pays membres de l'UE.

Les sondages le donne à 20 % des voix, soit trois points de plus qu'en 2008. Certaines enquêtes ont même prédit, voici quelques semaines, le passage de la FPÖ devant l'ÖVP, ce qui serait un séisme politique dans la petite république.

L'échec annoncé de Frank Stronach

Néanmoins, l'ensemble du camp populiste devrait rester stable à l'issue du scrutin. La BZÖ, parti fondé par Jörg Haider, est en voie de dissolution. Il ne devrait pas cette fois passer les 4 % nécessaires pour entrer dans le parlement. Mais il y a, à droite, un nouveau venu : Frank Stronach, un milliardaire austro-canadien, fondateur de l'équipementier automobile Magna, basé en Suisse, dans le canton de Zoug où il met à l'abri sa fortune estimée à 1,5 milliard d'euros.

En 2012, il a créé son propre parti, modestement baptisé Team Stronach für Österreich (L'équipe Stronach pour l'Autriche). Avec un programme très anti-euro, il espérait au moins faire aussi bien que les 10 % de la BZÖ en 2008. Mais les sondages lui prédisent seulement entre 6 et 7 % des voix. Un score décevant qui montre que la FPÖ est, pour les Autrichiens, la meilleure opposition à la « grande coalition. »

Les Verts en forme

Avec les Verts. A la différence de leurs voisins allemands, giflés dimanche dernier par les électeurs, les Verts autrichiens pourraient réaliser un score record entre 14 % et 15 % des voix. Une grande partie des électeurs sociaux-démocrates, lassés de la grande coalition et des compromis avec l'ÖVP, devrait voter pour les écologistes. En conséquence, les deux grands partis devraient encore perdre des plumes. Les sondages leur prédisent un recul de trois points chacun.

La « grande coalition » sans certitude sur sa majorité

Du coup, le résultat est plus que jamais incertain. La « grande coalition » peut trembler pour sa majorité absolue. Les derniers sondages lui promettent moins de la moitié des voix. Et sans majorité à eux deux, les grands partis risquent de se retrouver sans alternatives.

L'ÖVP ne souhaitera pas renouveler l'alliance avec l'extrême-droite qui a gouverné le pays de 1999 à 2006, mais lui a coûté au final très cher. D'autant que cette alliance serait très fragile. La gauche, elle, n'aura pas de majorité… SPÖ et ÖVP n'ont donc pas d'autres choix, malgré les apparences de la campagne, de se battre pour maintenir la majorité actuelle…

L'Autriche en bonne santé, mais les investisseurs ont des doutes

Il est vrai que le pays ne peut se payer le luxe d'un chaos politique. Dégradé, il a, comme la France, perdu son triple A. Certes, son déficit public est moins inquiétant et représente 2,2 % du PIB. Certes aussi, la croissance autrichienne reste vigoureuse avec 0,9 % attendu cette année. Certes enfin, le pays reste le champion d'Europe du chômage bas avec un taux de 4,8 % en mars, mais le pays demeure fragile en raison de son secteur financier, très important et très exposé aux pays d'Europe centrale et de l'est.

Il n'y a certes pas d'inquiétude particulière, mais c'est un talon d'Achille qui plombe la confiance dans le pays. D'autant que les attaques européennes et du G20 contre le secret bancaire ont affaibli la position de la place financière de Vienne. Un chaos politique viendrait encore affaiblir le pays.

L'enjeu européen

Quant aux partenaires européens de Vienne, ils doivent également souhaiter ardemment que la « grande coalition » puisse être renouvelée. Car le risque serait de voir l'Autriche encore durcir sa position sur la rigueur et les futurs plans d'aide à la Grèce ou au Portugal. Et de compliquer encore singulièrement l'arithmétique européenne. 

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